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Mon premier séjour au Burkina Faso

par
B. Pharm., M. Sc. Pharmacie d'hôpital, Université de Montréal, Québec, Canada
Mon premier séjour en Afrique représente aussi, pour moi, ma première expérience en coopération internationale. Il s’agit de ma première rencontre avec les habitants du Burkina Faso, « le Pays des Hommes Intègres ».

Le Burkina Faso, un nom porteur d’espoir… dans un pays qui en a bien besoin mais où tout n’est pas perdu.

La théorie du choc culturel

Dans l’avion d’Air France qui amorce sa descente finale vers l’aéroport de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, juste avant de poser le pied sur le sol africain pour la première fois, je révise mentalement les notions apprises lors de la formation donnée à tous les volontaires d’Uniterra avant leur départ. Du genre « Qu’est-ce que le choc culturel et comment le surmonter ? » L’adaptation à un milieu inconnu où tous les repères disparaissent se fait différemment selon le tempérament et l’expérience de vie de chaque individu. Il y a cependant des états communs par lesquels la plupart des gens passent et qui sont répertoriés dans la théorie du choc culturel. 



• Phase 1 : Lune de miel, elle dure généralement quelques semaines ou quelques mois. Tout est nouveau, beau, charmant, c’est l’esprit de découverte. (Avec un peu de chance, je devrais rester dans « la lune de miel », car mon séjour ne durera que trois semaines.)

• Phase 2 : Zone de turbulences, on découvre les côtés moins plaisants et on a le mal du pays. Cette période est très variable en durée et peut alterner avec d’autres phases. – certaines personnes la vivront en niant leur propre culture et en embrassant les principes et coutumes de leur peuple d’accueil, d’autres auront plutôt une sensation de déprime, de colère, de frustration et d’angoisse.

• Phase 3 : Vitesse de croisière, c’est l’état d’adaptation. C’est la phase où l’individu redevient efficace et cohérent. Il est adapté à son nouvel environnement tout en étant confortable avec les valeurs de sa propre culture.

Je repasse les phases dans ma tête comme un mantra rationnel face à la vague de trépidation qui monte en moi. Je vais plonger définitivement dans un monde qui n’était qu’imaginaire, pour moi, auparavant.

« Quand tu vas dans un village et que les gens marchent sur la tête, tu dois marcher sur la tête » - proverbe burkinabé

Dès les premiers jours, derrière les gestes quotidiens, se cachent des surprises, comme des miroirs déformants au détour des couloirs. Je visite un musée d’instruments musicaux, on me parle d’excision, on me présente des compagnes pour aller au marché, elles sont « coépouses », on me présente un aïeul, il me cause politique, corruption, émigration, médecine naturelle, caste, ethnie, sexisme et racisme…

Tous les sujets sensibles et tabous qu’on m’avait dit d’éviter sont agités sous mon nez de Toubabou Mousso* fraîchement débarquée. Les Africains sont curieux : je suis, après tout une «minorité visible». Je m’efforce de comprendre leur point de vue, de rester l’esprit ouvert, d’être curieuse et d’apprendre davantage.  Il me faut faire un effort pour me rappeler mes convictions de « là bas, au Canada ». Que m’arrive-t-il ? Est-ce que je peux, au nom de la tolérance d’une autre culture, accepter la mutilation, la corruption, la ségrégation ? Un soir, en rentrant chez moi en taxi, je m’inquiète un peu de ma trop grande ( ?) ouverture et me rappelle mon mantra d’avion… « Le bout de bois aura beau rester dans l'eau, il ne deviendra jamais un crocodile. » dit un autre proverbe burkinabé.

Quelques jours plus tard, je suis soulagée de me rendre compte que, le plus naturellement du monde, mes convictions s’expriment de nouveau. J’ai trouvé mon fil d’Ariane dans le labyrinthe aux miroirs et je peux y cheminer plus facilement. Je m’aperçois qu’au fond, j’ai suivi mon cheminement habituel, tel que je l’aurai fait au Canada dans une nouvelle situation (nouvel emploi, nouveau loisir, nouveau quartier…) Moi, la scientifique analytique, j’ai toujours une période intense d’observation et de compréhension avant de me faire découvrir à mon tour.

Je découvre, avec joie, que la réception des gens à ma différence exprimée est plutôt positive. On réclame mon avis, on me demande d’expliquer pourquoi on a moins d’enfants dans les pays riches, pourquoi il y a moins de corruption, pourquoi on ne mange pas de viande de chien ou de chat, comment on célèbre la jeune fille devenue femme, comment les hommes se sentent en faisant la vaisselle, quel est l’origine de mon nom de famille… Les échanges se font fluides, enthousiastes, avec un étonnement sincère et des réflexions respectueuses.

Dans le cours que je suis de monsieur Jean-Marie, entouré de sa famille et d’amis, les manguiers murissent leurs fruits, les poules se promènent, un lapin s’échappe de son clapet, le fils aîné prépare le thé, aidé de la coépouse. C’est une savante cérémonie pour mélanger le sucre, l’eau et les feuilles en plusieurs infusions successive qui accompagne nos propos. Première infusion, la plus corsée, on discute de politique étrangère et d’immigration, deuxième infusion, moins corsée et aux saveurs plus suaves, c’est le temps de parler de la polygamie, du nombre d’enfants et du système de santé. Troisième infusion ? Non, on ne la fait pas pour les invités parce que trop diluée, c’est seulement en famille. Donc, nouvelle première infusion pour l’éducation, les croyances et la religion. Nous y passons une partie de la nuit mais il faut rentrer. Demain déjà, c’est ma dernière journée à Bobo Dioulasso. Je rentre au Canada.

* Femme blanche en langue dioula.

Caroline Potvin est canadienne et réside à Montréal. Elle a séjourné trois semaines à Bobo Dioulasso au Burkina Faso dans le cadre du programme de Congé Solidaire d’Uniterra, mené conjointement par le Centre d’étude en Coopération Internationale (CECI) et l’Entraide Universitaire Mondiale du Canada (EUMC).

Mis en ligne le 22 février 2009.


* Mme Fanta Bassolet, responsable de la pharmacie, et Caroline Potvin.


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Il y a actuellement 1 réaction.

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Caroline au Pays des hommes intègres
par Bognini Boulalou le 30 mars 2009

Bonjour

Voici qui est bien raconter son passage au Burkina et nous la remercions pour tous son apport technique  à la réalisation et à l'atteinte des objectifs de l'association REVS+

On espère bien l'avoir par mis une autre fois

Bognini Boulalou Gestionnaire base de données à REVS+

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