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Maghreb : Barack Obama et la crise du Sahara occidental

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
En raison du double activisme effréné de l'Algérie, puissance énergétique, et des lobbyistes pro-Polisario à Washington, le roi du Maroc craignait de voir le nouveau président américain tourner le dos à la politique traditionnelle de son pays dans le dossier du Sahara occidental. 



D'où son soulagement après la réception, le 3 juillet 2009, d'une missive de Barack Obama.

Arrière-plan historique de la crise du Sahara occidental

En échange de la garantie de ses intérêts économiques dans la région, la puissance occupante espagnole d'alors a cédé en 1975 la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie. Mise sous une forte pression militaire des guérilléros indépendantistes du Front Polisario, la Mauritanie a dû évacuer sa part de ce territoire. Le Maroc en a profité pour l'annexer à ses possessions. Privant ainsi le Polisario d'un point d'ancrage dans l'ancienne colonie espagnole.

Fort de l'appui politique, diplomatique, militaire et financier de l'Algérie voisine qui lui donne refuge depuis 1975, le Polisario s'était lancé dans des opérations de guérilla et de propagande contre le Maroc. Un pays où, à l'exception d'une partie de l'extrême gauche, le Sahara occidental est devenu objet du consensus national. Si une partie du mouvement marxiste-léniniste (Ilal Amam) appelait, dès le début des années 1970, à l'organisation au Sahara occidental (sous l'égide de l'ONU) d'un référendum d'autodétermination, pour décider de l'avenir constitutionnel de ce territoire désertique, le reste des forces politiques du pays le considéraient d'ores et déjà comme une partie du pays qui revenait dans le giron de la nation. D'ailleurs, au Maroc, le discours officiel à consommation domestique parle de «Sahara marocain» et non de «Sahara occidental».

Étant insatisfait de la position officielle marocaine, le Polisario a intensifié ses efforts militaires et diplomatiques pour récupérer ce territoire. Aidé du lobbying pétrolier algérien, il a réussi à voir sa «République arabe sahraouie démocratique» (RASD) se faire reconnaître par plusieurs pays non-alignés en Afrique et en Amérique latine. Quelques maladresses marocaines lui ont gagné la reconnaissance d'autres pays, dont l'Afrique du Sud postapartheid. L'accession de cette RASD à l'Organisation de l'Unité africaine (actuelle Union africaine) pousse le Maroc, un pays fondateur, à s'en retirer.

Il fallait attendre l'année 1991 pour voir ces deux belligérants conclure un accord de cessez-le feu. Si le Polisario demeure coûte que coûte attaché à l'option d'un référendum d'autodétermination du peuple du Sahara, la partie marocaine s'y refuse. Au lieu des options d'indépendance (Polisario) et de rattachement du territoire contesté au pays (option marocaine traditionnelle), les Marocains privilégient de nos jours l'option d'une large autonomie sous souveraineté marocaine. Option rejetée par le Polisario. Derrière la rhétorique légaliste de la junte au pouvoir à Alger en faveur d'un référendum se cache en fait une lutte de pouvoir avec le Maroc pour le leadership sur le Maghreb. Avec la naissance à sa frontière Sud d'un nouvel État, le Maroc se retrouverait coupé de sa profondeur saharienne et africaine et deviendrait plus affaibli que jamais, facilitant les ambitions hégémoniques d'Alger. Chose inacceptable pour les Marocains.

Barack Obama face à la question du Sahara occidental

Sur fond d'enlisement de ce conflit, vieux de plus de trente ans, le Maghreb est loin de former l'espace géoéconomique de libre-échange que les Américains appellent de leurs vœux. À la place, le Maroc et l'Algérie demeurent des voisins qui s'ignorent. Si les États-Unis se permettaient dans le passé de faire avec ces «boudeurs», ce n'est plus possible dans la conjoncture actuelle.

Avec l'apparition sur la scène maghrébine d'une «aile» du réseau Al-Qaïda, «Al-Qaïda au Maghreb islamique» (AQMI), et son rayon d'action embrassant le Maghreb et la zone sahélienne du ventre de l'Afrique, la stratégie américaine de lutte antiterroriste se trouve maintenant confrontée à une nouvelle menace globale. Son caractère très dangereux apparaît quand on se rend compte de l'autoritarisme des régimes en place et des inégalités sociales et régionales abyssales dans la distribution des ressources entre les habitants de ces pays. Des facteurs contribuant à favoriser de nouvelles vocations sacrificielles, au nom du combat contre l'injustice et le despotisme. Facteur aggravant: l'absence, par rivalité de puissance, de coopération sécuritaire réelle entre les services maghrébins de sécurité dédiés à la lutte contre les jihadistes.

Pour les États-Unis (dont la lutte contre le terrorisme international et la garantie d'approvisionnement régulier et sécuritaire en énergie sont deux axes essentiels de sa politique étrangère), un Maghreb instable et divisé représente une menace pour ses intérêts stratégiques dans cette région. D'où l'urgence du règlement de l'épineuse question du Sahara occidental, qui cristallise le blocage de la construction du Maghreb.

Une fois élu, le nouveau président américain se trouve l'objet de campagnes de lobbying de la part de groupes favorables à l'une ou l'autre parties en conflit. Ainsi, quatre sénateurs de renom (Russel Feingold, James Inhofe, Edward Kennedy et Patrick Leahy) l’ont récemment appelé à soutenir la démarche référendaire au Sahara occidental. À la satisfaction d'Alger et du Polisario. Mais il fallait compter avec le «lobby Maroc», entre autres, au sein de la Chambre des représentants. Ainsi, le 16 avril, sous le leadership de Gary Ackerman et Lincoln Diaz-Balart, une majorité de représentants démocrates et républicains ont envoyé une lettre au président lui demandant de soutenir l'offre marocaine de large autonomie sous souveraineté marocaine.

Comme il s'agit d'un territoire riche en termes de ressources naturelles, le Sahara occidental représente un intérêt économique d'importance pour le Maroc, l'Algérie et les États-Unis. D’où l’empressement de ces lobbyistes de voir Obama se positionner sur l'avenir de ce territoire. Leur vœu sera exaucé le 3 juillet, jour de réception par Mohammed VI, roi du Maroc, de la missive d'Obama relative notamment à cette question. Une lettre composée d'une façon qui prête à différentes lectures. Dont la nôtre.

Après les salutations et les remerciements d'usage dans les correspondances diplomatiques entre pays alliés, le président américain a planté le décor de sa vision de cette question épineuse..

Armé de son engagement au Caire en faveur d'un nouveau départ pour les relations islamo-américaines, des rapports basés sur le respect mutuel et motivés par la recherche de solution aux conflits en cours dans le monde islamique, le président américain a dit comprendre les préoccupations de son homologue marocain à propos notamment de la question du Sahara occidental. Il a dit souhaiter trouver «l'occasion de discuter avec» lui de cette question et «d'œuvrer ensemble au renforcement de la relation historique entre le Maroc et les États-Unis».

Il a reconnu «l'importance que revêt la question du Sahara occidental pour» son homologue marocain et pour son peule, sans oublier «les populations qui ont souffert à cause de ce conflit». C'est une allusion ici aux populations sahraouies, dont une partie s'est déplacée du côté algérien de la frontière.

Pour la résolution de ce conflit de manière «mutuellement acceptable» et «permanente», Obama pense que «les Nations unies», à travers le mécanisme de «négociations», sont le forum approprié. Tout en exprimant sa confiance dans les talents de négociateur de son compatriote et diplomate Christopher Ross, le représentant spécial de Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, le président américain a exprimé son souhait de le voir «rapprocher les positions des deux parties en conflit» pour mettre en œuvre un processus de paix. Mais il a cherché à rassurer son homologue marocain quant à l'effet que son «gouvernement travaillera avec» le sien, ainsi qu'avec «d'autres parties dans la région», «afin de parvenir à une solution qui réponde aux besoins des populations, en termes de gouvernance transparente, de confiance en l'Etat de droit et d'une administration de justice équitable».

Décidément, la politique étrangère de Barack Obama tranche avec celle de son prédécesseur. Là où George W. Bush multipliait les crises internationales, son successeur est résolu à en trouver des solutions définitives et mutuellement acceptées par les parties en conflit. C'est cette même philosophie qui a transparu dans son message au roi marocain. Il rejoint là la mission de l'envoyé spécial onusien. La seconde tournée régionale de Ross est liée à l'application de la dernière résolution du Conseil de sécurité. Elle cherche à préparer les rencontres informelles précédant le cinquième round de négociations entre le Maroc et le Polisario à Manhasset, dans la banlieue de New York. Avec l'«évolution» de la position traditionnelle de l'ancienne puissance occupante en faveur du Maroc, Rabat ne voit aucun inconvénient à la tenue de ces rencontres informelles.

La lettre de Barack Obama à Mohammed VI représente une démarche inédite pour un président américain. Dans le passé, les locataires de la Maison-Blanche évitaient de parler directement et séparément de la question du Sahara occidental. Ils se contentaient de l'expression de leur adhésion au consensus de New York (siège de l'ONU) à l'effet d'organiser un référendum d'autodétermination de la population sahraouie, sous l'égide onusien. Mais voilà que maintenant le président démocrate exprime son intérêt à sa résolution de manière satisfaisante et définitive.

Deux éléments supplémentaires à relever dans la missive d’Obama. D'abord, l'expression de sa volonté de travailler avec Rabat, ainsi que «d'autres» (et non toutes) parties en conflit. Cela signifie-il que les parties incluses dans la négociation (en plus du Maroc) se réduiraient comme peau de chagrin? Ou influeraient-elles également l'Algérie (en plus du Polisario)?

Ensuite (et c'est d'importance capitale), pas une fois le mot «référendum» n'a figuré dans la lettre du président américain. Cela signifie-t-il que les États-Unis sont arrivés à la conclusion qu'un tel référendum ne verrait jamais le jour, pour notamment «manœuvres» dilatoires des deux (ou trois) parties en conflit? Cette absence s'expliquerait-elle aussi par les craintes américaines de voir la création d'un nouvel État se solder par l'affaiblissement stratégique de son allié traditionnel marocain et la déstabilisation de toute une région confrontée à la menace terroriste globale?

Mais même si le mot «référendum» n'est pas mentionné dans sa lettre, le démocrate Obama a exigé qu'une solution future soit basée sur les principes de «gouvernance transparente, de confiance en l'État de droit et d'une administration de justice équitable». Ce qui exigerait du Maroc des changements politiques d’ampleur tellurique.

**

La lettre de Barack Obama à Mohammed VI l'a rassuré quant à la position américaine à propos de la question du Sahara occidental. En revanche, certains éléments de cette politique sont de nature à poser certains problèmes pour le fonctionnement du régime monarchique.


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Il y a actuellement 2 réactions.

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Audotermination
par ali salem le 31 juillet 2009

je crois sans referendum na pas une solution a la cause sahraoui c est a dire 3 option pour le referendum  2 pour le maghsen 1 pour le polisario

pour lée maghsen .ratavhemen ou autonomie

pour le polisario   independance 

tous les marocains connessent biem que le peuple sahraoui ne veulent pas la souvreinite marocain c est le proplem du maghsen

pour avoir des iinformation  utile lire   www.upes.org

ould  ali salem...,,,mauritanie

Oui !
par Omar le 31 juillet 2009

Très bonne analyse : équilibrée, objective et complète

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