Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Maroc: Des milliers de manifestants dans les rues de Casablanca pour demander la libération des prisonniers politiques du #Hirak

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les lourdes peines infligées aux détenus du Hirak ne passent pas au Maroc. Après les condamnations sur les réseaux sociaux de ce verdict jugé ''injuste,'' la mobilisation en faveur de ces prisonniers politiques s'est manifestée ce dimanche dans les rues de la métropole du pays.

Après la mort effroyable du vendeur de poisson Mohcine Fikri, un mouvement social est né dans le Rif, une région du nord du Maroc. Pour faire valoir sa demande de droits sociaux et économiques, considérés dans le reste du pays comme justes et légitimes, le #Hirak a manifesté durant des mois de manière pacifique. L’occasion de faire preuve d’intelligence, d’inventivité et d’innovation sociale. Prenant acte du non-essoufflement du mouvement social et de l’élargissement de son audience dans le reste du pays, le pouvoir a changé son fusil d’épaule. Place donc à l’approche du tout-sécuritaire.

''Le peuple veut la libération du prisonnier!''

Des centaines de militants et de manifestants ont été arrêtés. Si une partie d’entre eux a été libérée après avoir signé l’engagement de ne plus manifester, d’autres ont été jugés. 53 d’entre eux ont été jugés à Casablanca. Ce procès était suivi au Maroc et à l’étranger. Le 26 juin dernier, le verdict est tombé comme un couperet. Les 53 militants ont écopé ensemble d'une peine de plus de trois siècles de prison ferme!

Les familles et la défense des détenus ont dénoncé un procès dont étaient absentes les conditions d’un procès juste et équitable. Dans le reste du pays, le verdict de la Chambre criminelle de la Cour d’Appel de Casablanca a fait réagir. Il a été largement dénoncé sur les réseaux sociaux. Plusieurs marocains ont fait remarquer que le véritable tort des condamnés était d’avoir manifesté durant des mois de manière pacifique pour revendiquer des droits sociaux et économiques que tous jugent justes et légitimes. On s’est donc largement inscrits en porte- à-faux avec les différentes théories de complot véhiculées par l’État et ses relais médiatiques et universitaires pour essayer de diaboliser le Hirak et l’isoler du reste de la population.

Un comité national a été mis en place pour militer en faveur de la libération des prisonniers politiques du Hirak.

Plusieurs formations politiques et syndicales, dont la Fédération de la gauche démocratique (FGD), la Voie démocratique et la Confédération démocratique du travail (CDT), ont lancé un appel à tous pour qu’ils rejoignent la ''marche nationale solidaire des détenus du Hirak'' du Rif à Casablanca. Pour rappel, le FGD comprend trois formations politiques: le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national Ittihadi (CNI).

Ce 8 juillet, plusieurs milliers de personnes ont répondu présent à l’appel de la gauche à manifester. Ils ont marché dans les rues de la métropole du pays. Les familles et proches des prisonniers politiques ont eux aussi été de la partie. Les images et les vidéos de cette manifestation qui ont circulé sur les réseaux sociaux donnent une idée de l’ambiance.

Cette marche nationale a commencé vers 10h du matin, heure locale. Elle est partie de la Place de la Liberté à Derb Omar et sillonné plusieurs boulevards avant de finir à la place Mohammed V.

Les manifestants avaient un seul message pour la monarchie: le peuple veut la liberté pour les prisonniers du Hirak! Ils ont dénoncé les peines ''lourdes et injustes'' infligées à Nasser Zefzafi et ses compagnons du Hirak. Ils ont également appelé les autorités à instaurer la justice sociale, à donner suite aux demandes sociales et économiques du Hirak et à respecter la liberté d’expression et de la presse.

La secrétaire générale du PSU, Nabila Mounib, a saisi cette occasion pour demander à l’État de ''faire preuve de sagesse, pour permettre l’apaisement politique, en commençant par la libération des prisonniers.'' Elle a également appelé la population à soutenir leurs familles. Elle a aussi dénoncé la condamnation à trois ans de prison ferme du journaliste Hamid El Mahdaouy. D’autres dirigeants de la gauche ont eux aussi dénoncé les condamnations des prisonniers du Hirak et appelé à leur libération.

Pour maintenir la pression sur le pouvoir dans ce dossier, le 15 juillet a été choisi comme date pour la tenue d’une autre ''marche nationale,'' cette fois à Rabat, la capitale du pays.

***

La gauche a réussi son pari ce dimanche. Elle est parvenue en peu de temps et dans des conditions difficiles et compliquées à relever ce défi. Elle sort donc renforcée de cette épreuve de force. D'un autre côté, la marche nationale à laquelle elle avait appelé a montré l’échec du discours officiel qui a diabolisé le Hirak. Cette marche a également montré que la société désapprouve le procès politique de Casablanca et si elle le rejette, c'est parce qu'entre autres elle y voit un message subliminal menaçant pour tout le monde. C'est dire l'échec de la propagande d'État et ses relais à faire gagner la population à son opinion. Cela a aussi montré les limites et l'effet pervers de l'ensemble de la stratégie mise en place par l'appareil sécuritaire de l'État. Avec cet échec, la question est désormais de savoir si les sécuritaires capteront le message envoyé par la population ou au contraire ils continueront à faire la sourde oreille?

8 juillet 2018



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter