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#Charlottesville: Trump vole au secours de l’extrême droite

(French version only)
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Donald J. Trump est président des États-Unis depuis plus de huit mois. Pourtant, à le voir aller, on dirait qu’il ne sait pas encore que la campagne électorale est terminée. Au lieu d’agir comme le président de tous les Américains et de leur adresser ses messages chaque fois qu’il prend la parole, il continue de s’adresser, d'abord et avant tout, à sa base électorale et va, des fois, jusqu’à voler au secours de sa partie suprémaciste.

Au début de cette année, la municipalité de Charlottesville (Virginie) a décidé d’enlever du jardin de l’Emancipation la statue de Robert E. Lee (1807-1870). Ce propriétaire d’esclaves était le général en chef de l’armée confédérée pendant la guerre civile. Différents groupes d’extrême droite ont exploité cette décision pour se rassembler derrière la bannière "Unir la droite" (Unite the Right), faire une démonstration de force et faire parler d’eux.

Donald J. Trump renvoie dos à dos suprémacistes blancs et antiracistes

Ils se sont retrouvés dans la matinée du 12 août sur les lieux. Plusieurs d’entre eux avaient des armes. Des militants antiracistes étaient là eux aussi pour ne pas leur laisser toute la place. Il y a eu des heurts violents entre les deux groupes. La police a par conséquent mis un terme au rassemblement. Dans l’après-midi, un néonazi, James Alex Fields (20 ans), a tué une contre-manifestante et blessé dix-neuf autres.

La mort de Heather Heyer, une avocate âgée de 32 ans, a choqué le pays. Mais, pas le président Trump.

Il est d’abord resté silencieux. Suscitant une polémique qui allait en enflant. Pour sauver la situation, la Maison-Blanche a fait ce qu’elle pouvait. Puis, il s’est exprimé depuis son club de golf de Bedminster (New Jersey). Il a condamné la haine, mais a renvoyé dos à dos les deux camps, l’extrême droite et les militants antiracistes. "Nous condamnons, en les termes les plus forts cette flagrante démonstration de haine, de sectarisme et de violence, de plusieurs bords," a-t-il déclaré.

Cette déclaration a frustré plusieurs, y compris au sein de son propre entourage. Elle a provoqué durant la fin de semaine un flot incessant de réactions négatives. On y a vu une complaisance à l’endroit de cette extrême droite qui s’était mobilisée pour son élection l’année dernière.

Mis sous forte pression, y compris de la part de sa propre fille et collaboratrice Ivanka, le président Trump savait qu’il n’avait plus le choix et qu’il devait s’ajuster. Le lundi 14 août, il a fait une nouvelle déclaration. D’entrée de jeu, il a, depuis la Maison-Blanche, affirmé: "Le racisme, c'est le mal." Il a ajouté: "ceux qui provoquent la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK, les néonazis, les suprémacistes blancs et d'autres groupes haineux qui sont répugnants face à tout ce qui nous est cher en tant qu'Américains."

Cette fois, le président Trump a nommé le mal et dénoncé sans détour l’extrême droite pour ce qui s’est passé à Charlottesville. Ce faisant, il a réjoui tous ceux qui espéraient l’entendre nommer le mal par son nom. Mais, cette joie a été de courte durée.

Le lendemain, le président républicain se trouvait à la Trump Tower à New York. Il était accompagné de John Kelly, son nouveau secrétaire à la Maison-Blanche, des ministres Steven Mnuchin (Trésor), Elaine Chao (Transport) et Mick Mulvaney (Bureau du budget) et de son conseiller économique Gary Cohn. Son point de presse devait être consacré à son programme national d'infrastructures et au décret présidentiel à ce propos qu’il venait de signer. Mais, c’était sans compter avec une presse déterminée à lui tirer les vers du nez à propos de Charlottesville.

Donald J. Trump a contredit sa déclaration de la veille et est revenu à sa réaction initiale: "Je pense qu'il y a des torts des deux côtés." Il fait référence ici aux suprémacistes blancs et aux contre-manifestants antiracistes. "Vous aviez un groupe d'un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l'autre côté qui était aussi très violent." Pour être bien compris, il a ajouté: "Que dire de l'extrême gauche (Alt-left, un terme inventé en opposition à l'Alt-right) qui a attaqué l'extrême droite (Alt-right) comme vous dites? N'ont-ils pas une part de responsabilité? Ont-ils un problème? Je pense que oui" (Reuters, 15 août). Comme si cela n’était pas déjà assez grave, il a assuré que: "tous les manifestants n’étaient pas des néo-nazis, vous pouvez me croire. Tous n’étaient pas des suprémacistes blancs." Tout en s’en prenant aux contre-manifestants, il s’est porté à la défense du rassemblement de leurs adversaires suprémacistes. À ses yeux, si ceux-ci étaient à l’Emancipation Park, c’était pour exprimer une doléance légitime (le refus du déboulonnement de là de la statue du conféré général Robert E. Lee), alors que ceux-là n’avaient pas à essayer de les en empêcher.

Cette image où on voit, entre autres collaborateurs, M. Kelly montre le degré de stupéfaction et d'embarras d'une partie de son gouvernement.

Le président Trump s’est non seulement porté à la rescousse des différents groupes d’extrême droite présents à Charlottesville, dont des néo-nazis de l’AltRight et le KKK, mais plus grave encore il a également développé un argumentaire qui veut que les groupes qui se sont affrontés à Charlottesville sont moralement équivalents.

On ne sait pas si M. Trump a regardé les mêmes images que tout le monde de ce qui s’est passé ce 12 août. Mais, les images du documentaire de Vice "Charlottesville: Race and Terror" (Charlottesville: Race et terreur) sont là pour l’y instruire. Des images inquiétantes. Elles montrent des extrémistes de droite, KKK, les néo-nazis de l’Alt-Right, etc., qui étaient à l’Emancipation Park non pas pour expliquer pourquoi il fallait garder sur les lieux la statue de cette icône de l’esclavage et de la cause confédérée, mais plutôt pour chanter des slogans racistes et antisémites et pour terroriser le camp en face. Sans parler de ceux d’entre eux qui avaient, entre autres, des armes automatiques et qui étaient prêts à les utiliser. Le tout pour intimider les milieux antiracistes et leur faire peur.

Autre élément troublant dans le parti pris de Donald J. Trump: les manifestants d’extrême droite se baladaient dans les rues et à l’Emancipation Park avec des torches, des bannières avec des croix gammées, etc., des symboles forts qui rappellent des chapitres sombres et douloureux de l’histoire de l’Europe et de son propre pays. A-t-il oublié lui le président des États-Unis contre quel régime et quels symboles l’armée américaine s’était-elle battue durant la Seconde guerre mondiale? Le troisième Reich n’avait-il pas la même bannière que celle que portaient des manifestants néo-nazis à Charlottesville? A-t-il oublié la symbolique de la torche et l’histoire qui s’y rattachent pour au moins une partie d’un pays qui n’a pas encore réussi à refermer la plaie de la ségrégation et de l’esclavage et à passer à autre chose. C’est dire la cécité de M. Trump et sa perte de la mesure de ce qui se jouait dans cette ville universitaire ce jour-là.

Trump entre désaffection de l’establishment républicain et joie de l’extrême droite

Cette sortie improvisée a attiré à Donald J. Trump le soutien de figures influentes de l’extrême droite.

David Duke (1950-) a remercié Donald J. Trump pour sa volte-face. Sur Twitter, où il est lu par plus de 49 000 abonnés, l’ex-leader du groupe violemment raciste Ku Klux Klan et un des organisateurs de la manifestation a écrit: "Merci, Monsieur le président et que Dieu vous bénisse pour avoir dit la vérité à tous les Américains." Ce message a suscité 129 commentaires et a été relayé 90 fois. Le même Duke était présent à la manifestation de l’Emancipation Park. À cette occasion, il avait renouvelé son soutien à Donald J. Trump et déclaré à des journalistes ce qui suit: "Nous allons respecter les promesses de Donald Trump, c’est ce en quoi nous croyons, c’est pour cela qu’on a voté pour (lui), parce qu’il disait qu’il nous ramènera notre pays et c’est ce que nous devons faire" (The Hill, 15 août 2017).

Le 16 août, Richard Spencer (1978-) s’est dit "fier" du président Trump. Sur Twitter, où il est lu par plus de 72 000 abonnés, cette figure de premier plan des suprémacistes blancs et à qui on doit l’expression de l’Alt-Right a qualifié la déclaration présidentielle de "juste" et "réelle." Ce message a suscité plus d’intérêt que celui de son aîné Duke: 141 réactions, 315 retweets et 1058 J’aime.

Sur Twitter, où elle est suivie par près de 1,7 million d’abonnés, la polémiste controversée Ann Coulter s’est elle aussi réjouie de la sortie de Donald J. Trump à propos de ce qui s’est passé à Charlottesville. "Donald Trump est la première personne en trois jours que j'entends dire la vérité à la télévision (à propos de Charlottesville, ndlr). C'est notre combattant Trump," a-t-elle affirmé. Ce message a suscité 644 commentaires et récolté 13 894 J’aime. 4926 abonnés l’ont retweeté. Un peu plus d’une heure plus tard, la commentatrice ultra-droite a ajouté: "Aujourd’hui, notre chef est de retour!" Ce message a suscité 764 commentaires et 5489 J’aime. Il a été relayé 1755 fois.

Le message controversé de Donald J. Trump a donc rassuré l’auteure de "In Trump, we trust" sur son guerrier. David Duke et Richard Spencer y ont pour leur part vu une main tendue à eux et à leurs troupes. Cela devrait donc fouetter les ardeurs des troupes de l’extrême droite américaine. C’est une autre atmosphère parmi les figures de l’establishment républicain.

John McCain a ouvertement critiqué la déclaration de Donald J. Trump. Sur Twitter où il est suivi par près de deux millions et demi d’abonnés, le sénateur de l’Arizona et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2008 s’est adressé nommément au président pour lui dire qu’on ne peut faire d’équivalence morale entre les (manifestants) racistes et les Américains qui se sont levés pour défier la haine et la bigoterie et pour affirmer qu'il devrait le dire. 15 241 abonnés ont réagi à ce message et 183 725 l'ont aimé. Il a été relayé 59 815 fois.

Sur Twitter où il est suivi par près de deux millions d’abonnés, l’ancien candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 Mitt Romney a déclaré que le président a eu tort de dire que "le tort (était) des deux côtés." Dans son esprit, il ne peut y avoir d’équivalence morale entre les deux camps, celui des bigots et celui de ceux qui luttent contre la haine. 24 786 abonnés ont commenté ce message et 335 663 l'ont aimé. Il a été retweeté 104 462 fois. Trois jours plus tard, l'ancien gouverneur du Massachussetts est revenu à la charge. Dans un communiqué, il a appelé le président Trump à s’excuser pour sa déclaration.

Le rival de Donald Trump durant les primaires républicaines et ancien gouverneur de la Floride, John Ellis (Jeb) Bush, est allé dans le même sens. Il a invité le président à faire preuve de clarté morale et d’unir le pays et non de distribuer les blâmes pour ce qui s’est passé à Charlottesville. Il a ajouté: "Pour l’intérêt du pays, il devrait être clair sur le fait que le racisme et la haine ne seront ni tolérés ni ignorés par son administration."

Sur son compte Twitter où il est suivi par près de deux millions huit cent mille abonnés, le président de la Chambre des représentants Paul Ryan a été plus tranché: "Soyons clairs. Le suprémacisme blanc est répugnant. C’est une bigoterie qui va à l’encontre de tout ce pour quoi ce pays se bat. À ce chapitre, pas d’ambiguïté morale qui tienne." 40 990 abonnés ont réagi à ce message et 43 700 l'ont aimé. Il a été relayé 12 682 fois.

Le 16 août, le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell (Kentucky), a déclaré: "On ne peut avoir la moindre tolérance pour une idéologie de la haine raciale. Il n’y a pas de bons néo-nazis et ceux qui épousent leurs vues n’adhérent pas aux idéaux et libertés américains." Voilà, un message en ne peut plus clair de la part de celui qui a maille à partir avec le président Trump pour avoir échoué à lui donner ce qu'il voulait: se débarrasser de l’Obamacare.

D’autres représentants et sénateurs républicains, dont Marco Rubio (Floride), Steve Stivers (Ohio) et Cory Gardner (Colorado), ont eux aussi condamné la rétractation de Donald J. Trump. Tout comme leurs adversaires démocrates dans les deux chambres du Congrès.

Le 16 août, deux anciens présidents républicains, George W.H. Bush et son fils George W., ont publié un communiqué dans lequel ils ont appelé leur pays (et donc Donald J. Trump, mais sans le nommer) à "rejeter le racisme, l’antisémitisme et la haine sous toutes ses formes."

Sur Twitter où il est suivi par près de 94 millions d’abonnés, l’ancien président démocrate Barack H. Obama a, pour sa part, partagé, trois jours plus tôt, une réflexion de Nelson Mandela selon laquelle "Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines ou de sa religion." 67 000 abonnés ont commenté cette réflexion et 4 485 388 l'ont aimé. Elle a été retweetée 1 675 113 fois. Ce message est devenu le plus aimé de la twittosphère, détrônant un message d’Ariana Grande (2,7 millions J’aime).

***

Donald J. Trump a l’habitude de dire même quand on ne lui pose pas la question qu’il a de bons instincts politiques. Visiblement, ils l’avaient trahi avant qu’il ne réagisse au dénouement tragique des événements de Charlottesville. Il est passé à côté d’un tournant historique pour sa présidence et devrait le regretter. Autre mauvaise nouvelle, cette fois pour une partie de sa base: les forces antiracistes prennent plus que jamais conscience de la dangerosité de l’extrême droite et comptent la contrecarrer sur le terrain, histoire de ne pas lui laisser le champ libre. D’où par exemple la contremanifestation de Boston samedi dernier.

22 août 2017



** John Kelly à la Trump Tower. Crédit de l'image: le compte Twitter de Kristin Donnelly.


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By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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