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L’effritement des appuis du Nouveau parti démocratique

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Editor-in-chief, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

Pour empêcher la victoire des néodémocrates au Québec et dans le reste du pays, leurs rivaux conservateurs et bloquistes ont eu recours à une vieille ficelle politique. Ils se sont servis de la politique d'identité pour les diviser et leur aliéner suffisamment d'appuis et les priver ainsi de la victoire. Visiblement, cette stratégie a fonctionné à merveille. À ce jour.

La campagne électorale en cours au fédéral est tout sauf ennuyeuse. Elle ne ressemble pas non plus à un fleuve tranquille. D’ailleurs, son allure a tendance à changer de plus en plus. Le récent sondage Abacus en dresse le portrait et confirme ce qui a été montré dans deux précédents sondages menés par les firmes Ekos et Léger.

Essoufflement du NPD

Du 24 au 27 septembre, Abacus Data a mené en ligne un coup de sonde auprès de 3814 répondants, dont 21% d’indécis. Il n’y a pas de marge d’erreur pour ce type de sondage. Des résultats de cette enquête, nous avons tiré plusieurs enseignements par rapport au Québec et le reste du Canada.

Premier enseignement: le Nouveau parti démocratique (NPD) a perdu des plumes. D’avantage au Québec que dans le reste du Canada. Au pays, il est arrivé troisième (27%), derrière le Parti conservateur du Canada (PCC: 32%) et le Parti libéral du Canada (PLC: 29%). Le parti du premier ministre sortant a devancé donc ses deux principaux rivaux dans les intentions de vote.

Deuxième enseignement: son maintien en première position n'a pas épargné au Parti conservateur la perte de 3% par rapport au sondage d’Ekos mené du 17 au 22 septembre.

Troisième enseignement: avec les intentions de vote en faveur de son parti, Stephen Harper pourrait espérer former un gouvernement minoritaire au lendemain du 19 octobre prochain.

Quatrième enseignement: l’Ontario, là où seront élus 121 des 338 députés de la chambre des Communes et où également se jouera (avec le Québec) le sort du NPD. Dans cette province, les trois principaux partis fédéraux ne sont plus à égalité comme c’était le cas au début de la campagne électorale. Là aussi, le NPD (26%) a perdu sa première position et du terrain face à un Parti conservateur (36%) qui mène désormais dans les intentions de vote et un Parti libéral (33%) qui s’en sort mieux que lui dans les intentions de vote.

Cinquième enseignement: la vague orange au Québec s’est éloignée. Les néodémocrates restent en tête des partis fédéraux dans cette province. Mais, leurs appuis se sont effrités là aussi. Leurs pertes dans les intentions de vote sont évaluées à 17% par Abacus Data par rapport à son dernier sondage du 11 septembre dernier. Ils sont maintenant seulement 30% des électeurs à leur faire confiance contre 47% il y a à peine deux semaines. Seulement 6% les séparent des libéraux (24%). Les conservateurs (21%) arrivent troisième, mais devancent légèrement les bloquistes (20%). Par rapport au récent sondage Ekos, les troupes de M. Harper ont perdu 3%, alors que les libéraux et les bloquistes ont fait des gains, respectivement 5% et 2%.

Sixième enseignement: le parti de Thomas Mulcair a donc vu ses appuis dégringoler dans les intentions de vote, en particulier au Québec. Le débat sur le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté canadienne lui a visiblement coûté cher. Cette affaire a fait son entrée en campagne électorale quand la Cour d’appel fédérale a, le 15 septembre dernier, invalidé, pour des motifs administratifs, une directive ministérielle interdisant le port de ce voile intégral aux cérémonies de citoyenneté et autorisé la plaignante, une immigrante pakistanaise, à prêter serment le visage couvert. Notons bien qu’à cette occasion la justice ne s’est pas prononcée sur le fond dans cette affaire, mais tout au plus sur la légalité d’une directive ministérielle et sa décision n’a donc rien à voir avec la Charte canadienne. Le chef néodémocrate ne s’est pas opposé à cette décision. Ce qui a heurté une partie de sa base, particulièrement au Québec. Ses adversaires conservateurs et bloquistes en ont profité pour le mettre sur la défensive. Ils ont également instrumentalisé cette affaire d’identité au service de leur politique de division pour affaiblir les appuis des néodémocrates et faire des gains en particulier au Québec. Leur stratégie a visiblement fonctionné à merveille.

Sixième enseignement: le désir de changement. Il demeure fort: près des trois-quarts des sondés ont exprimé leur désir de voir un changement de gouvernement à Ottawa. Mais, ce désir a un peu baissé d’intensité. Ils sont maintenant 56% (contre 61% la dernière fois) à le vouloir ardemment. C’est parmi les libéraux et les néodémocrates que ce désir est le plus prononcé. Chez leurs clientèles, l'intensité de ce désir est semblable (41%). Au sein de cette catégorie, le NPD enregistrait au début de la campagne une avance de 16%. Mais, il a perdu ici du terrain au profit d'un PLC de plus en plus perçu comme l’agent du changement. Autre mauvaise nouvelle pour lui, l’appui du groupe dont le désir du changement est tiède favorise davantage encore une fois ses adversaires libéraux (33% contre 21%).

Septième enseignement: même si Thomas Mulcair est à égalité avec Justin Trudeau (36%), il a perdu des appuis puisqu’il bénéficiait de 41% moins d’un mois plus tôt (contre 35% pour son concurrent). Leur adversaire conservateur est moins populaire (26%). Au Québec, la popularité du chef néodémocrate a pris un coup encore plus prononcé (21%, soit une perte de 18% des appuis) durant la même période. Effet en particulier de l'affaire du niqab.

Dernier enseignement du sondage Abacus: le sentiment de rejet du maintien des conservateurs au pouvoir est assez fort encore. Ils sont 54% à rejeter même l'idée d'un gouvernement minoritaire. Cette opposition gagne plus de terrain (56%) quand il est question de l’éventualité d’un gouvernement majoritaire formé par Stephen Harper. Mais, en cas de gouvernements majoritaires néodémocrate (44%) ou libéral (42%), l'opposition est moindre.

***

Pour avoir refusé de coller à l'humeur de tous ces électeurs hostiles au port du niqab au moment de prêter son serment de citoyenneté, Thomas Mulcair a payé le prix en termes d'intentions de vote. Le premier ministre conservateur sortant a quant à lui surfé sur cette opposition et joué à fond cette carte pour pouvoir garder ses comtés ou conquérir de nouveaux en particulier au Québec et empêcher ainsi son rival néodémocrate de lui succéder au pouvoir. La question maintenant est de savoir si ce dernier sera en mesure d'arrêter la déringolade de son parti dans les intentions de vote et de redonner de l'élan à ses troupes. Le 19 octobre s'approche à grands pas.

3 octobre 2015



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By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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