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Le Gouverneur général Johnston représentera le Canada aux funérailles de Fidel Castro

(French version only)
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Editor-in-chief, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

Fidel Castro était un autocrate. La complexité de l'oeuvre de cet homme du 20e siècle complique la tâche de tout dirigeant démocrate qui aimerait lui rendre hommage, mais sans le caricaturer ou trahir ses propres idéaux. Justin Trudeau s’en est certainement bien rendu compte.

Le premier ministre du Canada se trouvait la semaine dernière à Antananarivo, capitale du Madagascar, pour participer aux travaux du 16e Sommet de la Francophonie. Cette conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage s’est déroulée du 26 au 27 novembre. Justin Trudeau a cru bon de réagir à chaud à la nouvelle du décès du père de la révolution cubaine survenu la veille de l’ouverture des travaux du sommet francophone.

Justin Trudeau n'ira pas aux funérailles de Fidel Castro

Dans un communiqué publié le samedi 26 novembre par son bureau, le premier ministre a fait un éloge appuyé du "el Comandante." Il l’a qualifié de "leader plus grand que nature," de "leader remarquable" et de "Révolutionnaire et orateur légendaire." Il a également fait l’éloge de son dévouement au service du développement de son pays. Il a aussi rappelé les liens qui existaient entre son propre père, Pierre Elliott, et le défunt. Tout en disant enfin sa tristesse pour la disparition de Fidel Castro, il a rappelé avoir rencontré ses trois fils et son frère Raul, le président de l’île tropicale.

Il se peut que M. Trudeau ait cru pouvoir se tirer d’affaire au Canada en qualifiant le disparu de "figure controversée." Mais, c’était mal évaluer le retentissement de sa déclaration au pays et dans le reste du monde, à commencer par le puissant voisin méridional qui vient d’élire un président républicain qui a menacé durant la campagne électorale d’annuler l’accord de normalisation des relations de son pays avec Cuba. Sans oublier le grand écart fait devant des chefs d'État et de gouvernement qui l'écoutaient à Antananarivo faire l'éloge de l'oeuvre d'un ancien dictateur tout en plaidant en faveur du respect des droits humains chez eux.

Avant même de rentrer au pays, M. Trudeau a essuyé plusieurs critiques. On l’a trouvé très complaisant avec l’ancien dictateur cubain. La chef intérimaire de l’opposition officielle à la chambre des Communes, la conservatrice Rona Ambrose, a réservé ses "pensées et prières au peuple cubain qui continue à subir le long régime oppressif de Castro" et non à la famille du défunt. Ce message a été retwitté 42 fois et a récolté 75 likes. Jason Kenney, son ancien collègue du gouvernement Harper, a déclaré sur Twitter que quelqu'un comme #fidelcastro le rendait fier d’être conservateur. La candidate à la chefferie du même parti, ancienne ministre et députée de Milton Lisa Raitt s’est moquée du chef libéral pour avoir pleuré le défunt Castro. La députée de Calgary Nose Hill Michelle Rempel a pour sa part publié sur Twitter trois messages sur cette affaire. Elle n'a pas apprécié la manière de réagir du premier ministre à cette question. Elle s’est également demandé s’il fallait que lui ou le Gouverneur général ''assiste aux funérailles d’un despote.'' Au Québec, le député de la Beauce, plusieurs fois ministre et lui aussi candidat à cette même chefferie Maxime Bernier a, à l'antenne de l’émission d’avant-hier de Michel C. Auger à Radio-Canada, critiqué à son tour l’éloge de M. Trudeau et déclaré qu’il était contre sa participation aux funérailles de Fidel Castro, avant d'apprendre, avec satisfaction, que le premier ministre n'ira finalement pas à La Havane.

Au Sud de la frontière canadienne, deux sénateurs américains d’origine cubaine et tous deux étaient candidats aux primaires républicaines de cet été, ont eux aussi critiqué Justin Trudeau. Le sénateur ultra conservateur du Texas Ted Cruz a qualifié sur Tweeter sa déclaration de "disgracieuse," avant de se demander, sur un ton indigné, "pourquoi de jeunes socialistes idéalisent des tyrans totalitaires? Casto, Staline, Mao, Pol Pot, des êtres maléfiques, tortionnaires et meurtriers." Ce message a reçu 9584 likes et a été repartagé 6074 fois. Que le natif de Calgary soit horrifié par l’éloge de dictateurs, cela peut se comprendre, mais de là à insinuer que le chef libéral est un socialiste, cela trahit sa méconnaissance de la carte idéologique canadienne.

Le sénateur de Floride Marco Rubio a, pour sa part, qualifié sur Twitter le message de condoléances de M. Trudeau de "honteux" et d’"embarrassant." Ce message a été partagé 17 161 fois et a récolté 25 674 likes.

Mais, tous au pays n'étaient pas de l'avis de l'élite conservatrice. Plusieurs Canadiens ont utilisé Twitter pour le faire savoir. Ils ont salué le message de Justin Trudeau comme celui du fils de son père. C'est dire la diversité d'appréciation canadienne de l'oeuvre du disparu.

Devant les réactions très négatives à son message élogieux du défunt dictateur cubain, Justin Trudeau a dû prendre la mesure de l’erreur de son dosage. Il fallait donc essayer de calmer cette grogne sur les réseaux sociaux. Cela a été fait en deux temps. Il a d’abord admis du bout des lèvres un fait incontestable, que Fidel Castro était un dictateur. Plus important encore: il a renoncé à aller à Cuba pour les funérailles de l’ancien ami de son père. Il sera quand même représenté par le gouverneur général Johnston. Une démarche se voulant d’apaisement. Mais, la députée Rempel n’a pas apprécié le fait qu’il fasse appel au chef de l’État canadien pour le représenter à La Havane. La sénatrice conservatrice Linda Frum a pour sa part conseillé au Gouverneur général d’envoyer au gouvernement de Cuba une simple lettre de condoléances et d’éviter d’y aller. Mais, elle devait savoir que son vœu ne pourrait être exaucé.

Des mots pour le dire

Fidel Castro est un homme du XXe siècle. Son exceptionnelle longévité politique et ses états de service dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la recherche scientifique lui ont fait gagner l’admiration de plusieurs à travers le monde. Sa maîtrise de plusieurs codes de communication lui a permis de subjuguer d’importants intellectuels occidentaux en mal de romantisme révolutionnaire. Mais, cette image savamment travaillé ne reflétait pas toute la réalité de l’entreprise de Fidel Castro. Sa dictature n’avait épargné à son propre peuple ni brutalité ni violation de ses libertés et de ses droits. Cela lui a aliéné plusieurs aux quatre coins de la planète.

En raison de ce double héritage de Fidel Castro et des liens d'amitié qui liaient son propre père à lui, il n’était pas aisé pour le premier ministre Trudeau de réagir à chaud à la nouvelle de son décès sans courir le risque de déplaire à au moins une partie de ses compatriotes. Malgré la complexité de l’exercice, il fallait trouver les mots justes et le ton approprié dans un tel contexte. Cela aurait permis de dire l’heure juste, tout en restant en accord avec les idéaux dont il se réclame.

***

La réaction à chaud de Justin Trudeau à la nouvelle de la disparition de Fidel Castro a mécontenté les conservateurs au Canada et aux États-Unis. Mais, si l'annonce de sa non participation à ses funérailles a dû réjouir une partie d'entre eux, l'annonce de son bureau de l'envoi à La Havane du Gouverneur général du Canada pour le représenter à cette occasion n'a pas plu à d'autres conservateurs.

1er décembre 2016



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The Justin Trudeau Era
By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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