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Moyen-Orient : Les sept plaies

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le Moyen-Orient a tant apporté au progrès de l'humanité. Pourtant, de nos jours, plusieurs de ses contrées laissent à désirer. Et pour cause. Elles souffrent de sept plaies. Excepté quelques démocraties, établis ou jeunes (Israël, Turquie, Pakistan, Afghanistan), les autres États sont autocratiques. Le zaïm (chef) y est tout-puissant. Toutes les ressources nationales, ou presque, servent à sauvegarder son règne. Peu importe le prix.



La mauvaise gouvernance

L'opposition est ici synonyme de sédition. Tous les moyens sont bons pour faire taire toute critique non autorisée. Allant de la séduction et de la cooptation, pour les «récupérables», à la répression des «récalcitrants».

À défaut de révolution ou de coup d’État, les zaïms «républicains» gardent jalousement le trône. À force de rester longtemps au pouvoir, plusieurs d'entre eux ont fini par se comporter comme si l'État leur appartenait. C'est pourquoi plusieurs zaïms ont transmis ou tentent de nos jours de préparer la transmission du pouvoir suprême à leur progéniture.

Le Syrien Hafez Assad a montré le chemin à suivre à ses homologues arabes. Il a transmis le pouvoir à son fils Bachar (35 ans). Si l’Irakien Saddam Hussein n'avait pas connu le sort tragique que l'on sait, il aurait fait de même.

Plusieurs indices laissent entrevoir que l'autocrate libyen, Mouammar Kadhafi (67 ans), est lui aussi touché par cette dérive dynastique. Un de ses fils, Sayef el-Islam (37 ans), est déjà en scelle. Grâce notamment à «sa» «Fondation internationale Kadhafi pour le développement», il joue quasiment le rôle d'un second ministre des Affaires étrangères.

Avec son état de santé chancelant, dû à un âge avancé, l'Égyptien Hosni Moubarak (81 ans) s'est rendu à l'évidence. Lui, qui s'est récemment effondré, en direct, devant les députés de son pays. Il entend transmettre le pouvoir à son fils, Gamal (46 ans).

Mais, les raïs arabes savaient qu'il fallait sauver les apparences. C'est pourquoi un tyran comme Assad, qui avait éliminé en 1982 des milliers d'islamistes et détruit le tiers d'une ville antique, Hama, s'est cru obliger de «réviser» la Constitution, pour permettre à son fils de devenir président de la Syrie dans les formes.

Comme la réforme du monde arabe est devenue, depuis la «croisade» de George W. Bush, un argument porteur auprès des États-Unis, plusieurs de ces autocrates arabes ont cru devoir faire passer leurs rejetons pour de dignes réformateurs d'un ordre figé.

Mais cette démarche est en soi une négation de la réforme.
La corruption est une autre dimension de la mauvaise gouvernance. Elle gangrène les pays du Moyen-Orient. Même des démocraties comme Israël, le Pakistan et l'Afghanistan n'y échappent pas. Si des contre-pouvoirs solides dans une démocratie établie comme l'État hébreu ont permis (grâce à un système judiciaire indépendant) de corriger ce maux, cela est encore difficile dans de jeunes démocraties comme le Pakistan et l'Afghanistan, faute encore de traditions et de culture démocratiques fortes.

De leur côté, les autocraties de la région cultivent, à dessein, la corruption. Si cet outil de gouvernement sert notamment à «acheter» des loyautés clientélistes, il discrédite en revanche le personnel politique coopté, «tue» dans l'œuf tout projet de développement national… Plongeant des pans entiers de la population dans la pauvreté et le désarroi.

Le fanatisme religieux

Le fanatisme religieux est la deuxième plaie frappant le Moyen-Orient. Il n'épargne aucun groupe religieux. Adepte d'une lecture sectaire de l’islam, la minorité islamique fanatique politise la religion et œuvre pour «purifier» la culture religieuse et la société de toute influence dite «étrangère». Avec elle, on a l'impression que le salut de ladite «oumma islamique» passerait par la négation de son histoire. Cette minorité n’a pas hésité à plusieurs reprises à utiliser le terrorisme pour tenter d'imposer ses vues.

En Israël, une minorité juive est acquise à une lecture sectaire de la Tradition. Tout en menaçant l’équilibre social entre juifs religieux et laïcs, elle est opposée à tout retrait des territoires palestiniens occupés en échange d’une paix globale et définitive. Elle est déterminée à tout faire pour empêcher une telle issue du conflit. D’ailleurs, elle a assassiné le Premier ministre Yitzhak Rabin (1995) pour s’être engagé sur le sentier du processus de paix.

Minorités ethniques et religieuses entre oppression et discrimination

L'oppression des minorités ethniques et/ou religieuses est la troisième plaie du Moyen-Orient. Presque aucun pays n'est homogène ethniquement et/ou religieusement. Au lieu de voir dans cette diversité une richesse, plusieurs y voient une source de désintégration potentielle de la fabrique sociale. C'est notamment cette crainte qui est derrière la non-reconnaissance des droits culturels de groupes ethniques, tels les Arabes en Iran, les Kurdes au Moyen-Orient, les Négro-africains au Soudan et en Mauritanie, et les Amazighes en Afrique du Nord.

Si de nos jours, les minorités chrétiennes représentent les principales victimes des stratégies «éradicatrices» dans des pays arabes (Irak, Égypte), hier c'était le lot de communautés juives chassées manu militari, du moins poussées à partir, de plusieurs contrées, depuis la naissance d'Israël (1948) et la montée en puissance du nassérisme.

Dans plusieurs pays musulmans majoritairement sunnites (dont l’Arabie saoudite et le Pakistan), les chiites sont victimes de persécution. Ils sont traités comme des citoyens de deuxième catégorie dans leur propre pays. Depuis la chute du sunnite Saddam Hussein, la peur «ethnique» a changé de camp en Irak. Dorénavant, ce sont les sunnites qui trinquent. Le même phénomène est observable dans l'Iran chiite, où les sunnites, les bahaïs, les zoroastriens ou les juifs sont traités comme des compatriotes de deuxième zone.

Dans un pays démocratique comme Israël, la minorité arabe est l'objet de plusieurs discriminations. À l'exception de la communauté druze, les autres Arabes israéliens sont exclus du service militaire. Ce qui les empêche par conséquent de bénéficier, comme le reste des leurs compatriotes, de plusieurs droits. Mais cela n'a pas empêché quelques-uns d'entre eux de devenir ministres.

L'oppression des femmes

L'oppression des femmes est la quatrième plaie du Moyen-Orient. Les femmes sont traitées comme des citoyennes de deuxième classe. L'idéologie religieuse d'une société patriarcale est un des outils de contrôle social sur elles.

Ces femmes sont plus pauvres, moins éduquées. Quand elles travaillent, leurs revenus sont moindres par rapport à ceux masculins. Très peu d'entre elles sont devenues conseillères municipales, députés ou ministres. Elles ne peuvent même pas conduire une voiture dans un pays comme l'Arabie saoudite.
Étant consacrées dépositaires de l'honneur de la famille ou du clan, la société se montre plus «exigeante» envers elles. Les crimes d'honneur sont le lot de celles qui «fallissent» à sauvegarder l'honneur de la «tribu»..

Le tribalisme

Le tribalisme est une autre plaie du Moyen-Orient. Si dans le passé, les idéologies modernes en vogue dans plusieurs parties de cette région sapaient les fondements de ce cadre culturel traditionnel, l'échec du nationalisme arabe au profit du pétro-conservatisme («Moyen-Orient: un axe israélo-arabe contre l'Iran ?») et la succession de guerres, de conflits intra-étatiques et d'embargo (Irak) déstructurant la fabrique sociale ont redonné de la vigueur au système tribal.

Il est vrai que la «tribu» fournit à «ses» membres un cadre protecteur et donne un sens à leur place dans le système social. Mais ses catégories culturelles se prêtent à la manipulation de chefs assoiffés de pouvoir et de prestige. Tout en freinant l'éclosion de l'individu moderne, le tribalisme contribue à l'oppression de plusieurs groupes sociaux, dont les femmes. Contribuant au sous-développement de pays entiers.

L'analphabétisme

L'analphabétisme est une autre plaie du Moyen-Orient. C'est la négation de tout développement et de toute modernité.
Le taux d'analphabétisme dépasse la moitié de la population de plusieurs pays. La faiblesse de la part du budget public allouée à l'éducation ne peut s'expliquer par la seule pauvreté des moyens de l'État. C'est surtout le fruit de choix politiques de régimes autoritaires qui privilégient tous les moyens susceptibles de renforcer leur contrôle sur la population. Et quel meilleur moyen pour s'assurer une population soumise que son analphabétisme.

De plus, une population analphabète est une proie assez facile de charlatans et de croyances surnaturelles. Facilitant le détournement de sa colère (pour situation insatisfaisante) vers de boucs émissaires commodes.

La guerre

Depuis un siècle, la Moyen-Orient n'a pas connu la paix. Aux guerres israélo-arabes se sont ajoutées des guerres civiles (Liban, Algérie…), des interventions extérieures (guerre du Golfe), des conflits interarabes (Algérie-Maroc, Irak-Koweït, les deux Yémen) ou inter-islamiques (Irak-Iran), des guérillas (Irak, Syrie, Afghanistan, Égypte, Jordanie…)…

En plus de leurs coûts financiers astronomiques, ces conflits ont nourri les divisions internes. Ruinant au passage la fabrique sociale de plusieurs pays.
***

Le Moyen-Orient fait face à plusieurs plaies. Celles-ci rendent son présent instable et hypothèquent son avenir. D'où la nécessité d'en trouver un remède efficace.


* Bashar al-Assad. Image : Wikipedia.org


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