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La justice allemande fait faux bond à Abdel Fattah El-Sissi

(French version only)
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L'harcèlement d'Al-Jazeera par le régime Sissi continue. L'homme du coup du 3 juillet l'accuse de soutenir les Frères musulmans et l'ancien président Morsi. Les journalistes du réseau qatari d’information représentent une des cibles favories de cette passe d’armes entre les deux parties.

Les relations entre le réseau qatari d’information Al-Jazeera et Le Caire demeurent mauvaises. Le rapprochement entre Riyad, bienfaiteur d’Abdel Fattah El Sissi, et Doha ne les a pas améliorées. Celui, qui a renversé, le 3 juillet 2013, le premier président civil élu démocratiquement en Égypte, demeure hostile à une chaîne accusée d’être favorable aux Frères musulmans et à Mohamed Morsi.

Mauvais quart d’heure pour le producteur d’Al-Jazeera Ahmed Mansour

La justice égyptienne a condamné à des peines de sept à 10 ans de prison ferme trois des journalistes du réseau qatari: l’Australien Peter Greste, le Canadien Mohamed Fahmy et l’Égyptien Baher Mohammed. Après avoir passé 300 jours en prison, M. Greste a pu rentrer chez lui en février dernier, grâce à un décret présidentiel. La forte pression de Caneberra y était pour quelque chose. Ses deux compagnons de mauvaise fortune demeurent détenus et seront rejugés. Ces trois journalistes ont été accusés de soutenir les Frères musulmans et de répandre de fausses nouvelles en vue de troubler l’ordre public. Ahmed Mansour était lui aussi dans le collimateur du régime Sissi.

M. Mansour est un Égypto-Britannique âgé de 52 ans. Comme l’indique sa page Facebook, c’est un producteur du réseau d’information Al-Jazeera. Il anime l’émission "Sans frontières". Plusieurs lui reprochent la complaisance de ses entrevues avec des figures du courant islamiste, politique ou armé, à travers le monde arabe. Son récent entretien avec Abou Mohamed Al-Joulani, le chef de la franchise syrienne du réseau terroriste Al-Qaïda, diffusé le 27 mai dernier, en est une illustration éloquente. On analysera dans une prochaine chronique cette tentative ratée de relations publiques du chef de Jabhate Al-Nosra.

Lors d’un des nombreux procès politiques bâclés et irréguliers menés contre l’opposition égyptienne, une cour a condamné M. Mansour en 2014 par contumace à 15 ans de prison. On l’a accusé de viol, d’enlèvement et de vol en 2011 au moment où l’Égypte était plongée en pleine révolution. Des accusations rejetées par l’employé vedette d’Al-Jazeera. Pour le faire arrêter, les autorités égyptiennes ont lancé un mandat d’arrêt international contre lui.

Alors qu’il se trouvait, le 20 juin, à l’aéroport de Berlin-Tegel pour s’envoler en direction de Doha, la police allemande l’a arrêté à la demande du Caire. Il a été mis à la prison de Moabit. Il avait juste avant interviewé Guido Steinberg, le spécialiste de l’islam et conseiller de la chancellière Merkel sur la question du terrorisme islamique, pour son émission. Sur sa page Facebook, il s’est dit "surpris" de son arrestation par un pays comme l’Allemagne puisque, selon lui, il ne fait l’objet d’aucun mandat international émis par Interpol.

"Je suis libre, je suis libre, je suis libre"

Al-Jazeera a demandé aux autorités allemandes de "libérer immédiatement" M. Mansour. Plusieurs en Allemagne et ailleurs se sont mobilisés pour exiger à leur tour sa libération rapidement. Une centaine de personnes, dont des dirigeants des Verts et du parti de gauche Die Linke, ont manifesté à Berlin, le dimanche 21 juin, pour demander eux aussi la même chose. Tout comme la Fédération allemande des Journalistes et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Lundi 22 juin, Ahmed Mansour a comparu devant un juge d’instruction pour vérifier son identité et statuer sur son sort et donc sur la requête égyptienne de son extradition.

Peu après l’audience de M. Mansour, le juge a ordonné sa libération. "Sans aucun chef d’accusation", selon un tweet d’Al-Jazeera! Le parquet général berlinois a annoncé dans un communiqué l'abandon pur et simple de la procédure, évoquant à la fois "des aspects juridiques et des craintes politico-diplomatiques" (AFP, 22 juin), sans autres détails. Le magistrat a donc rejeté la requête égyptienne.

A sa sortie du palais de justice de Berlin, devant des dizaines de sympathisants, M. Mansour, arborant un sourire franc, a déclaré ce qui suit: "Je suis libre, je suis libre, je suis libre. (...) Merci aux gens dans le monde entier qui m'ont soutenu ces derniers jours". Des propos qu'on peut lire sur sa page Facebook.

Ahmed Mansour peut donc quitter l’Allemagne, rentrer chez lui, au Qatar, auprès de sa famille, et même, si tel est son souhait, retourner en Allemagne.

***

La tournure heureuse du "malheureux incident", pour reprendre l’expression de l’employeur de M. Mansour, n’est pas pour réjouir Abdel Fattah El-Sissi. Lui qui a effectué, le 3 juin, une visite officielle à Berlin. L’occasion pour lui de s’entretenir avec la chancelière Merkel et de signer avec le géant allemand de l'industrie Siemens un gros contrat d'une valeur de 9.06956 milliards de dollars américains. Cette visite a été critiquée par plusieurs en Allemagne en raison de la chape de plomb imposé par lui sur son pays. Cette affaire Mansour ne va pas l'aider à résoudre ce problème d'image. Elle montre également le peu de cas fait par la justice allemande à l’endroit des garanties fournies par la partie égyptienne. Elle rappelle, à qui l’aurait oublié, enfin, le caractère politique des procès intentés aux opposants à la restauration autoritaire au Caire. C'est dire le désastre, du moins les limites en Occident, de cette entreprise d'intimidation d'Al-Jazeera menée le régime Sissi.

22 juin 2015



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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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