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Les Égyptiens chrétiens font encore une fois les frais du terrorisme jihadiste

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les Égyptiens chrétiens représentent près de 10% de la population totale. Ils ont été victimes de plusieurs attentats terroristes. En les attaquant, les jihadistes cherchent, entre autres, à montrer l’incapacité du régime autoritaire d’Abdel Fattah Al-Sissi à protéger la population et à lui nuire.

Ces dernières années, la minorité chrétienne égyptienne a souffert de la recrudescence d’attaques et d’attentats terroristes. Le plus récent de ces attaques est survenu le vendredi 26 mai.

Une attaque à l’arme automatique à Minya

Le 9 avril dernier, deux églises coptes ont été attaquées: l’église Mar Girgis à Tanta et l’église Saint-Marc à Alexandrie. Le pape copte orthodoxe Tawadros II se trouvait au moment des faits dans cette église. Ces attaques ont fait 45 morts. Ce dimanche coïncidait avec la célébration des Rameaux. Le groupe combattant État islamique (EI) a revendiqué ces deux attaques. Le président Abdel Fattah Al-Sissi a alors décrété l’état d’urgence pour trois mois.

Le vendredi 26 mai, soit un mois et demi après les deux précédentes attaques, des hommes armés ont attaqué un bus transportant des chrétiens qui avait comme destination le monastère de Saint-Samuel dans la province de Minya, au sud du Caire. Selon les chiffres officiels, l’attaque a fait 29 morts, dont plusieurs enfants, et 25 blessés.

Deux jours plutôt, l’ambassade américaine au Caire avait mis en garde les ressortissants américains contre un possible attentat terroriste en Égypte. Mais, sans autre précision.

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L’EI a revendiqué cette attaque.

La prestigieuse institution Al-Azhar a condamné l’attaque terroriste.

Très rapidement, les condamnations de cette attaque ont afflué des quatre coins du monde. Du président Donald J. Trump au pape François, en passant par le premier ministre canadien Justin Trudeau. Les dirigeants de plusieurs pays arabes (dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et la Jordanie), de la Russie, d’Israël ont eux aussi condamné l’attaque terroriste. Le Conseil de sécurité des Nations unies a observé une minute de silence à la mémoire des victimes et condamné l’attaque.

Quelques heures après l’attaque terroriste, Abdel Fattah Al-Sissi s’est adressé à la nation. Il a affirmé que ''si l’Égypte tombe, le monde suivra.'' Il a également déclaré que l’Égypte n’hésitera pas à frapper tout camp où s’entraînent des terroristes qui voudraient porter atteinte à sa sécurité nationale et peu importe où ils se trouvent. Une affirmation qui relève plus de la gesticulation que d’autre chose. Dans la même veine, il a affirmé qu’il n’y aura pas de ''réconciliation avec les pays qui soutiennent, entraînent et financent le terrorisme.'' Même s’il n’a pas prononcé le nom de ces pays, on peut présumer qu’il fait allusion par exemple au Qatar au moment où ce minuscule État, une puissance gazière à l’appétit géostratégique conséquent, a maille à partir avec la puissante Arabie saoudite, les EAU et l’Égypte. M. Sissi a aussi porté à la connaissance des Égyptiens que leur chasse était en train de frapper un camp jihadiste, mais sans préciser davantage. Le journal britannique Guardian a parlé de six frappes contre des camps proches de Derna en Libye. Pour justifier le choix de ces cibles, Le Caire a affirmé que c’était le lieu d'entraînement des assaillants du bus du Minya.

L’homme fort de l’Égypte a enfin appelé à l’aide le président américain Trump. Cette prière a été interprétée comme un aveu de faiblesse de sa part à protéger son peuple du terrorisme. Ce qui ne manquera pas d’alimenter la chronique de ses oppositions à l’étranger d’ici la prochaine élection présidentielle prévue en 2018.

***

L’attaque du Minya est intervenue la veille du Ramadan, le mois de jeûne des musulmans du monde entier. Elle montre l'échec du régime autoritaire d'Abdel Fattah Al-Sissi sur le front de la sécurité. Il n'a donc pas pu à ce jour honorer sa promesse de ''pacifier'' le pays et qui représente l'engagement à la base du contrat conclu entre sa nouvelle dictature et les classes moyenne et supérieure et qui agit comme une caution de la stratégie du tout-répressif privilégiée par Le Caire.

26 mai 2017



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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