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Donald Trump limoge H.R. McMaster, son conseiller à la Sécurité nationale

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

N’en déplaise à Donald J. Trump, son gouvernement est marqué du sceau du chaos. Un peu plus d’un an après son investiture, le Républicain n’est pas encore parvenu à stabiliser son équipe.

Après plus d’un an d’exercice de pouvoir, le gouvernement de Donald J. Trump reste dans un état de chaos. Le renvoi ce jeudi 22 mars de son conseiller à la Sécurité nationale, le général H.R. McMaster, en est une illustration supplémentaire.

Désaccords profonds entre le président Trump et son conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster

Herbert Raymond McMaster est un général trois étoiles. Il est âgé de 55 ans. Jusqu’à ce jeudi 22 mars, il était le conseiller à la Sécurité nationale de Donald J. Trump. Il a, en février 2017, remplacé à ce poste un autre général, Michael T. Flynn (59 ans). Celui-ci a été démis de ses fonctions, dit-on dans l'entourage présidentiel, pour avoir fourni au vice-président Mike Pence des informations incomplètes à propos de ses discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie à Washington durant la période de transition, Sergueï Kislyak. L’ancien directeur de l’Agence de renseignement de la défense (DIA) a reconnu avoir menti au FBI sur le contenu de ces discussions, ce qui représente un délit très grave. Mais, en échange de son immunité, il a accepté de collaborer à l’enquête du procureur spécial Robert S. Mueller III sur les allégations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016.

La carrière de M. Flynn à la tête du Conseil de sécurité nationale de M. Trump n’a été que de 24 jours puisqu’il a été limogé le 13 février 2017. Un général à la retraite, Joseph Keith Kellogg, Jr. (73 ans), a assuré l’intérim, en attendant la nomination du nouveau secrétaire.

Un peu plus d’un an après avoir nommé le général McMaster au poste de conseiller à la Sécurité nationale, Donald J. Trump a annoncé, ce jeudi, sur son compte Twitter, son congédiement et du même coup son remplacement par John Bolton (69 ans), un va-t-en-guerre de l’ère du président George W. Bush.

Donald Trump avait procédé de la même manière, il y a neuf jours, pour annoncer le congédiement de celui qui était son ministre des affaires étrangères. C’est d’ailleurs le chef de cabinet à la Maison Blanche, le général John Francis Kelly (67 ans), qui avait appris la nouvelle à l’ex-PDG d’Exxon Mobil Rex Tillerson (65 ans) alors qu’il se trouvait aux toilettes. Alors que sa tournée africaine devait durer plusieurs jours, il a finalement dû écourter son voyage officiel et rentrer à Washington. Il sera remplacé à son poste par le directeur de la CIA, Mike Pompeo, un ex-homme d’affaires et avocat âgé de 54 ans.

Tout en louant le ''travail extraordinaire'' accompli à la tête de la Sécurité nationale par le général qu'il venait de limoger, Donald Trump a assuré qu’il resterait toujours son ''ami.''

MM. Trump et McMaster n’avaient pas d’atomes crochus et pour cause. Le premier a évité, à quatre reprises, de faire son service militaire, le second est un militaire de carrière. Cela devait ne pas faciliter leurs rapports dans un pays où on cultive le culte de l’armée. Aussi, le président est un homme indiscipliné. Il ne s’intéresse pas aux détails ou aux nuances d’un dossier. Cela l’ennuie. Il n’aime pas lire et préfère plutôt regarder la télévision. Il ne fait qu’à sa tête et passe outre les conseils avisés qu’on lui donne. C’est ce qui explique pourquoi il a appelé Vladimir Poutine pour le féliciter pour sa réélection, même si on le lui avait déconseillé. Un appel qui a fait déchaîner les critiques de plusieurs, y compris au sein de son propre parti, le sénateur John McCain en tête. M. Trump répète souvent qu’il préfère se fier à son instinct, un instinct qu’il dit à toute épreuve. Tout le contraire d’un général McMaster habitué à la discipline militaire et à la chaîne de commandement. Quand M. Trump avait annoncé la nomination de M. McMaster au Secrétariat, l’establishment de politique étrangère à Washington espérait qu’il parvienne à éviter au président néophyte de prendre des décisions désastreuses.

Pour mettre de l’ordre au sein du Conseil de sécurité nationale, M. McMaster a congédié, fin juillet et début août, plusieurs personnes proches du président, de son beau-fils et principal conseiller bénévole en politique étrangère, Jared Kushner, et de son ex-stratège politique en chef Steve Bannon ou ont été nommées là par son prédécesseur Flynn. Les faucons Ezra Cohen-Watnick (31 ans), Derek Harvey et Rich Higgins figurent parmi ces personnes. Le chef de cabinet à la Maison Blanche, le général Kelly, couvrait les arrières de son frère d’armes pendant cette période.

Le secteur nationaliste de la base de Donald Trump n’a pas pardonné au général McMaster ces congédiements. Il l'a également accusé de mettre à mal une partie des promesses présidentielles. Le lobby pro-Israël a, pour sa part, vu d’un mauvais œil le limogeage de faucons anti-Iran et son opposition à l’annulation de l’accord conclu, le 14 juillet 2015 à Vienne, par six puissances (États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine et Allemagne) et l'Iran sur son programme nucléaire, après 12 ans de négociations. Ce compromis, présenté comme ''historique'' par le président démocrate Obama, prévoit une levée progressive des sanctions internationales qui pèsent sur l’Iran en échange d’inspections sur ses sites nucléaires, d’une réduction du nombre de ses centrifugeuses et d’une enquête sur son programme nucléaire passé. Le premier ministre israélien Netanyahou n’a pas cessé de dénoncer cet accord, de le présenter comme une ''menace existentielle'' pour son pays et de mettre la ''communauté internationale'' en garde contre la ''duplicité'' de la République islamique. Chez lui, tout le monde n’était pas de son avis, y compris au sein de l'armée et du Mossad.

MM. Trump et McMaster n’étaient pas non plus sur la même longueur d’onde à propos de plusieurs dossiers importants de politique étrangère: la Russie, l’Iran, l’Afghanistan et la Corée du Nord. D’abord, la Russie. Le général ne doute pas de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de novembre 2016. Le président Trump continue pour sa part de mettre en doute une telle chose et de dire que son élection n’avait rien à voir avec une telle ingérence et s’il y a collusion, c’était entre, d'une part, la Russie et son adversaire Hillary Clinton, le Comité national démocrate et le Parti démocrate, de l'autre. Aussi, M. McMaster était méfiant vis-à-vis du Kremlin.

Ensuite, l’Iran. Quand il était candidat républicain à l’élection présidentielle, M. Trump avait promis de déchirer l’accord sur le nucléaire iranien. Après son élection, il a promis de l’annuler, si on ne révise pas ses termes, à la grande satisfaction d’Israël et de l’Arabie saoudite. Mais, pour la République islamique, il n’en est pas question. L’Union européenne n’est pas non plus de l’avis du locataire de la Maison-Blanche. Faute de stratégie et de plan de rechange, M. McMaster s’opposait à l’annulation de cet accord. Son patron le savait. Tout comme le lobby pro-Israël à Washington.

Si M. McMaster se montrait plus modéré que M. Trump sur le dossier du nucléaire iranien, il était plus dur que lui sur la question nord-coréenne. Il a évoqué publiquement le spectre d’une ''guerre préventive'' contre la Corée du Nord. Il a également exprimé son inquiétude de l’acceptation de Donald Trump de rencontrer le leader nord-coréen Kim Jung-un.

***

Donald Trump et H.R. McMaster n’étaient donc pas faits pour s’entendre. La modération du général trois étoiles dans plusieurs dossiers heurtait de plein fouet la ligne du président et une partie importante de sa base. Ce n’était donc que question de temps avant qu’il quitte la Maison-Blanche. Maintenant que c’est fait, la question est désormais de savoir quand est-ce que des généraux comme le chef de cabinet John Francis Kelly et le ministre de la défense Jim Mattis quitteront à leur tour le gouvernement.

23 mars 2018



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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