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Le Mexicain Enrique Peña Nieto annule sa rencontre avec Donald J. Trump

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le Républicain Donald J. Trump avait fait une partie de sa campagne sur le dos des Mexicains. Son projet de construction d’un mur à la frontière avec le Mexique irrite ce pays au plus haut point.

Durant la course à l’investiture républicaine et la campagne présidentielle, Donald J. Trump n’avait cessé de marteler la double promesse de construire un mur à la frontière entre son pays et le Mexique et de le faire payer par le voisin méridional. Pour la grande satisfaction de la droite et de l’extrême droite de son pays.

Le Mexique résiste à Donald J. Trump

Cinq jours après son investiture comme nouveau président des États-Unis, le Républicain a signé un ordre exécutif lançant le projet de construction de ce mur. Il l’a présenté comme un moyen efficace pour endiguer l’immigration clandestine et le trafic de la drogue en provenance de la frontière sud.

Le même jour, il a réitéré à l’antenne d’une chaîne de télévision nationale américaine que les Mexicains assumeront d’une façon ou d’une autre les frais de ce projet. Le président de la Chambre des représentants ne partage pas cette opinion. Paul Ryan pense pour sa part que ce sont les contribuables américains qui payeront la facture.

Quelques heures après l’annonce de la signature de l’ordre exécutif du président américain, son homologue mexicain a réagi. Enrique Peña Nieto a d’abord condamné ce projet. Il a ensuite réitéré encore une fois l’engagement de son gouvernement de défendre les droits des migrants mexicains vivant aux États-Unis. Les cinquante consulats mexicains se chargeront de cette tâche. Il a enfin répété ce qu’il avait affirmé sur Twitter juste après la courte visite que lui avait rendue en septembre dernier un candidat Trump en quête de stature internationale, à savoir que le Mexique ne payera pour la construction d'aucun mur à sa frontière avec les États-Unis. Pour calmer une opinion publique mexicaine mécontente de cette visite, M. Peña Nieto lui a offert sur un plateau la tête d'un bouc émissaire. Il s'agit du ministre qui l’avait encouragé à donner une suite favorable aux avances de l’équipe de campagne du controversé magnat de l’immobilier.

Comme l’annonce de l'ordre exécutif de Donald Trump a été faite le jour de l’arrivée à Washington des ministres mexicains des affaires étrangères et de l’économie, Luis Videgaray et Ildefonso Guajardo, pour préparer la rencontre prévue le 31 janvier entre les présidents des deux pays, elle a été vécue comme une humiliation par les Mexicains et leur gouvernement a été pris de cours.

Dans ce contexte chargée politiquement et émotionnellement, de plus en plus de voix, à gauche (Parti de la révolution démocratique, PRD) et à droite (PAN, conservateur) de l’échiquier politique, se sont élevées au Mexique pour demander à Enrique Peña Nieto de rester chez lui en signe de protestation contre un projet de mur qualifié par son prédécesseur Vicente Fox de ''Putain de mur.'' C’est dire le degré de frustration des Mexicains face à celui qui n’avait cessé de les insulter durant des mois de campagne pour gagner l’appui d’une partie de la droite et de l’extrême droite dans son pays.

Autre motif d’irritation pour Mexico: la volonté du président américain de renégocier l’accord de libre-échange nord-américain. Pour mettre de la pression sur le Canada et le Mexique et obtenir leur reddition avant même le début des nouvelles négociations, Donald J. Trump a menacé de se retirer de l’ALENA s’il n’obtenait pas gain de cause. Si Justin Trudeau s’est dit ouvert à renégocier avec lui, le ministre mexicain de l’économie a déclaré que son pays serait prêt à se retirer de l’ALENA si ses intérêts étaient menacés.

Devant la réaction négative de son homologue mexicain à son projet de mur, Donald J. Trump l’a invité, sur son compte Twitter il y a quatre heures, à annuler sa visite prévue pour le mardi prochain s’il ne voulait pas payer la facture: ''If Mexico is unwilling to pay for the badly needed wall, then it would be better to cancel the upcoming meeting.''

Cette déclaration pourrait être interprétée comme une réaction préventive à la possibilité que le président mexicain cède à la pression de son opinion publique et cancelle sa visite, affligeant un camouflet au locataire de la Maison Blanche.

Devant l’agressivité du président américain et la pression de la classe politique de son pays, Enrique Peña Nieto n’avait plus le choix. Il devait sauver la face et ce qui lui restait de popularité. Il a donc pris la décision qui s’imposait, à savoir annuler sa rencontre avec Donald J. Trump. Il l’a annoncé, il y a une heure, sur son compte Twitter.

***

Ce qui devait arriver arriva. Le president Peña Nieto ne pouvait se permettre de se rendre à Washington après la nouvelle provocation du nouveau locataire de la Maison Blanche. Un dirigeant qui n'hésite pas à se servir de la pression et de la menace comme moyen pour faire céder ses interlocuteurs et ce avant même d'entamer des négociations. Mais, une fois les esprits seront calmés, les deux pays et le Canada devront s'asseoir à la table pour renégocier l'ALENA.

26 janvier 2017



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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