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Iran : les trois vies de Sayyed Ali Khamenei

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Ali Khamenei est un des personnages politiques les plus influents au niveau des affaires internationales. Pourtant, il demeure assez peu connu (ou saisi) à l'extérieur de son pays. Une constante marque sa vision: celle d'un Iran assiégé par des ennemis. D'où la nécessité pour lui de se donner les moyens de s'en défendre.



Ali Khamenei est le Guide suprême de la Révolution islamique. C'est-à-dire le chef de l'État iranien. Il est né en 1939 dans la sainte ville chiite de Machhad, capitale de la province de Khorasan-e-razavi (nord-est), au sein d'une famille de clercs modestes. C'est un Sayyed, c'est-à-dire descendant du Prophète de l'islam, Mohammed. En atteste le port du turban noir. Son père, Djavad Hosseyni, était un Ayatollah.

La vie publique de Khamenei est liée à l'histoire de la Révolution islamique. Elle peut être schématiquement divisée en trois étapes. D'abord, celle du révolutionnaire. Ensuite, celle du président de la République islamique (1981-1989). Enfin, celle du Guide suprême de la Révolution islamique (1989-).

Le révolutionnaire

Après des études de jurisprudence religieuse au Centre théologique de Machhad, il a d'abord fréquenté l'École théologique de Nadjaf (1957) en Irak, où enseignaient de grands maîtres chiites. Il a ensuite, un an plus tard, étudié à Qom auprès de grands maîtres, dont l'Ayatollah Rouhollah Khomeiny. En 1964, il a regagné sa ville natale, où il étudia jusqu'à l'année 1968. Il a acquis le titre de hodjatoleslam. Il enseignait la philosophie islamique.

Selon sa biographie mise en ligne dans son site officiel (à prendre avec précaution), sa socialisation politique date de 1952, l'année de sa rencontre à Machhad avec Mojtaba Navvab Safavi, un propagandiste. C'est-à-dire quand il n'avait que 13 ans! Un an plus tard, le nationaliste Premier ministre Mossadeq est renversé par un coup américano-britannique («Iran: Barack Obama à l'épreuve de la réélection d'Ahmadinejad»). Pourtant, cette bio officielle n'en souffle mot!

Dès 1963, cette figure de l'opposition aurait connu, à l'en croire, la détention à six reprises et la torture aux mains de la Savak (police politique du Shah), pour opposition au Shah et pour propagande anti-américaine. Puis, l'exil intérieur (1977) pour une période en principe de trois ans (Iranshahr). Mais, c'était de courte durée, puisque l'année d'après soufflait le vent de la révolution, tournant à l'avantage de son mentor, Khomeiny.

Cette expérience éprouvante se révélera déterminante pour sa conception des choses. Avec l'aide occidentale apportée d'abord à la dictature Pahlavi, son bourreau, contre l'opposition iranienne, puis à l'ennemi irakien de la République islamique durant la sanglante guerre de huit ans, il finira par voir dans les États-Unis l'ennemi à combattre pour protéger un Iran assiégé. D'où sa ligne dure. Une ligne supposée de plus renforcer l'unité du peuple derrière le régime.
Il faisait partie des fondateurs du Conseil de la Révolution islamique, ainsi que du Parti de la République islamique (1978), tout comme Hachemi Rafsandjani. Il a contribué à ce titre à la chute du régime royal et au retour de Khomeiny au pays (1979). Il était chargé de l'endoctrinement des forces armées et de la création du corps des Gardiens de la Révolution islamique (Pasdaran). Il a soutenu les étudiants islamistes preneurs des otages diplomates américains.
Khamenei était un homme de confiance de l'imam Khomeiny, père de la République islamique. Il s'est toujours dit «fidèle à la ligne de l'imam». Il s'est aligné sur la doctrine khomeyniste du velayat-e faqih, c'est-à-dire la tutelle du juriste-théologien sur le gouvernement.  Avec la mise à l'écart, dès l'automne 1979, par Khomeiny de son héritier présumé, l'Ayatollah Hossein Ali Montazeri, pour avoir contesté cette doctrine officielle, Khamenei sera coopté à sa place. D'où sa nomination comme imam de l’importante prière du vendredi de Téhéran. Son ascension fulgurante au sein du régime révolutionnaire pouvait donc commencer.

Il sera ainsi nommé vice-ministre de la Défense et chef du corps des Pasdaran (1979), représentant de Khomeiny au Conseil suprême de la défense et député (1980). En 1981, il échappera de justesse à un attentat des Moujahidin Khalq (MoK, guérilla islamo-marxiste!). Perdant au passage sa main droite et l'usage d'un bras. Mais il a en revanche gagné le titre officiel de «martyr vivant», estimant que «Dieu (l)'a épargné pour des responsabilités plus lourdes».

Le président de la République (1981-1989)

Après l'assassinat par les MoK du deuxième président de la République, Mohammed Ali Rajai (1981), Khamenei lui succède. C'était le premier religieux à occuper ce poste. Il sera réélu quatre ans plus tard. Il était également président du Conseil de la Révolution culturelle (1981), du Conseil de discernement du bien et de l'ordre islamique (1987) et du Conseil correctionnel législatif (1989).

Comme digne disciple de Khomeiny, le président Khamenei a fini par accepter malgré lui le choix de Mir Hossein Moussavi («Iran : Mir-Hossein Moussavi, un dirigeant réformateur?») comme Premier ministre. Un étatiste en matière de politique économique, quand lui était partisan d'une certaine libéralisation.

Khamenei incarnait, en matière de politique étrangère, la ligne dure du régime. Il avait résisté jusqu'au bout au cessez-le-feu avec l'Irak. Tout comme son mentor. Sans oublier sa position dure dans l'affaire «Salman Rushdie». Son soutien au Hezbollah libanais et à l'OLP. Et son hostilité farouche au «grand Satan» américain et à son protégé israélien. Hostilité charriant son lot de menées déstabilisatrices du Moyen-Orient. Mais cela ne l'a pas empêché d'insister sur les principes pragmatiques de réciprocité et de respect mutuel, en toute indépendance, avec tout pays qui voudrait avoir de bonnes relations avec Téhéran. Cette posture pragmatique s'explique par la volonté de son pays de se normaliser au niveau international.
Rahbar (1989-)

Après le décès de Khomeiny (1989), Khamenei devient Rahbar, c'est-à-dire Guide suprême de la Révolution islamique, grâce au vote de l'Assemblée des experts. À ce titre, il est le chef de l'État et donc le supérieur du président de la République Mahmoud Ahmadinejad.

Comme successeur de Khomeiny, il a incarné la ligne dure du régime. Le gardien sourcilleux de l'héritage de la Révolution. D’où son opposition à l'installation de bases américaines permanentes en Arabie saoudite, après la fin de la guerre du Golfe. Et son soutien à plusieurs mouvements islamistes, censés être des outils de l'«exportation de la Révolution islamique».

Ayant été élu contre le candidat attitré du Guide suprême, le président pragmatique Mohammad Khatami (1997-2005) a vu plusieurs de ses initiatives en politique domestique ou étrangère bloquées. Contribuant à terme à la démobilisation de l'électorat réformateur et à l'élection de l'idéologue Ahmadinejad en 2005.
Khamenei a durci le ton contre le Danemark au moment de l'affaire dite des «caricatures de Mohammed» (2006). Il a soutenu le Hezbollah libanais face à Israël, lors du conflit de 2006. Tout comme le Hamas et le Jihad islamique dans les territoires occupés par Israël. À ses yeux, l'accès au nucléaire civil représente un droit inaliénable de sa nation. Mais parions qu'avec l'aventure irakienne et la rhétorique belliciste du maladroit George W. Bush, Khamenei, tout comme les autres factions du régime islamique, s'est posé la question du meilleur moyen pour sanctuariser son pays contre toute agression extérieure («Barack Hussein Obama : Recherche désespérée de partenaires au Moyen-Orient»).

C'est dans ce contexte que s'inscrit sa «croisade» en faveur de la réélection d'Ahmadinejad («Iran: les raisons de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad»). Mais, ce faisant, il a renoncé à son rôle traditionnel d'arbitre entre factions en compétition pour devenir un simple chef d'une faction parmi d'autres, affaiblissant la légitimité de son institution («Sortie de crise en Iran»).

***

Maintenant que Barack Obama cherche à normaliser les relations de son pays avec la République islamique («Iran: Barack Obama à l'épreuve de la réélection d'Ahmadinejad»), il faudrait garder à l'esprit que toute négociation efficace devra intégrer cette perception du leader suprême de l'Iran comme pays assiégé par d'hostiles puissances étrangères. D'où l'importance de le rassurer.


* Image: Wikipedia.org


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