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Égypte : les enjeux de la visite de Moubarak à Washington

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le président égyptien a effectué cette semaine une visite officielle à Washington. La première depuis 2004. Cette visite avait trois enjeux d’importance pour Hosni Moubarak. D’abord, regagner les grâces de Washington. Ensuite, récupérer son rôle traditionnel d’intermédiaire entre les parties israélienne et palestiniennes en conflit. Enfin, faire adouber par Washington son fils Gamal en vue de le couronner comme le prochain raïs d’Égypte.

Il s'agissait pour Moubarak de regagner d'abord les grâces de Washington. Ensuite, récupérer son rôle traditionnel d’intermédiaire entre les parties israélienne et palestiniennes en conflit. Enfin, faire adouber par Washington son fils Gamal en vue de le couronner comme le prochain raïs d’Égypte.

Hosni Moubarak (81 ans) est issu de l’institution militaire. Il dirige l’Égypte d’une main de fer depuis presque 30 ans. Il a accédé à la présidence de la République en 1981, date de l’assassinat de Sadate par des jihadistes, pour avoir notamment signé en 1978 les accords de paix avec Israël. Depuis, c’est le régime de l’état de siège qui prime. Muselant les oppositions islamiste, de gauche et libérale et empêchant l’émergence de toute alternative politique à ce régime autocratique.

Il a fallu sept ans pour que Moubarak se rende de nouveau en visite officielle à la Maison-Blanche. La dernière fois, c’était en 2002. Ce «boycott» s’expliquait par un «agenda de liberté» de George W. Bush élaboré pour, semble-t-il, démocratiser le Grand Moyen-Orient (et donc l’Égypte).

La veille de la réunion avec Barack H. Obama, Moubarak avait rencontré la secrétaire d’État Hillary Clinton. Il devait également s’entretenir avec le vice-président américain (Joe Biden), le conseiller à la sécurité nationale (James Jones) et le directeur du Renseignement (Dennis Blair). Ces rencontres témoignent de l’importance retrouvée à Washington par l’Égypte dans le cadre du système américain d’alliance au Moyen-Orient. Quand, sous Bush, cette position revenait à l’allié saoudien.

Enjeux d'une visite en temps crucial pour le Moyen-Orient

Cette rencontre de Moubarak avec Obama est la troisième, puisqu’ils s’étaient vus d’abord au Caire (le 4 juin), quand l’Américain s’apprêtait à prononcer son discours historique à l’adresse du monde islamique, ensuite à L’Aquila (Italie) en juillet, en marge du sommet du G8. Cette visite avait trois enjeux d’importance pour le raïs. D’abord, regagner les grâces de Washington. Ensuite, récupérer son rôle traditionnel d’intermédiaire entre les belligérants israélien et palestiniens. Enfin, faire adouber par Washington son fils Gamal en vue de le couronner comme le prochain raïs d’Égypte.

Regagner les grâces de Washington

Après une «bouderie» de sept ans, Moubarak se devait à son tour de prendre le chemin de Washington. Il y arrivait après les visites de Benjamin Netanyahou (Premier ministre israélien) et Mahmoud Abbas (président de l’Autorité palestinienne). Avec cette première visite officielle depuis l’arrivée aux affaires des démocrates, Moubarak voulait voir la fin d’une orientation politique constatée sous un Bush qui préférait s’appuyer sur l’Arabie saoudite au niveau régional. Rappelons-nous des rivalités entre ces deux puissances sunnites sur le leadership du monde arabe («Moyen-Orient : un axe israélo-arabe contre l’Iran?»).

La déclaration de Biden à l’effet que : «M. Obama devrait s'appuyer sur M. Moubarak pour débloquer la dernière impasse en date» au Proche-Orient (voir le New York Times du 17 août 2009) montre que l’Égypte est donc redevenue le partenaire privilégié de Washington au Proche-Orient. Au détriment de l'Arabie saoudite.

Récupérer le rôle traditionnel de médiateur au Proche-Orient

À titre de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, l’Égyptien a rencontré un hôte américain qui n’a cessé d’exercer des pressions sur Israël pour qu’il cesse totalement la construction de toutes colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, tout en demandant aux pays arabes d’engager la normalisation avec l’État hébreu. S’il est en phase avec Obama quant à la nécessité du gel de la construction de ces colonies, Moubarak a expliqué que la normalisation demandée ne pourrait se faire sans la conclusion au préalable d’une paix israélo-arabe «équitable» et définitive et sans la création d’un État palestinien «viable» et «souverain». Au lieu de se contenter, comme dans le passé, d’accords israélo-palestiniens intérimaires (modèle d’Oslo), il a insisté sur la nécessité d'un accord de paix définitif. Pour arriver à un statut final des territoires palestiniens, il faudrait, selon lui, trancher les questions de l’État palestinien, des frontières internationales définitives d’Israël, du statut de Jérusalem, des réfugiés, des colonies… D’où le besoin d’une pression américaine qui est, selon lui, seule à même de relancer un processus de paix moribond, et ce en poussant les parties israélienne et palestinienne à négocier. Sans plus tarder.

Pour faciliter la reprise de ces négociations, Le Caire a tenté de réconcilier les nationalistes du Fatah et les islamistes du Hamas. Tout en donnant des gages à Israël. Elle sait que sans cette réconciliation palestinienne, point de négociation (et donc de processus) de paix. Une aubaine pour la stratégie de Téhéran («Israël : Dividende de la paix avec la Syrie»). À ses yeux, Abbas est un partenaire fiable pour conclure un accord de paix avec Israël (voir son entrevue avec le réseau américain CBS). Lui qui vient d’être élu à la tête du Fatah («Fatah : Le Congrès de la dernière chance?»). Le Caire a également assumé le rôle de médiateur entre le Hamas et Israël en vue d’un échange de prisonniers.

Adouber l’héritier de la «Couronne» d’Égypte

À l’émission de l’influent Charlie Rose (diffusée le 17 août par le réseau américain PBS), le raïs a nié vouloir transmettre le pouvoir à son fils Gamal (46 ans). Mais différentes décisions ont été prises par Hosni Moubarak et sa garde rapprochée au PND, parti présidentiel, et au gouvernement, pour qu’en fin de compte Gamal s’impose comme le candidat «naturel» du PND et de l’institution militaire («Moyen-Orient : Les sept plaies»).  Au mépris de l’opinion publique opposée à cette succession despotique annoncée.

Mais pour entretenir le suspens d’ici-là, Moubarak n’a pas exclu (à Charlie Rose) la possibilité de se représenter en 2011 à un nouveau mandat. Qui serait en principe son dernier, vu son âge avancé. Mais parions qu’avec son état de santé chancelant et l’impatience des partisans de son héritier, il n’irait pas jusque-là. Il pourrait se retirer rapidement. Cette garde rapprochée profitera des deux années qui la séparent en principe de l’élection de 2011 pour préparer l’après-Hosni Moubarak.

En attendant, le raïs a présenté son fils au gouvernement américain. D’où sa présence parmi la délégation égyptienne, même s’il n’occupe aucune position officielle. Mais Washington le connaissait déjà. Il avait précédemment rencontré de nombreux officiels républicains, dont Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’État de Bush.

***

La visite de Moubarak est intervenue dans un moment crucial pour le Moyen-Orient. S’il a réussi à gagner les grâces américaines et à récupérer son rôle de médiateur traditionnel dans cette région, l’adoubement de son fils serait une mauvaise nouvelle pour l’avenir de la démocratie en Égypte et dans le reste du monde arabe et pour l’image d’Obama.

21 août 2009
 



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