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Le terrorisme et l’imbroglio sécuritaire dans les démocraties occidentales

(French version only)
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docteur en science politique ( lauréat de l'Université Paris I-Panthéon Sorbonne)

Depuis les attentats du 11 Septembree 2001 aux États-Unis, on assiste à une floraison des groupes armés d’obédience islamiste parce que les politiques sécuritaires loin d’éradiquer cette menace terroriste l'ont paradoxalement accru.

Les politiques antiterroristes post-11 Septembre 2001 ont suscité l’idée d’un nécessaire renouvellement des dispositifs sécuritaires. Les réformes juridiques et  administratives se sont répandues dans le monde comme une traînée de poudre: le 26 octobre 2001, les États Unis adoptaient le Patriot Act, le même mois l’Anti-terrorism, Crime and Security Act voyait le jour en Grande-Bretagne…

Mais, les réponses à la menace terroriste ont eu de graves incidences sur les droits de l’homme. En effet, les références au terrorisme s’apparentent à un discours sécuritaire global qui impose désormais des catégories totalisantes de l’ami et de l’ennemi. Il en résulte que la gestion de la peur engendre l’éloignement, souvent constaté, de l’impératif démocratique et la remise en cause des valeurs pour lesquelles les Etats ont mené des guerres contre le terrorisme. En d’autres termes, le cliché selon lequel les gouvernements tendent à justifier leurs politiques sécuritaires par la nécessité de protéger leurs citoyens a donné lieu à de nombreuses polémiques car la logique sécuritaire a primé sur le droit.

Lutte antiterrorisme et droits de l’homme

Il en va de même de la lutte contre le terrorisme qui conduit à considérer que les violations des droits de l’homme affaiblissent et délégitiment la stratégie antiterrorisme. Cette stratégie finit souvent par remettre en cause le modèle occidental de l’Etat de droit. Selon Julien  Cantegreil et Marc-Olivier Padis, « garantir la sécurité dans le respect du droit n’est donc pas un luxe réservé aux temps pacifiques et dont on pourrait s’exempter en cas de  crise: c’est précisément là, au contraire, que s’éprouve la capacité démocratique à prendre au sérieux ses principes et ses règles». En ce sens, une grande ambigüité, qui  caractérise la lutte contre le terrorisme, se traduit par son incapacité à maintenir un équilibre entre sécurité et liberté.  D’autant que la logique sécuritaire est en train de renverser les règles démocratiques en érigeant l’impératif sécuritaire en «souverain bien». Ce sont les fondements de la démocratie qui se trouvent hypothéqués du fait de l’émergence d’une idéologique sécuritaire qui a converti l’ensemble des problèmes envisagés par la société en problème de sécurité.

Les débats houleux qui ont accompagné l’élaboration des lois antiterroristes dans les démocraties occidentales, ont été marqués foncièrement par le souci de renforcer les dispositifs de sécurité. Ainsi, en réponse à des questions à l’Assemblée Nationale, le premier ministre français Manuel Valls a bien souligné que «nous (la France) avons un ennemi et il faut le nommer: c’est l’islamisme radical et l’un des éléments de l’islamisme radical est le salafisme (…) Nous ne devons pas uniquement nommer les choses ni faire des discours, comme nous le verrons demain avec le projet de loi permettant de prolonger l’état d’urgence. Nous pouvons également, sans doute, améliorer un certain nombre de dispositifs». Dès lors, le discours politique vise à la justification d’une diminution des  libertés publiques au nom d’un impératif sécuritaire qui soulève de nombreuses questions.

L’articulation délicate entre liberté et sécurité se fonde désormais sur la gestion de la peur. De même le recours récurrent à l’impératif sécuritaire dont il est question aujourd’hui semble s’assigner pour objectif la création d’un Etat sécuritaire. Ce qui nous conduit ici à  mesurer l’efficacité de n’importe quelle politique sécuritaire à l’aune de sa protection des droits naturels dont jouit l’homme.

De la menace terroriste à la guerre asymétrique

Or, le terrorisme islamiste s’est progressivement imposé comme la menace majeure qui guette les pays occidentaux et menace leur système culturel et politique. En effet, ce terrorisme, qui s’apparente à un acte de violence politique, tend à changer le monde et l’histoire par la terreur. Il devient mondialisé du fait de  sa dynamique et de sa nature fluctuante qui ouvre une période d’incertitude géopolitique quant aux figures de l’ennemi et aux formes de la menace. Il en résulte que les capitales occidentales ne constituent plus des sanctuaires, au contraire ils subissent la même menace que certaines capitales arabes comme Bagdad ou Damas. Ce qui oblige les gouvernements occidentaux à réformer leurs politiques sécuritaires afin qu’ils puissent endiguer la menace jihadiste.

Il importe de rappeler à cet égard que l’organisation islamiste Daech inscrit son combat dans une perspective idéaliste en cherchant à établir un Etat califal. La représentation romantique du jihad par cette organisation a été conçue comme une stratégie de recrutement qui use de la frustration sociale éprouvée par des jeunes issus de l’immigration pour servir des finalités politiques. C’est ainsi que le profit des kamikazes et l’appréhension des véritables raisons explicatives de leur loyauté envers les organisations islamistes radicales devraient être pris en considération. Parce que l’action terroriste a un double sens, c'est-à-dire pour les islamistes radicaux c’est un jihad et un moyen de défense du territoire contre les occupants étrangers. Elle est aussi un acte de vengeance commis par les exclus de la mondialisation. En fait, cette dernière  a donné lieu à des effets pervers en combinant le fanatisme et la technologie. Et ce que l’on constate avec l’émergence de ce qu’on appelle les nouveaux terroristes. Il s’agit de terroristes solitaires qui sont affectés par une blessure narcissique et animés d’une logique revancharde contre leur société qui le refuse une place.  Pour Mathieu Guidère, cette vengeance individuelle semble être un exécutoire au désir de faire quelque chose et de se rendre utile dans la lutte contre un Occident jugé injuste et arrogant.

Les attentats qui touchent aujourd’hui les pays occidentaux attestent de la transformation de la dynamique terroriste en guerre asymétrique. Contrairement à une guerre conventionnelle qui oppose des Etats souverains, la puissance militaire dans ce nouveau contexte n’est pas suffisante pour vaincre les «jihadistes» dans le cadre de la guerre asymétrique parce que l’ennemi est invisible et difficilement localisé géographiquement.

C’est ainsi que le terrorisme islamiste a pris un essor considérable en termes de menaces et d’enjeux pour les politiques sécuritaires adoptées par les démocraties occidentales. Il est apparu que le traitement sécuritaire de ce terrorisme a pris certains pays occidentaux au piège qui leur avait été tendu par Daech en sacrifiant leurs valeurs libérales sous prétexte de combattre le terrorisme et d’instaurer la sécurité. Ainsi, le décret promulgué  par le président Donald Trump interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, constitue une remise en cause des fondements libéraux sur lesquels repose le système constitutionnel et politique américain. En raison de la nature de sa politique antiterroriste, les Etats Unis sont souvent considérés comme «l’enfant terrible» des démocraties occidentales pour reprendre l’expression de Colombe Camus.

***

La lutte antiterrorisme pose de façon inédite la question de la préservation des valeurs démocratiques d’autant que les fondements de l’ordre libéral s’en trouvent fragilisés aussi bien par le terrorisme islamiste que par la nature des dispositifs sécuritaires destinées à protéger la société contre ce danger jihadiste. Il faut tout de même souligner que le débat actuel sur le terrorisme potentiel de l’islamisme radical dans le monde est invité à s’arrêter longtemps sur les facteurs qui ont propulsé les islamistes radicaux sur le devant de la scène internationale comme des acteurs clés. S’intéresser à ces facteurs s’avère particulièrement utile pour tenter de comprendre l’évolution de la signification du terrorisme islamiste.

25 avril 2017



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By Hassan Zouaoui

Hassan Zouaoui holds a doctorate in Political Science (Université Paris I-Panthéon Sorbonne).

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