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Pour Ben Carson, les esclaves étaient des… immigrants en Amérique

(French version only)
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Editorial Writer, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

L’ancien chirurgien Ben Carson est un habitué des déclarations controversées. Il a l’air de faire une fixation sur la question d’esclavage. Mais, pas pour les bonnes raisons.

L’esclavage reste encore une blessure ouverte chez les Afro-Américains. Pour cause! La ségrégation n’est pas loin. Le profilage racial dont ils sont souvent victimes n’arrange pas non plus les relations raciales dans le pays de Donald J. Trump. Sans parler du système carcéral où ils sont surreprésentés et de la discrimination dont ils souffrent à l’école, au travail et au logement. C’est pourquoi quand une des figures nationales afro-américaines accouche d’une déclaration hautement controversée touchant ce passé douloureux, elle devrait s’attendre à des réactions négatives.

La nouvelle grosse bourde de Ben Carson

Donald J. Trump récompense bien les loyalistes de son camp. L’ancien chirurgien Ben Carson en est un bon exemple. Il faisait partie de ses concurrents lors de la course à l’investiture du Parti républicain. Comme il n’était pas audible, il a multiplié les déclarations controversées avant de se rendre à l’évidence et de se retirer de la course. Aussitôt, il s’est rallié à la candidature du magnat de l’immobilier de New York. Il a également fait son éloge et défendu sa cause devant une communauté afro-américaine très méfiante. M. Trump n’a pas oublié ces gestes une fois élu comme nouveau président. Il l’a nommé ministre de l’Habitat et du développement urbain. La confirmation de M. Carson par le Sénat la semaine dernière, grâce notamment à l’appui de six démocrates, lui a permis de deveir le seul membre noir du gouvernement.

Le 6 mars, Ben Carson était avec des fonctionnaires de son ministère. Il voulait leur parler des États-Unis comme terre de rêves et d’opportunités pour les immigrants. Le même jour, son gouvernement a dévoilé le décret révisé du président Trump qui interdit pour plusieurs mois le territoire américain aux ressortissants de six (au lieu de sept) pays musulmans.

A cette occasion, le ministre Carson a fait un discours. Il a déclaré que les esclaves noirs arrivés dans ce qui allait devenir les États-Unis étaient des "immigrants." Comme si cette énormité n’était pas déjà grossière, il a ajouté, sans sourciller, qu’eux aussi "rêvaient du jour où leurs fils, filles, petits-fils, petites-filles, arrière-petits-fils ou arrière-petites-filles pourraient prospérer et trouver le bonheur sur cette terre."

Si les propos du ministre n’étaient pas enregistrés, on aurait cru à une blague de mauvais goût.

Cette déclaration a enflammé les réseaux sociaux. Plusieurs organisations y ont réagi. On peut mentionner ici les exemples du Centre Anne Frank pour la compréhension mutuelle et la grande organisation de défense des droits des Noirs, la NAACP. Samuel L. Jackson a lui aussi réagi. Il a publié sur son compte Twitter le message suivant: "OK!! Ben Carson....I can't! Immigrants? In the bottom of SLAVE SHIPS??!! MUTHAFUKKA PLEASE!!!#dickheadedtom." C’est dire la colère de cette vedette d’Hollywood.

On dirait qu'aucun parent de M. Carson ne lui avait parlé de la traite négrière. On dirait aussi que personne à son école ne lui avait parlé de ces centaines de milliers d’esclaves noirs arrachés de force à leurs terre, familles et villages et jetés dans des bateaux avant d’arriver en terre d’Amérique avec des chaines aux poignets et aux pieds. Plusieurs d’entre eux n’avaient d'ailleurs pas pu supporter autant de violence et de cruauté et avaient succombé pendant la traversée de l'Atlantique. Si le ministre se rendait sur Ellis Island, n’importe quel guide pourrait lui relater des histoires tragiques de cette page sombre de l'histoire américaine.

Hélàs, ce n’est pas la première fois que M. Carson mentionne l’esclavage sans faire une déclaration douteuse. En 2013, il avait soutenu, sans rire, que l’Obamacare était non seulement "d'une certaine façon, de l'esclavage, car cela nous asservit tous à l'État," mais également que c’était "la pire chose qui soit arrivée à ce pays depuis l'esclavage."

***

On dirait que l’équipe du président républicain ne peut aborder les questions touchant la minorité noire sans mettre les pieds dans le plat. D'abord, M. Trump qui brosse un tableau sombre de cette minorité et qui évite de mettre l'accent sur ses nombreux succès. Ensuite, la ministre de l'éducation Betsy DeVos qui a qualifié les collèges et universités noires de ''pioneers of school choice,'' alors qu'en réalité si les Afro-Américains s'en étaient dotés, c'est parce qu'ils n'avaient pas le choix dans un système dominant qui les excluait parce qu'ils étaient noirs. Enfin, même un ex-neurochirurgien noir comme M. Carson n'échappe pas à ce biais. C'est dire les difficultés qu'a ce gouvernement à ce chapitre. C'est pourquoi une entourloupe comme celle propagée par nombre de sites de fausses nouvelles, dont Breitbart, et qui accuse l'ancien président Obama d'être celui qui avait assimilé le premier les esclaves à des immigrants ne devrait pas arranger l'affaire de ce gouvernement aux yeux des Afro-Américains.

7 mars 2017



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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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