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L’inclusion, au cœur d’un débat éducatif international

par
Master en langue française et diversité linguistique
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La question de l’inclusion est aujourd’hui au cœur d’un débat éducatif international. Alors qu’à l’origine, elle concernait surtout les élèves handicapés ou présentant des troubles de l’apprentissage dans  des espaces thérapeutiques fermés, l’éducation inclusive se donne désormais pour objectif de veiller à l'inclusion de tous les enfants, sans distinction, en prenant en compte leur diversité. Cependant, des réticences quant à ce discours inclusif et sa  mise en œuvre s’accompagnent de diverses opinions exprimées.

A travers cette contribution, nous voulons  brosser  les regards critiques  sur  l’éducation inclusive  en faisant appel à notre  propre point de vue  en tant que chercheur et praticien dans le domaine.

Le parcours de l’inclusion est un processus durable et jalonné de multiples étapes et obstacles. Allant de la volonté politique aux réalisations, les institutions et leurs acteurs  sont partout projetés dans des situations d’une grande complexité.

 Pour les partisans comme Vienneau (2002), Salisbury, CL(1991), Banks, (2009), Potvin(2013), s’inspirant des valeurs humanistes, l’inclusion scolaire est un vecteur de justice sociale, de cohésion, d’amélioration des perspectives relationnelles et interculturelles. Ses apports en milieu scolaire se traduisent par : 

  •         Le respect du pluralisme et des droits de la personne en situation de handicap ;
  •         La promotion de l’égalité des chances et de l’équité ;
  •         La valorisation du cadre démocratique permettant l’exercice de la citoyenneté et l’élimination de l’exclusion ;
  •         La valorisation des différences (La valeur d'une personne ne dépend pas de ses capacités et de ses réalisations);
  •         La véritable inclusion ne peut avoir lieu que dans le cadre de relations réelles;

Quant aux opposants (Schumm et vaughn, (1995) et fox et ysseldyke, (1997), la question de l’inclusion  est  remise en cause  pour plusieurs raisons telles que :

  • La complexité du contexte inclusif vu trop stressant et trop angoissant pour certains élèves et enseignants.
  • la crainte du désordre dans les lieux d’accueil bien organisés où la prévisibilité et la stabilité sont valorisées.

Quant à notre positionnement sur ce discours inclusif, nous sommes plus favorables aux idées inclusives exprimant notre conviction, ouverture et adhésion  aux valeurs universelles solidaires .En dépit de certains points critiques de l’inclusion évoqués par les opposants tels que l’épuisement professionnel (Burn out) et la complexité du contexte inclusif , nous dirons de notre côté que l’éducation inclusive, comme toute démarche qui se veut une place dans le contexte éducatif, a ses points forts mais possède également des points d’améliorations, certes contraignantes mais, à notre avis, surtout pas bloquantes et méritent que les acteurs convaincus fournissent des sacrifices, plus d’efforts et surtout plus d’engagement.

Nous nous tenons plus clairement au premier courant qui soutient l’approche inclusive comme étant une plus value du système  éducatif développé sous condition de deux variables jugées importantes et déterminantes dans le processus de l’inclusion à s avoir (Jordan et Stankovic, 2004):

  1. La lutte contre des représentations sociales négatives à l’encontre des enfants en situation de handicap ;
  2. Et la formation  et habilitation des acteurs éducatifs.

D’après notre expérience dans le domaine de l’intégration scolaire  des enfants en situation de handicap et plus précisément le cas des sourds, ces deux variables constituent effectivement les clés de réussite de l’approche inclusive.

Autrement dit, nous ne pouvons pas réussir une telle approche dans un contexte hostile et  teinté d’attitudes négatives (mépris, moqueries, rabaissement…) et de croyances erronées à l’encontre des personnes handicapées.

Dans ce sens, et dans l’espoir de promouvoir une réelle scolarisation des apprenants en situation de handicap, nous suggérons la lutte contre les représentations sociales, croyances destructives et l’éloignement des attitudes négatives de la scène éducative. Ces dernières  peuvent être un obstacle majeur à la mise en place de l’inclusion dans notre contexte. Par conséquent, il apparait essentiel de prendre conscience du fait que la façon dont les enseignants et élèves ordinaires se représentent la diversité, l’altérité  et le handicap est importante dans le développement de nos enfants en situation de handicap et plus particulièrement dans un contexte inclusif.

En plus des représentations et attitudes négatives, un besoin criant de formation (initial ou continue) s’ajoute à la première variable. Et pour combler ce manque et permettre aux enseignants de répondre  au mieux aux attentes des élèves en situation de handicap (Ducharmes (2007), Plaisance et al. (2007), un recours aux formations s’avère nécessaire et obligatoire afin de minimiser les inégalités scolaires.

Dans ses résultats de recherche, Belanger (2006) a relevé que la plupart des enseignants interrogés expriment leur désir de recevoir une formation en adaptation scolaire afin d’améliorer leurs pratiques inclusives jugées incompatibles et injustes à l’égard des enfants handicapés.

A cet égard, et en conformité avec les exigences de l’Agence Européenne pour la Promotion de l'Éducation Inclusive, nous pouvons  dire que d’autres facteurs entrent également en jeu pour la réussite ou l’échec d’une telle démarche.

Bibliographie :

  1.      Banks, J. A. (1999). An  introduction to multicultural education—2nd edition. Boston/ Toronto  : Allyn and Bacon.
  2.      Bélanger, S. (2006). Conditions favorisant l’inclusion scolaire. Attitudes des enseignants du primaire. In C. Dionne & N. Rousseau (Ed.), Transformation des pratiques éducatives: la recherche sur l’inclusion scolaire (p. 63-89).Sainte-Foy: Presses de l’Université du Québec
  3.      Ducharme, D. (2007). L’inclusion en classe ordinaire des élèves présentant une déficience intellectuelle : proposition d’un cadre organisationnel. Montréal : Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
  4.      Jordan, A. & Stanovich, P. (2004). The Beliefs and Practices of Canadian Teachers about Including Students with Special Needs in their Regular Elementary Classrooms. Exceptionality Education Canada, 14(2). 25-46.
  5.      Norman E. FoxJames E. Ysseldyke. Implementing Inclusion at the Middle School Level: Lessons from a Negative Example
  6.      Plaisance, E., Belmont, B., Vérillon, A., et Schneider, C. (2007). Intégration ou inclusion ? Éléments pour contribuer au débat. La nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, 1(37), 159-164.
  7.      Salisbury, C. L. (1991, May). Empirical   evidence  in support of inclusion. Presentation   at the Maryland  State Education Department Conference on Inclusive Education, Baltimore.
  8.      Schumm, J. S., Vaughn, S. (1995). Getting ready for inclusion. Is the stage set? Learning Disabilities Research & Practice, 10, 169-179.
  9.      Vienneau, R. (2002). Pédagogie de l’inclusion : fondements, définition, défis et perspectives. Éducation et francophonie, XXX(2).

11 janvier 2021

Note de la rédaction

Nous avons reçu les précisions suivantes de madame Maryse Potvin que nous reproduisons aussi intégralement ci-dessous dans les commentaires :

Dans votre article "L’inclusion, au cœur d’un débat éducatif international", vous reprenez abondamment des éléments de deux articles de Maryse Potvin, dont voici les références : POTVIN, M. (2014). Diversité ethnique et éducation inclusive: fondements et perspectives. Éducation et sociétés. Revue internationale de sociologie de l’éducation. Nº 33 (1), Édition De Boeck Supérieur, p. 185-202. https://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2014-1-page-185.htm

POTVIN, M. (2013). L’éducation inclusive et antidiscriminatoire : fondements et perspectives. Dans M. McAndrew et M. Potvin et C. Borri-Anadon (dir.). Le développement d’institutions inclusives en contexte de diversité. Recherche, formation, partenariat. Montréal : Presses de l’Université du Québec, p. 9-26. https://www.puq.ca/catalogue/livres/developpement-institutions-inclusives-contexte-diversite-2580.html

Merci de les ajouter.

13 janvier 2021

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* Image : Reuters




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par Maryse Potvin le 12 janvier 2021

Dans votre article "L’inclusion, au cœur d’un débat éducatif international", vous reprenez abondamment des éléments de deux articles de Maryse Potvin, dont voici les références : POTVIN, M. (2014). Diversité ethnique et éducation inclusive: fondements et perspectives. Éducation et sociétés. Revue internationale de sociologie de l’éducation. Nº 33 (1), Édition De Boeck Supérieur, p. 185-202. https://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2014-1-page-185.htm POTVIN, M. (2013). L’éducation inclusive et antidiscriminatoire : fondements et perspectives. Dans M. McAndrew et M. Potvin et C. Borri-Anadon (dir.). Le développement d’institutions inclusives en contexte de diversité. Recherche, formation, partenariat. Montréal : Presses de l’Université du Québec, p. 9-26. https://www.puq.ca/catalogue/livres/developpement-institutions-inclusives-contexte-diversite-2580.html Merci de les ajouter..
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