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Qatar: L’émir Tamim ne participera pas au sommet des États du Golfe à La Mecque

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Des politiques irréfléchies, des décisions hasardeuses et l'absence de toute vision stratégique chez l'homme fort de Riyad ont mené son pays à plusieurs revers stratégiques dans la région. Sans parler d'une image à l'international qui n'a jamais été aussi dégradée. Face à la menace d'un adversaire iranien aux ambitions régionales hégémoniques, Mohamed Ben Salman a besoin de montrer que son pays est loin d'être isolé dans son voisinage et qu'il a toujours des alliés sur qui il peut compter en cas de besoin...

#Qatar #ArabieSaoudite #CCG #CheikhTamim #MBS #Golfe #Iran

En juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar et lui ont imposé un blocus terrestre, maritime et aérien. Cela a nui considérablement au bon fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Mais, au lieu de se soumettre au diktat des Saoud, la puissance gazière a su bien tirer ses marrons du feu. Au grand dam de l’homme fort de Riyad et de son mentor Mohamed Ben Zayed, l’homme fort des Émirats arabes unis. Le bourbier yéménite n’a rien arrangé à leur infortune.

Riyad et le bourbier yéménite

Ce qui devait être une ''promenade de santé'' au Yémen pour Mohamed Ben Salman et Mohamed Ben Zayed s’est transformé en bourbier. L’absence d’une véritable vision stratégique chez le Saoudien et le double jeu de l’Émirati ont contribué au contraire du résultat escompté. Les  bombardements aveugles de zones civiles et leurs victimes dont le nombre ne cesse d'augmenter et les images d'enfants souffrant de famine ont fini, d'un côté, par leur aliéner de larges secteurs d'une population hostile aux rebelles houthis et, d'un autre, par indigner plusieurs dans le reste du monde; d'où la multiplication en Occident des appels à interdire les ventes d'armes aux Saoudiens. Du pain béni pour un adversaire iranien en quête d’hégémonie régionale et qui se sert au Yémen des Houthis comme il s’est servi de ses supplétifs du Hezbollah de Hassan Nasrallah au Liban, en Syrie et en Irak.

Pour faire plier Riyad et l’obliger à mettre un terme définitif à sa campagne militaire, les Houthis ont, entre autres, multiplié les opérations à la frontière et au cœur de l’Arabie saoudite. Leurs drones ont frappé plusieurs objectifs, dont des aéroports.

Le 12 mai, quatre navires ont été la cible de sabotage à Fujairah, aux Émirats arabes unis. Le conseiller à la sécurité nationale de Donald J. Trump, John Bolton, a accusé l’Iran d’être derrière ces sabotages. Des accusations rejetées catégoriquement et sans surprise par Téhéran.

Riyad en quête d’un soutien arabe face à l’Iran

La politique saoudienne suscite de plus en plus de critiques au sein du monde arabe. D’ailleurs, plusieurs pays ont déjà quitté la coalition engagée dans la guerre au Yémen, n’appuient nullement sa politique vis-à-vis du Qatar et ne sont pas intéressés à entrer en guerre contre l’Iran. C’est dire l’isolement de l’Arabie saoudite sur ces dossiers. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont inconscients de la menace que pose la politique étrangère agressive de la République islamique à la sécurité nationale du monde arabe.

Pour montrer qu’elle n’est pas isolée sur la scène régionale, l’Arabie saoudite a convié les États membres du CCG au sommet de trois jours qui s'ouvrira le 30 mai à La Mecque. C’est le premier de trois sommets qui se tiendront dans cette ville sacrée pour les musulmans du monde entier. Du point de vue de Riyad, ces sommets devraient se pencher sur des questions liées à la sécurité régionale et à sa propre sécurité nationale. Ce faisant, elle cherche à tester la température de l’eau et à faire le tri entre ceux qui seraient prêts à se positionner derrière elle face à l’Iran en cas de conflit et les autres États qui préféreraient rester à l’écart et adopter une position de neutralité, même si d'entrée de jeu on a déjà une bonne idée des réactions des uns et des autres en cas de besoin. L’Iran est donc l’éléphant dans le salon du sommet de La Mecque.

Le 26 mai, l’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a reçu une invitation du roi Salman Al Saoud pour qu’il participe au sommet du CCG. En raison de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et du blocus imposé au Qatar, les spéculations allaient bon train. On se demandait si l’émir du Qatari allait participer en personne ou non à ce sommet.

Trois jours plus tard, Riyad était fixée là-dessus.

On a appris que le cheikh Tamim a décliné l’invitation. Mais, s’il ne participera pas aux travaux du sommet, il sera représenté par son vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani.

***

Faute de vision stratégique véritable et de sens politique au sommet du pouvoir absolutiste saoudien, Riyad a accumulé les revers stratégiques dans son voisinage. Ces revers ont renforcé  les positions de son adversaire iranien. Pour ne rien arranger aux affaires de l'Arabie saoudite, les politiques de son prince héritier, Mohamed Ben Salman, n'inspirent pas confiance à plusieurs capitales arabes.

29 mai 2019



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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