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Les Ontariens choisissent le changement et offrent au chef conservateur Doug Ford un gouvernement majoritaire

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le vent du changement soufflait très fort sur la populeuse province de l’Ontario. La question qui se posait était de savoir si c’est Doug Ford ou Andrea Horwath qui allait l’incarner et en profiter pour succéder à la première ministre libérale sortante, Kathleen Wynne.

Après quinze ans de pouvoir, la fatigue du gouvernement libéral de Kathleen Wynne se faisait sentir. La question n’était plus si les libéraux ontariens allaient perdre le pouvoir, mais plutôt qui des deux chefs conservateur et néodémocrate allait incarner le changement. Le 7 juin, les électeurs ont rapidement tranché cette question.

Les conservateurs reprennent le pouvoir à Queen’s Park

Le jeudi 7 juin était jour de vote aux élections législatives générales en Ontario. Les électeurs avaient le choix entre vingt-huit formations politiques. Cette pléthore de partis ne pouvait cacher le fait que la lutte se déroulait entre deux poids lourds de la politique ontarienne: les Progressistes conservateurs de Doug Ford et les Néodémocrates d’Andrea Horwath. La Libérale Kathleen Wynne avait, le weekend dernier, concédé sa défaite. Du jamais vu pour un premier ministre sortant!

Au moment de sa dissolution, l’Assemblée législative de l’Ontario comptait 55 libéraux, 27 conservateurs, 18 néodémocrates et 1 trillium (un transfuge conservateur). 63 est le chiffre magique pour pouvoir former un gouvernement majoritaire.

Seuls quatre partis ont réussi à couvrir les 124 circonscriptions électorales de la province: le Parti libéral, le Parti progressiste conservateur, le Parti néodémocrate et le Parti vert de Mike Schreiner.

Les deux débats avec les chefs des trois principales formations du 7 et 27 mai ont permis à Andrea Horwath de marquer les esprits, malgré sa bourde budgétaire. Sa performance et surtout la crainte inspirée par celui que des adversaires ont dépeint comme le Trump canadien se sont reflété dans un sondage qui avait, un moment, fait rêver ses sympathisants à un gouvernement néodémocrate.

Andrea Horwath est née en 1962 à Hamilton en Ontario. Elle a étudié à l’Université McMaster. Son entrée comme députée à l’Assemblée législative remonte à 2004. Cinq ans plus tard, elle est portée à la tête des Néodémocrates de l’Ontario.

Doug (Douglas Robert Jr.) Ford est né en 1964 à Etobicoke en Ontario. Il a étudié au  Collège Humber. Il est homme d’affaires et père de quatre enfants. Son frère cadet Rob était un maire controversé de la Ville Reine et lui-même un conseiller municipal durant près de quatre ans (2010-2014). Les allégations d’inconduites sexuelles de l’ancien chef conservateur Patrick Brown ont forcé celui-ci à démissionner et son parti à organiser une course au leadership en vue des élections générales qui se profilaient à l'horizon. En mars dernier Doug Ford est devenu le nouveau chef des conservateurs, dans des circonstances houleuses.

Mike Schreiner est le chef du Parti vert de l’Ontario depuis 2009. Il est né en 1969 à Wakeeney au Kansas (États-Unis). Il a étudié aux universités américaines de l’Indiana et Kansas.

Kathleen Wynne est la première ministre sortante de l’Ontario. Elle est née en 1953 à Richmond Hill en Ontario. Elle est mère de trois enfants. Elle a étudié dans trois universités: Queen’s, Toronto et Harvard. Avant de se lancer en politique, elle travaillait comme conseillère scolaire. En 2003, elle a été élue pour la première fois aux élections législatives ontariennes. Dix ans plus tard, elle est devenue première ministre.

Le 9 mai, la campagne électorale s’est officiellement ouverte. Au début, les conservateurs avaient le vent en voile. On disait que si Doug Ford perdait, il n’aurait qu’à lui-même à blâmer. La courte embellie d’Andrea Horwath a fait espérer à ses sympathisants de l’avoir formé le prochain gouvernement.

Pour se faire élire, Doug Ford a fait plusieurs promesses aux chefs d’entreprises, aux travailleurs au salaire minimum, à la classe moyenne et aux personnes âgées. Mais, sans indiquer comment il les financerait en cas d’élection.

Andrea Horwath a, entre autres, promis d’augmenter le taux d’imposition des mieux nantis et des profits des entreprises, d’investir dans le secteur de la santé, de mettre en place un programme de garderie accessible et d’absorber les intérêts sur les dettes des étudiants.

Le 17 mai était la date de fermeture des dépôts de candidature. 825 personnes se sont portées candidates au nom de 28 formations et d’une liste indépendante. Seuls quatre partis ont couvert les 124 circonscriptions électorales de la province. Il s’agit du Parti libéral, du Parti progressiste conservateur, du Parti néodémocrate et du Parti vert. Le Parti libertaire a présenté 117 candidats. Les autres listes ont présenté 42 candidats ou moins. Le jeu se passait donc entre les quatre formations en tête.

Si Doug Ford et Andrea Horwath bataillaient pour la conquête de Queen’s Park, Kathleen Wynne cherchait quant à elle à sauver les meubles libéraux à l’Assemblée législative. Les Verts espéraient pour leur part permettre au moins à à leur chef d’y siéger.

Le soir du jeudi 7 juin était l’heure de vérité.

Selon les chiffres publiés sur le site d’Élections Ontario, le corps électoral compte 9 888 888 Ontariens inscrits sur les listes. Mais, seuls 58% de ces électeurs ont voté. Les autres 42% ont préféré rester chez eux.

Sur les 124 sièges que comptent l’Assemblée législative, les Conservateurs ont fait élire 76 députés et récolté 2 322 422 voix exprimées (40,1%), les Néodémocrates 40 députés et 1 925 574 suffrages exprimés (33,57%), les Libéraux 7 députés et 1 123 283 voix exprimées (20,1%) et les Verts un seul élu (leur chef) et 263 987 suffrages exprimés (4,6%). Les autres listes n'ont obtenu aucun siège.

Les conservateurs ont donc obtenu 49 sièges de plus dans la nouvelle assemblée et les néodémocrates 22 de plus. Les libéraux ont pour leur part perdu 48 sièges. Toute une dégelée pour les troupes de Kathleen Wynne.

Le populisme de Doug Ford n’a donc ni effrayé 40% des Ontariens qui ont voté ni ne les a empêchés de lui donner un gouvernement majoritaire, histoire de lui permettre d'appliquer ses promesses de campagne. Andrea Horwath devient la chef de l’opposition officielle. Kathleen Wynne a été élue, mais son parti a subi la pire défaite de son histoire, glissé à la troisième position en termes d’importance et perdu son statut de parti officiel à l’Assemblée législative (car il a moins des huit sièges nécessaires pour l'obtention de ce statut). Mme Wynne a tiré la seule conclusion qui s'imposait de cette défaite et présenté sa démission de son poste de chef. Mais, continuera-t-elle de siéger à l'Assemblée? Pas sûr. Le Parti vert a gagné son pari de faire élire son chef Mike Schreiner.

***

Après 15 ans de règne libéral, une majorité d’Ontariens voulaient le changement à Queen’s Park. À partir de là, les carottes étaient cuites pour Kathleen Wynne. Il restait à savoir qui des chefs conservateur et néodémocrate allait lui succéder. Maintenant que c’est Doug Ford qui a été élu, Justin Trudeau sait qu’il a l’intention d’abolir le programme de marché du carbone. Mais, à court terme, il peut compter sur son appui face à Donald Trump dans le dossier de l’ALENA.

8 Juin 2018



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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