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Égypte : Qui succédera à Hosni Moubarak ?

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Hosni Moubarak est âgé de 81 ans. Il dirige l’Égypte d’une main de fer depuis 1981, l’année d’assassinat de son prédécesseur, Sadate, artisan de la paix avec Israël. Maintenant que son état de santé est chancelant, l’heure de la succession ne tardera pas à sonner.

Pour le remplacer le moment venu, plusieurs noms circulent déjà, dont Amr Moussa (patron de la Ligue arabe et ancien ministre des Affaires étrangères), Mohammad el-Baradei (ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique). Mais deux noms s’imposent entre tous : Gamal, le propre fils de Moubarak, et Omar Soleiman, le chef des services secrets du Raïs.

Le général

À l’instar du raïs d’Égypte, Omar Soleiman est issu de l’institution militaire et a participé aux guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 («Hosni Moubarak: Dernier Pharaon d’Égypte»). Ce lieutenant-général est né en 1936 à Qena, une localité du sud de l’Égypte. Après de brillantes études à l’Académie militaire égyptienne, il a suivi des études de science politique. Il a également été formé aux écoles militaires soviétique et américaine.

Hosni Moubarak l’a nommé en 1993 chef des puissants services d’intelligence égyptiens (al-Moukhabarat al-Amma). Une ascension fulgurante pour ce brillant militaire qui avait rejoint ces Services il y a moins de dix ans. Deux ans plus tard (22 juin), il accompagnait Moubarak au sommet de l’Organisation de l’Union africaine (OUA) à Addis-Abeba (Éthiopie), quand des membres du Jihad islamique, chapeauté par Showqi al-Islambuli, ont attaqué le convoi présidentiel dans l’intention de tuer le raïs. Pour rappel, Showqi est le frère de celui qui avait assassiné Sadate en 1981. Il s’est réfugié depuis 2001 en Iran. Soleiman s’est déplacé à Téhéran en 2002 pour le cueillir en mains propres. Le Jihad islamique est l’organisation d’Ayman al-Zawahiri, bras droit d’Oussama ben Laden, le financier saoudien du jihadisme international. Zawahiri était alors réfugié au Soudan. Ce complot a plongé les relations entre Le Caire et Khartoum dans un état de crise sans précédent.

Comme membre éminent du régime autocratique de Moubarak, Soleiman ne peut être dissocié des dérives sécuritaires du pouvoir en place.. Ses agents ont désarticulé la société civile, soumis les juges, divisé les syndicats et combattu tous ceux qui voulaient élargir le champ des libertés, dont les journalistes et les défenseurs des droits humains. La confrérie des Frères musulmans, principale force d’opposition, est aujourd’hui dans leur point de mire. Ces barbouzes se servent de plusieurs moyens pour l’affaiblir, pour arriver à terme à la démanteler.

Ces agents ont également mené plusieurs campagnes de répression brutales (avec mort d’hommes) des mouvements populaires contestataires et des opposants de différentes sensibilités. Les techniques de torture n’ont plus de secret pour eux. Les méthodes utilisées dans leurs centres pour interroger les «suspects» n’ont rien à «envier» à celles utilisées à Abou Ghraïb ou à Guantanamo. Dans la discrétion des puissances occidentales la plupart du temps.

Évidemment, ces «prises» ne bénéficient d’aucune protection légale. Sans oublier un système judiciaire à l’écoute des instructions des Moukhabarrat.

Depuis son arrivée à la tête des Moukhabarat, Soleiman s’est engagé dans une lutte à finir avec les jihadistes. Il a (dès les années 1990) aidé les barbouzes américains lancés à la chasse des combattants d’Al-Qaïda et d’autres groupes islamistes radicaux au Moyen-Orient, en Asie centrale et dans les Balkans. Sa contribution à la campagne clandestine des agents américains est allée jusqu’à faire de l’Égypte une des plaques tournantes préférées pour délocaliser des centres de torture de présumés terroristes.

Soleiman est sorti de l’ombre en 2000, une nouveauté dans ce pays pour un chef des services de renseignements, à la faveur de son rôle de médiateur, d’abord entre les factions palestiniennes Hamas et Fatah, ensuite entre le parti islamiste et Israël.

Pour faire accepter sa médiation entre les différents belligérants, l’espion en chef est persuadé qu’il lui faudrait d’abord gagner la confiance des Palestiniens. D’où les différentes démarches entreprises à leur adresse dans ce sens. Mais si ce postulat n’est pas dénué de sens, force est de constater que cette démarche n’a pour le moment ni empêché la guerre civile inter-palestinienne en 2007 ( «Fatah : Le Congrès de la dernière chance?» ), ni permis la réconciliation du Fatah et du Hamas et la formation d’un gouvernement d’union nationale ni encore l’échange du soldat israélien Gilad Shalit contre des prisonniers palestiniens. C’est dire les limites de sa marge de manœuvre.

Le fils

Gamal Moubarak est né en 1963. Il est détenteur d’un MBA de l’Université américaine du Caire. Il a travaillé au Caire et à Londres comme banquier d’investissement et consultant financier. Il n’a donc pas le profil militaire des quatre dirigeants qui se sont succédé au pouvoir depuis 1952. Sur pression du père, le fils est rentré au bercail au milieu des années 1990. Entamant sa marche vers le pouvoir dès l’année 2000. Alors secrétaire du PND au Caire, il est d’abord nommé en 2002 (à 39 ans) à la tête du bureau politique national par le raïs lui-même. Celui-ci l’a ensuite désigné, en 2007 (à l’âge de 44 ans) comme secrétaire général adjoint du PND. Deux positions éminentes à même de lui permettre de bâtir une base de clients et d’obligés pour les batailles à venir.

Pour «vendre» sa candidature en Occident, ses faiseurs d’image le présentent comme un homme moderne et dynamique qui incarne une relève de jeune garde libérale dans un système politique sclérosé. Toujours selon cette image, on dit de lui qu’il prône le dialogue national et entretient des relations très étroites avec la communauté copte. Cela a suffi, semble-t-il, pour qu’on l’apprécie, dit-on, à Washington. D’ailleurs, il a accompagné son père lors de sa récente visite officielle à Washington et a rencontré le président américain. Plusieurs ténors du milieu des affaires égyptien l’appuient car, en plus d’être le fils de l’autocrate du Caire, il est partisan d’une gestion néolibérale.

Tout en restant pour le moment tapi dans l’ombre de son père, son emprise sur le pays n’a cessé depuis de se faire sentir dans les domaines politique et économique. Il a par exemple été derrière la décision de Hosni Moubarak de dévaluer la monnaie nationale en 2003. Il n’est pas étranger non plus à la composition en 2004 du gouvernement d’Ahmed Nazif. Un cabinet peuplé de ses partisans et très proche du milieu des affaires et qui a mécontenté plus d’un en Égypte pour ses politiques néolibérales

Si Hosni Moubarak se défend toujours de vouloir privilégier une succession dynastique, tout a été au contraire mis en place pour que son fils s’impose, le moment venu, comme le candidat naturel du système PND («Moyen-Orient : Les sept plaies»). D’ailleurs sa garde rapprochée est déjà à l’œuvre pour préparer l’après-Hosni Moubarak. Un événement qui pourrait survenir bien avant l’échéance électorale de 2011.

**

Hosni Moubarak s’est toujours refusé de se doter d’un vice-président. Mais à l’automne de sa vie, la question de sa succession se pose de plus en plus en Égypte. Comme l’arbitrage des urnes ou un coup islamiste sont exclus comme voix pour choisir le prochain dirigeant du pays, à cause de la nature autocratique du régime en place, deux figures s’imposent. Le chef espion du raïs et son propre fils. Mais au moment où de nombreux Égyptiens aspirent au changement, après des décennies de moubarakisme, comment un homme âgé (73 ans) et lié à la facette répressive de ce régime, et un rejeton du raïs qui a gravi les échelons à l’ombre de son père pourront-ils prétendre incarner ce changement?

27 août 2009


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