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Réaction respectueuse d’un philosophe québécois aux propos d'André Comte-Sponville, philosophe français, en ces temps de Coronavirus

par , Ph.d. en philosophie politique

Dommage. Un grand philosophe ne raisonne pas toujours très bien.

Il est inexact de dire, comme  le fait André Comte-Sponville sur France-Inter, que «La mort fait partie de la vie». Plus justement dit serait : «La mort termine toute vie». «Danger de mort» n’est pas «mort» tout comme spermatozoïde et ovule ne sont pas des personnes.

La mort des autres ne «fait pas partie» de ma vie, mais la suit en parallèle.  Se désoler de la mort d'autrui n'est pas pour autant une maladie personnelle. S'attrister sans effondrement psychique doit demeurer la règle. Savoir se ressaisir est signe de bonne santé. 

Est exagéré aussi : «Tu ne meurs pas parce que tu es malade mais parce que tu es vivant» est aussi fort mal dit. Si une personne n’était jamais malade elle ne mourrait jamais.

«Attention de ne pas faire de la médecine ou de la santé les valeurs suprêmes,» dit André Comte-Sponville. Mais elles en sont toutes proches. Une vie sans santé ne mérite guère d’être vécue et un médecin nécessaire est le dernier recours de toute vie menacée.

Le pire de son propos. Il s’étonne : « à la télé on voit à peu près vingt médecins pour un économiste. »

Un milliardaire malade serait outré d’un tel étonnement. La santé, en fait de réalité comme en exigence éthique, précède tout montant d’argent (revenus, salaire, bourse, investissement). Tous les grabataires prospères d’Occident échangeraient leur cruelle maladie pour une santé qui les ferait travailler dans les rizières d’Asie.

Il écrit : «Le bonheur n'est plus qu'un moyen au service de cette fin suprême que serait la santé». Je ne connais personne qui ait pensé pareille sottise. Il est vrai que les gens réfléchissent moins par eux-mêmes leur propre bonheur au profit d’une visite paresseuse chez leur médecin. Ici, c’est tout autant faiblesse d’éducation philosophique que santé mentale mal en point.

André Comte-Sponville écrit : «la liberté, de la justice, de l'amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes.» Certes. Mais l’urgence met en veilleuse la liberté, la justice et l’amour, valeurs et vertus à leur sommet quand la santé existe ou revient et que la menace est écartée.

Quand le feu prend au sous-sol d’une maison papa et maman cessent au salon d’aider les enfants à faire leurs devoirs.

Ici André Comte-Sponville a raison : «Ce n'est pas une raison pour demander à la médecine de tenir lieu de politique et de morale, de spiritualité, de civilisation ». Ce ne sont pas les médecins qui l’ont demandé. Si la philosophie et la politique n’étaient pas encore largement aux mains des influences généalogiques des trois monothéismes totalitaires qui dépossèdent les individus de leur volonté d’autonomie culturelle, donc de leur volonté résiliente, elles seraient aussi prestigieuses que la médecine. Cette dernière s’en est libérée dès le 18e siècle.

André Comte-Sponville conclut : «Ma priorité des priorités ce sont les enfants et les jeunes en général» donc pas les vieux plus menacés. C’est un choix de type militaire. Qui sacrifier pour en sacrifier moins. André Comte-Sponville se trompe de guerre. En ce moment par ce virus spécifique, les vieux sont très menacés et les jeunes presque pas. «La priorité des priorités» devraient être de sauver ceux dont la mort est la plus proche.

Je le dis même si mon point de vue, tout personnel et qui n’engage que moi, est radical. Je refuse pour moi toute dégénérescence, a fortiori toute agonie. Je prendrai en temps et lieu les bonnes mesures… qui seront radicales et rapides.

Faire une réflexion, opposant jeunes et vieux, favorisant l'un ou l'autre, est stupidité.

Pourquoi ?

1. on est tour à tour jeune, puis vieux.

2. La vie humaine est égale à 10 ou 70 ans.

3. Tout jeune doit suppléer le vieux plus faible et tout vieux doit offrir gratuitement son expérience ou expertise au plus jeune.

Le temps scolaire sacrifié par les plus jeunes ? Des peanuts (avec en plus moulte avantages collatéraux) en comparaison d'une pneumonie à 75 ans.

Mais il faut avoir le texte complet de Comte-Sponville pour juger définitivement ses propos. Il est possible aussi qu'il soit mal cité ou qu'il n'ait pas eu l'habileté de mesurer ses mots. On ne cause pas à la radio ou à la télé comme dans un bouquin. Il faut toujours penser à la boule de neige que fait une simple phrase qui obtient une autonomie au-delà de ce qu'en a dit son auteur.

Là où je le rejoindrais : je veux que tout l'argent économisé par mon refus médical de toute agonie et de toute dégénérescence aille en baisse de taxes pour la santé publique et en bourse aux étudiants pauvres. 

L'acharnement sur les fins de vie sont des tortures cathos, une arnaque de l'industrie médicale et des sous faciles pour les médecins qui encaissent pour des simagrées de soins au succès nul.

«Il y a des choses plus graves que le coronavirus» dit André Comte-Sponville. Oui. Mais à très court terme Non. Les autres dangers plus graves (écologie, féminicides, corruption, paradis fiscaux, dette publique, économie) ne sont pas comme ce virus à échéance urgente de quelques mois.

Distinguons bien le travail du philosophe et celui du pompier… Le 2e commande quand le feu menace. Le 1er se propose quand la sérénité revient.

Les propos de André Comte-Sponville se lisent à :

https://www.franceinter.fr/idees/le-coup-de-gueule-du-philosophe-andre-comte-sponville-sur-l-apres-confinement?fbclid=IwAR1lPWOqzerEYey1ip9LUKEvpFz8e3qzLnPrvYH8CJlotcFwbndqlLDN5c4

24 avril 2020



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