Tolerance.ca
Directeur / Éditeur: Victor Teboul, Ph.D.
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Une nouvelle colonie sur le Golan syrien occupé en l’honneur de Donald J. Trump

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le premier ministre israélien rêvait depuis longtemps de voir un jour les États-Unis reconnaître l'annexion des hauteurs du Golan syrien à son État. Contrairement à ses prédécesseurs qui voyaient dans cette annexion un geste illégale selon la lettre et l'esprit du droit international, Donald J. Trump a réalisé ce rêve. En contrepartie, Benyamin Netanyahou a inauguré sur les lieux une colonie portant le nom de ''l'ami'' américain d'Israël.

Le président américain, Donald J. Trump, a, à plusieurs reprises, brisé le consensus international et la politique traditionnelle de son pays au sujet de l’occupation israélienne de territoires palestiniens et arabes. Après avoir, en décembre 2017, reconnu Jérusalem, une et indivisible, comme la capitale de l’État d’Israël et transféré l’ambassade de son pays de Tel-Aviv à Jérusalem, il a, le 26 mars dernier, reconnu la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan syrien. Une décision saluée en Israël, mais dénoncée à travers le monde et même à l’intérieur des États-Unis.

La colonie ''Ramat Trump'' sur le Golan syrien

Suite à la guerre des Six-jours en juin 1967, Israël a, entre autres, occupé les hauteurs du Golan syrien. En 1981, il les a annexé unilatéralement. Les Nations unies n’ont jamais reconnu ni l’occupation militaire ni l’annexion de ce territoire syrien et continuent de considérer cela comme une violation flagrante et caractérisée du droit international. D’ailleurs, la résolution 242 votée, le 22 novembre 1967, à l’unanimité des quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, a appelé au ''retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés (dont les hauteurs du Golan syrien, ndlr) au cours du récent conflit'' (c’est-à-dire la guerre de 1967) (S/RES/242, 1: a). Mais, comme cette résolution n’était pas contraignante (faute d’être votée sous le Chapitre VII), Israël n’en a pas tenu compte. En plus, elle a permis la colonisation juive de ces territoires occupés. La population Druze n'a jamais reconnu cette annexion israélienne et continue de se considérer comme faisant partie du peuple syrien. Les administrations américaines successives tenaient sans discontinuer à ce principe de la résolution 242. Puis, en 2016, vint Donald J. Trump et avec lui la fin de ce consensus bipartisan.

Comme mentionné ci-dessus, le nouveau locataire de la Maison-Blanche avait reconnu la souveraineté israélienne sur Jérusalem, une et indivisible, et sur les hauteurs du Golan syrien. Avec ces deux décisions, il est allé à l’encontre du consensus international et de la politique traditionnelle de son pays. Aussi, il a encouragé les ambitions coloniales de Benyamin Netanyahou et de sa coalition de droite dure et d’extrême droite. C’est ce qui a encouragé le chef du Likoud, lors de la récente campagne électorale, à promettre l’annexion d’une partie de la Cisjordanie en cas de sa réélection.

https://static.timesofisrael.com/fr/uploads/2019/04/000_1F23Y5-1-e1553723236626-640x400.jpg

Donald Trump et Benyamin Netanyahu présentant au monde le décret présidentiel reconnaissant l'annexion du plateau du Golan.

Après le décret de Donald J. Trump reconnaissant la souveraineté israélienne sur le Golan syrien occupé, Benyamin Netanyahou avait en avril dernier décidé de nommer une colonie sur ce plateau du nom du président américain. Il restait à trouver l’emplacement de ce projet avant de l’annoncer.

Le 16 juin, soit presque trois mois plus tard, le premier ministre israélien a fait l’annonce qu’attendait, avec impatience, Donald J. Trump. Aux côtés, entre autres, de son épouse Sara, du controversé ambassadeur américain, David Friedman, de membres de son gouvernement et de responsables locaux, juifs et druzes, il a, tout sourire, inauguré le panneau portant le nom de la colonie du nom du locataire de la Maison-Blanche: ''Ramat Trump'' (colline Trump). À cette occasion, le décret du président américain sur le Golan syrien a été salué par le dirigeant israélien comme la preuve de son ''engagement pour la sécurité et le futur d'Israël.'' M. Friedman a, pour sa part, qualifié cela de ''geste extraordinaire.'' Venant de l’habitant d’une colonie et défenseur acharné de la colonisation des territoires palestiniens et arabes, ce type de réaction ne peut surprendre personne.

Sur son compte Twitter, Benyamin Netanyahou a, à cette occasion, qualifié le président américain d’''ami d’Israël'' et parlé d’un ''jour historique!'' Donald J. Trump n’a pas boudé son plaisir et a saisi la balle au bond. Tout en partageant un tweet de son ambassadeur en Israël, il a remercié ''le premier ministre (Benyamin) Netanyahou et l’État d’Israël pour ce grand honneur.''

Loin des autosatisfactions et des salutations mutuelles, des voix en Israël doutent, pour le moment, de la faisabilité du projet. Certains y voient un simple exercice de relations publiques et rappellent que, d’ici les prochaines élections législatives générales, le gouvernement actuel et son premier ministre et chef du Likoud n’ont pas l’autorité légale nécessaire pour aller de l’avant avec ce projet de nouvelle colonie sur le plateau du Golan.

***

En reconnaissant la souveraineté d’Israël sur des territoires palestiniens et arabes occupés, les États-Unis encouragent cette puissante occupante à aller encore plus loin dans ses ambitions coloniales et territoriales. C’est dire combien l’option des deux États est morte et enterrée, avec le concours américain. À court terme, dans le contexte des élections américaines de 2020, Donald J. Trump rappellera, à coup sûr, aux électeurs sa reconnaissance de la souveraineté israélienne sur Jérusalem et le Golan syrien. Aussi, il essayera de se servir du qualificatif d’''ami d’Israël'' que lui a décerné le premier ministre de ce pays pour se vanter devant les organisations américaines juives pour essayer de séduire les électeurs juifs du Parti démocrate. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il accuse depuis plusieurs mois ce parti d’être devenu ''anti-juif.'' Un mensonge de plus qui s’ajoute à une très longue liste de mensonges et de travestissements des faits. Du Trump pur jus!

16 juin 2019



** Parmi les dignitaires présents: Benyamin Netanyahou et l'ambassadeur américain en Israël, David Friedman. Crédit de l'image: Le compte Twitter du bureau du premier ministre d'Israël.


Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

Le monde de Donald J. Trump
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter