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Toronto: L’attaque à la fourgonnette-bélier d’Alek Minassian fait 10 morts et 14 blessés

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La misogynie peut tuer! On l'a vu ailleurs dans le monde et au Canada. Le massacre d'étudiantes à l'École Polytechnique de Montréal qui s'est produit le 6 décembre 1989 à 14 heures 10 minutes (Heure locale) en est un triste rappel. Tout comme l'est la récente attaque à la fourgonnette-bélier à Toronto.

Toronto et le reste du pays restent en état de choc. Personne ne s’y attendait. 72 heures plus tard, plusieurs zones d’ombre subsistent pour la population. L’attaque au véhicule-bélier a fait 10 morts et 14 blessés. Un lourd bilan!

Une attaque ''délibérée'' et meurtrière à Toronto

Le lundi 23 avril, il faisait très beau à Toronto. Dans le nord de la métropole canadienne, au quartier de North York, des piétons déambulaient dans la rue Yonge, l’une des rues les plus passantes de la Ville Reine, entre les avenues Finch et Sheppard. Cette zone est multiculturelle et en bonne santé économique. Il était un peu avant 13 heures 30 minutes quand le massacre s’est produit. Un homme au volant d’une fourgonnette blanche de location de marque Ryder a foncé à vive allure sur tous ceux qui se trouvaient sur son chemin. Il a également roulé sur un trottoir pour heurter des piétons qui s’y trouvaient. D’après plusieurs témoignages rapportés par plusieurs médias écrits et électroniques, l’homme savait ce qu’il faisait.

La police s’est rapidement rendu sur les lieux. Elle a arrêté l’auteur présumé de l’attaque. Une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux. Elle montre ce qui s’est passé au moment de son arrestation. On voit le présumé assaillant se tenir près d’une camionnette blanche et tenir un objet dans ses mains pointé vers un policier armé. Il lui disait qu’il était armé, avant de lancer: "Tire sur moi!" Le policier de Toronto n’était pas impressionné. Il a gardé son sang-froid face au suspect. Il lui a demandé, à plusieurs reprises, de se mettre au sol. Finalement, le jeune homme est au sol et l’agent l’a menotté, avant de l’embarquer. Le policier était seul et a arrêté le suspect sans violence.

La retenue et le professionnalisme du policier torontois a impressionné le pays et a été louangé dans nombre de médias et sur les réseaux sociaux. Même des Américains n’ont pas caché leur emballement et ont comparé les scènes torontoises à ce qui se passe dans leur pays quand vient le moment d’arrêter des suspects. Tous voulaient savoir l'identité du ''policier qui n'a pas tiré.'' Il a fallu attendre un moment avant de connaître son nom: Ken Lam.

Le bilan de l'attaque à la fourgonnette-bélier est très lourd: dix morts et quatorze blessés.

Spontanément, la population a érigé un mémorial dans les rues du centre-ville de Toronto. Des gerbes de fleurs y ont été déposées. Les hommages se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Au niveau politique, l’attaque s’est produite alors que la chambre des Communes était réunie. Tous l’ont condamné. Devant les questions des chefs des partis de l’opposition, le premier ministre Justin Trudeau a promis que la population sera informée de ce qui s’est passé.

L’attaque a également coïncidé avec la réunion à Toronto des ministres canadiens des affaires étrangères et de la sécurité publique, Chrystia Freeland et Ralph Goodale, avec leurs homologues des autres pays du G7, dans le cadre des préparatifs du prochain Sommet du G7 qui se tiendra dans la Malbaie, au Québec, en juin prochain.

Les deux ministres libéraux ont tenu une conférence de presse conjointe en marge de cette réunion. M. Goodale a déclaré ne disposer alors d’aucune information qui l’amènerait à hausser le niveau de menace terroriste après l’attaque. Il a également reconnu que les détails entourant l’attaque et les motivations de son auteur présumé restaient inconnus. Il a enfin affirmé que les événements "ne semblent pas être liés de quelconque façon à une menace pour la sécurité nationale." La piste terroriste a donc été écartée. Pour rappel, le niveau de menace terroriste reste modéré. Il n’a donc pas été changé depuis la fusillade du 22 octobre 2014. Ce jour-là, un Montréalais de 32 ans du nom de Michael Zehaf-Bibeau se rend devant le Monument commémoratif de guerre du Canada, au centre-ville d’Ottawa. Il abat le caporal Nathan Cirillo qui montait la garde. Ensuite, il se rend à l’Édifice du Parlement. Une fois à l’intérieur, des coups de feu s’en suivent. Il sera abattu par le sergent d’armes Kevin Vickers. Le courage de ce dernier lui vaut le poste d’ambassadeur en Irlande.

Le lendemain de l’attaque de Toronto, M. Trudeau a, en communiqué, condamné une "attaque insensée." Il a également écarté la piste terroriste et assuré que son gouvernement fait tout son possible pour protéger la population.

A Queen’s Park, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a qualifié ce qui s’est passé de "situation tragique (…) qui ne représente pas ce que nous sommes comme ville et comme province."

Le Québec a exprimé sa solidarité avec l’Ontario. A l’Assemblée nationale, le drapeau a été mis en berne à la mémoire des victimes. Le premier ministre Couillard et les autres chefs de parti ont exprimé leur solidarité avec les victimes.

Depuis Washington, où il se trouvait pour une visite d’État de trois jours, le président français, Emmanuel Macron, a exprimé sa "solidarité au peuple canadien." Son hôte, Donald Trump, s’est dit "de tout cœur" avec les Canadiens.

La liste des victimes du suspect Alek Minassian

A cause de l'attaque à la fourgonnette-bélier, dix personnes ont été tuées et quatorze autres blessées, dont cinq grièvement. La police de Toronto a informé Tolerance.ca sur messagerie privée de Twitter qu'elle n'a pas encore publié la liste complète de ces victimes. Cela s'explique par le fait que ces victimes doivent d'abord être identifiées par des membres de leurs familles ou des proches avant que la police publie leurs noms. L'objectif étant d'éviter de faire des erreurs regrettables. Cela dit, on connaît déjà les noms d'une partie de ces victimes. La majorité d'entre elles sont des femmes. Elles ont entre 20 et 94 ans. Elles ne sont pas toutes canadiennes. La Corée du Sud compte deux de ses ressortissants parmi les morts et la Jordanie en compte un.

Selon un communiqué de presse publié le 27 avril sur le site web de la police de Toronto, les dix personnes tuées sont huit femmes et deux hommes. Elles sont: Anne Marie D’Amico, Dorothy Sewell, Mary Elizabeth Forsyth, So He Chung, Beutis Renuka Amarasingha, Andrea Bradden, Geraldine Brady, Ji Hun Kim, Chul Min Kang et Munir Abdo Habib Najjar.

Anne Marie D'Amico avait 30 ans. Elle habitait à Toronto. Elle est diplômée de l’Université Ryerson. Elle était employée d'Invesco, une firme américaine d’investissement. De l’avis de plusieurs de ses collègues, elle était chaleureuse, gentille et faisait depuis ses 12 ans du bénévolat à Tennis Canada (CBC, 24 avril, La Presse canadienne, 25 avril).

Dorothy Sewell avait 80 ans. Elle habitait à Toronto. Elle était grand-mère de trois jeunes petits-enfants. Elle était une employée de Sears. Elle faisait du bénévolat au bénéfice des personnes âgées.

Mary Elizabeth Forsyth était âgée de 94 ans. Elle vivait à Toronto. Cette Britannique d’origine résidait depuis plus de 20 ans au North York Seniors Centre.  Elle était célibataire endurcie et n’avait pas d’enfant.

So He Chung habitait à Toronto. Elle était âgée de 22 ans. Elle aimait la mode. Elle étudiait à l'Université de Toronto. Elle allait obtenir son baccalauréat en biologie moléculaire cette année. Elle était active au sein de l'association des étudiants coréens.

Beutis Renuka Amarasingha  était âgée de 45 ans. Cette bouddhiste originaire du Sri Lanka était mère monoparentale d’un enfant de sept ans. Elle travaillait, depuis 2015, dans une école à Toronto. Elle était très active dans la communauté sri-lankaise torontoise.

Andrea Bradden vivait à Woodbridge. Elle était âgée de 33 ans.

Geraldine Brady vivait à Toronto. Elle était âgée de 83 ans.

Ji Hun Kim vivait à Toronto. Elle avait 22 ans.

Chul Min Kang vivait à Toronto. Il était âgé de 45 ans. C'était un chef cuisinier d’origine sud-coréenne. Il avait grandi à Séoul, avant de s’établir au Canada. Il travaillait depuis six ans au restaurant Copacabana.

Munir Abdo Habib Najjar était un Jordanien âgé de 85 ans. Il se trouvait à Toronto depuis environ deux semaines. Son épouse Liliane était avec lui pour visiter leur fils Omar.

Le mercredi, la police a révélé les noms de treize blessés: Robert Anderson, Mavis Justino, Amir Kiumarsi (un chargé de cours à l’Université Ryerson), Aleksandra Kozhevinikova (90 ans), Morgan McDougall (un étudiant au collège Seneca âgé de 27 ans), Jun Seok Park, Samantha Peart, So Ra, Catherine Riddell, Sammantha Samson, Beverly Smith, Yunsheng Tian et Amaresh Tesfamaria. Celle-ci est une célibataire qui n’a jamais eu d’enfant.

Alek Minassian, un célibataire involontaire (celin)

Le suspect de l’attaque s’appelle Alek Minassian. Il n’était pas connu de la police.

M. Minassian est d’origine arménienne. Il est âgé de 25 ans. Il a grandi à Richmond-Hill, une banlieue du nord de Toronto. Il vivait avec son père, Vic. Selon son profil LinkedIn, il a étudié, de 2011 à 2018, au Seneca College au North York. Il a récemment obtenu un baccalauréat en développement de logiciels. Plusieurs anciens camarades d’école ont brossé de lui, aux médias, le portrait d’un homme intelligent et organisé, mais qui n’avait pas de cercle social et ne s’intégrait pas complètement à la vie des groupes d’élèves. Au lieu de se fondre dans la foule, il restait à l’écart.

Il est atteint du syndrome d'Asperger. Il a fait une très brève carrière au sein de l’armée. Cela a duré du 23 août au 25 octobre 2017. Il n’a donc pas terminé sa formation de 13 semaines réglementaires à l’École de leadership et de recrues des Forces armées canadiennes (ELRFC) à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie. L’armée a exaucé sa demande d’en être libéré volontairement, après seulement seize jours de formation. Il avait de la difficulté avec la discipline militaire. Il n’était donc pas fait pour ce milieu.

Comme la piste terroriste n’a pas été retenue par les autorités, on s’est tournés vers d’autres pistes pour essayer de comprendre pourquoi il a commis l’irréparable.

Comme la plupart de ses victimes étaient des femmes, l’hypothèse de misogynie a été évoquée. Un post publié sur la page Facebook d’Alek Minassian, supprimée depuis par le réseau social, a ajouté de l’eau au moulin des tenants de cette hypothèse.

Quelques minutes avant l’attaque au véhicule-bélier, le suspect a publié un post énigmatique et élogieux d’Eliott Rodger. Ce dernier, qualifié par lui de "Supreme Gentleman," haïssait les femmes. Il avait 22 ans au moment de tuer six personnes et de blesser quatorze autres, avant de se suicider. Cela s’était passé le 23 mai 2014 à Isla Vista, en Californie.

Une capture d'écran d'une publication Facebook

Ce message laisse croire qu’Alek Menissian s’associe aux "Incel," un diminutif de "involuntarily celibate," ou les célibataires involontaires (celin). Il s’agit d’hommes qui accusent les femmes d’être responsables de leurs déboires amoureux et cherchent à se venger, en allant, dans les cas extrêmes, jusqu’à en tuer, à l’instar de ce qu’avait fait l’auteur de la tuerie de masse d’Isla Vista. C’est ce dernier qui avait le premier utilisé cette expression dans une vidéo postée sur Internet avant de commettre son massacre pour témoigner de sa haine des femmes et d'une frustration sexuelle mal canalisée. Avant de passer à l’acte et de tuer dix personnes et de blesser quatorze autres, le jeune torontois a annoncé, dans ce message, le début d’une "révolte des célibataires involontaires" contre les Chad et les Stacy de ce monde, comme si elles étaient responsables de ses déboires et de son état.

Facebook a confirmé l’authenticité de ce message énigmatique et du compte du Torontois avant de le fermer.

Les autorités policières de Toronto ont affirmé que le suspect Menassian a agi "délibérément." Le lendemain de l’attaque au véhicule-bélier, il a brièvement comparu devant un tribunal. Il a été accusé de dix meurtres prémédités et de treize tentatives de meurtre.

***

La ville de Toronto s’est malheureusement ajoutée à cette liste qui s’allonge de villes frappées par des attaques au véhicule-bélier. Ce qui pose un défi supplémentaire aux autorités policières et rend plus compliquée leur tâche de protection de la sécurité de la population.

26 avril 2018, Mis à jour: le 27 avril 2018



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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