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Dans la peau du poète de Safi

(French version only)
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Le silence approuve la complicité. Mais de quelle  complicité s’agit-il ? Personne d’autre dans ce monde ne peut  apprécier ces moments de jaillissement de la fiction qui interrogent la réalité, hormis la lecture,loin des querelles  intersubjectives. Je suis donc seul,  en train de jouir  de l’imaginaire et de la liberté. Chaque étape du parcours de Moncef Bahri libère mes errances et ouvre la voie à mon esprit de redessiner la carte des lieux  qui ont abrité le poème, sans contrainte aucune.

En réalité, Le poète de Safi de Mohamed Nedali interroge le Nous et le place face à ses contradictions, comme si il  nous disait. « Voici ce que vous êtes devenus. Aucune interprétation,  ni conclusion aussi scientifiques soient- elles ne peuvent apporter une réponse à votre contraste. Il est difficile de démêler la thèse de l’antithèse de votre État. »

Safi  n’est que l’illustration  d’une déception qui s’alimente d’un discours dont la tonalité prône le chaos au détriment de la clarté. L’ici-là n’est donc  qu’une parenthèse qui  se referme  en vue d’un au-delà, lequel n’est  destiné  qu'à  celles et ceux qui sacrifient la raison et boudent l’autonomie.

Dans Le poète de Safi, c’est la subjectivité qui subit. Qui est ce qui traduit cette  souffrance subjective ?  C’est l’écriture. Moncef Bahri et ses amis n’aspirent pas à une notoriété. Ils veulent simplement qu’ils soient reconnus en tant que Singularité. Ils ont opté pour la poésie qui  symbolise  la créativité. N’ont-ils pas le droit de manier le verbe et le vers ?  A bas l’idée obscurantiste selon laquelle le poète a tort d’où qu’il vient. Quoiqu’ils fassent, ces ennemis de la créativité, n’arriveront jamais à éteindre la lumière d’une métaphore qui éternise le sens humain de la poésie.

« Entre Rita et mes yeux, un fusil

Et celui qui aime Rita

S’incline et prie pour un dieu dans des yeux mielleux. »

Quoi de beau que d’harmoniser le son et le mot et savourer la sagesse d’une écriture qui adoucit la souffrance  et rend la vie plus paisible, au lieu de crier haut et fort dans un langage sanguinaire : Lapidation. Et puis, qui êtes vous pour assigner au sujet une connotation grégaire ? Comme si tous les gens étaient incapables de penser leur devenir librement. Hélas, la structure censée promouvoir la créativité et encourager l’écriture, n’est au final qu’une coquille vide. Le verbe s’y transforme en flèche que chaque pseudo-écrivain lance vers son alter-égo. Cette (Union des écrivains) qui ne sert plus à rien, sombre dans  les futilités et l’autoconsommation.

Tout au long de Le poète de Safi, l’écriture s’assimile aux lieux. Chaque registre véhicule son langage propre à lui. C’est dire que l’auteur ne cède  pas à sa mission qui consiste à marier la fiction au vécu, quitte à déformer la prononciation. Le style me fait quelques fois rire sans me rendre compte  que je me moque de moi-même, car je fais partie de ce monde nocturne, incapable de convertir le contraste en contradiction.

Une vieille amitié me lie aux personnages de romans que Mohamed Nedali a écrits. Mais dans Le poète de Safi, cette amitié revêt une particularité différente de celle que j’ai nouée avec les autres personnages. C’est dans leurs dialogues qu’ils me divulguent  leur secret qui les lie à l’auteur. Je suis le seul à anticiper les événements et le déroulé de cette tension qui anime la relation de l’écrivain à ses personnages. «  Tu nous connais très bien parce que tu nous lis. C’est à nous de te dévoiler le secret de notre univers que seule l’imagination fertilise »,  me confie l’un de ces personnages.

Il faut donc habiter le monde de ces personnages pour, non seulement anticiper, mais aussi pour dégager la portée créative du texte et lui attribuer  le sens d’engagement.

Je préfère vivre ma solitude de lecteur en dégustant ce monde imaginaire

Je préfère vivre ma solitude de lecteur en dégustant ce monde imaginaire  et discuter  ouvertement avec  ses personnages plutôt  que de  me rendre au réel où l’hypocrisie l’emporte sur  la franchise. Quoi de beau que de s’identifier à cette fluidité qui laisse  exprimer ses personnages sans langue de bois ?  Je ne me réfère ni au bien ni au mal pour  partager ma sympathie avec les personnages de Le poète de Safi. Au contraire, je pose  la question du Pourquoi pour comprendre les dessous de chaque portrait dans le but d’analyser le contexte qui fait de  ces personnages ce qu’ils sont dans le roman et la possibilité de ce qu’ils deviennent dans la réalité.

La lecture des romans écrits par Mohamed Nedali, en l’occurrence Le poète de Safi, se caractérise, à mon avis, par le fait qu’elle renvoie aux faits réels. C’est ce qui m’incite à aller jusqu’au bout du texte. Du coup, la fiction emboîte la réalité. En ce sens, le premier signe de rébellion  de Moncef Bahri contre l’indolence de la populace  et ses propos l’incitant à «  relever la tête  et ouvrir les yeux » me fait penser à un événement de taille. L’audace de se saisir du haut parleur de la mosquée et appeler à l’insurrection  et non à la prière est vécue comme un événement exceptionnel qui déroge à la règle. Cette image me renvoie à celle d’un leader du Hirak (mouvement) qui a pénétré dans une mosquée où un Imam prêchait  le mensonge en vue  de décrédibiliser ce mouvement. Le jeune a pris la parole pour réfuter tout ce que l’Imam a avancé, tout en montrant que ce mouvement s’est construit sur des revendications légitimes en quête de dignité. Moncef Bahri et le jeune du Hirak ont subi toutes les critiques allant de la doxa jusqu’aux politiques, en passant par les dogmatiques. Sauf que Moncef fut obligé d’emprunter le chemin de l’inconnu, tandis que  le jeune du Hirak a écopé de vingt ans de prison ferme.

 Le poète de Safi ne m’a révélé qu’une partie de ses secrets, c’est aux lectrices et aux lecteurs de dévoiler d’autres secrets.

C’est toujours un plaisir de lire l’écrivain Mohamed Nedali.

  Notes

1. Mohamed Nedali, Le poète de Safi, Éditions de l’Aube, 2021.

2. Safi est une ville du Maroc, située à 157 Km de Marrakech, où cohabitaient  paisiblement juifs et musulmans. 

22 février 2022



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Abdelmajid Baroudi's Column
By Abdelmajid BAROUDI

The writer resides in Morocco.

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