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L’Égypte retire le Hamas de sa liste des organisations terroristes

(French version only)
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Avec un Sinaï de plus en plus en proie à des affrontements sanglants entre les forces de sécurité égyptiennes et les jihadistes, Le Caire a tout intérêt à ne pas couper ses canaux de communication avec Gaza. Tout en gardant un oeil vigilant sur ce qui s'y passe et sur l'économie des tunnels sous-terrain reliant les deux territoires. L'ennemi commun des deux pouvoirs, à savoir les jihadistes, sera à coup sûr parmi les premiers à essayer de profiter de toute crise majeure entre les deux parties pour les affaiblir tous les deux.

Le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) contrôle la bande de Gaza depuis 2007. La formation d’un gouvernement palestinien d’union nationale n’a pas changé cette situation sur le terrain. Le renversement en juillet 2013 par l’armée de Mohamed Morsi, le premier président élu démocratiquement de l’histoire de l’Égypte, a contribué à la détérioration des relations entre le Hamas et Le Caire. Cette dernière a, à plusieurs reprises, accusé le premier d’aider les islamistes radicaux au Sinaï. Des jihadistes qui ont fait plusieurs victimes parmi les forces de sécurité stationnées dans la péninsule égyptienne. Le mouvement islamiste a rejeté cette accusation.

Le Caire inscrit le Hamas sur sa liste des organisations terroristes

Dans ce contexte d’affrontements armés, un avocat égyptien a déposé plainte contre le Hamas, accusant son aille armée d’être impliquée directement dans les "activités terroristes" contre les forces de sécurité au Sinaï. Selon lui, les Brigades Ezzedine Al-Qassam se sont servies des tunnels sous-terrain reliant l’étroite bande palestinienne à la péninsule égyptienne pour se livrer à la contrebande d’armes utilisées contre les forces de sécurité de son pays (AFP, 31 juillet).

La cour a donné raison au plaignant. Elle a donc mis, fin janvier 2014, la branche armée du Hamas sur la liste noire égyptienne des "organisations terroristes".

Le Mouvement islamiste palestinien a de son côté déclaré avoir comme doctrine politique la non-ingérence dans les affaires domestiques des pays arabes, et donc de l’Égypte, et clamé l’innocence de sa branche armée de ce dont on l’accuse. Pour lui, la décision de la justice égyptienne ne sert in fine que les intérêts de l’occupant israélien des territoires palestiniens.

Le 28 février, soit un mois plus tard, une cour des référés au Caire a banni tout le Hamas cette fois et l’a mis sur la liste égyptienne des organisations terroristes. Donnant ainsi raison à Achraf Farahat, l’avocat à l’origine de cette procédure judiciaire. Les activités du mouvement islamiste dans ce pays ont donc été frappées d’interdiction, ses avoirs saisis et ses dirigeants susceptibles d’être arrêtés à tout moment.

Comme il fallait s’y attendre, le Hamas a, le même jour, dénoncé cette décision.

Parallèlement à cette "guérilla" judiciaire, Le Caire a multiplié les mesures destinées à briser les réseaux transfrontaliers de tunnels, aboutissant de facto au renforcement de l’isolement de la bande de Gaza. Elle a, à titre d’exemples, dans ce cadre, détruit plus de 1600 tunnels reliant la bande palestinienne au Sinaï et établi une zone tampon le long de leur frontière.

À l’ombre de ce bras de fer avec les islamistes du Hamas à qui on reproche une proximité avec la Confrérie des Frères musulmans, se trouve la guerre totale menée par le président Abdel Fattah Al-Sissi contre les islamistes de son pays. Lui qui a renversé, à titre de chef des forces armées, le 3 juillet 2013, le président frère musulman Mohamed Morsi. Depuis son accession au pouvoir, le nouveau homme fort du Caire n'a d'ailleurs jamais caché son ambition d’éradiquer les Frères musulmans de son pays. Nous ne reviendrons pas ici sur différentes mesures adoptées dans ce sens et analysées dans plusieurs de nos chroniques précédentes.

Retrait du Hamas de la liste égyptienne des organisations terroristes

Pour un pays, comme l’Égypte, qui tire une partie de sa rente internationale et de son influence dans la région de son rôle de médiateur entre le Hamas et Israël, pousser le mouvement islamiste palestinien dans ses derniers retranchements n’était pas tenable à moyen terme. Il fallait donc changer son fusil d’épaule. C’est chose faite.

Le samedi 6 juin, une cour d’appel a annulé la décision du tribunal des référés datée du 28 février relativement au Hamas et ordonné le retrait de son nom du registre égyptien des organisations terroristes. La justice a justifié sa décision par l’incompétence de l'autre cour dans ce genre d’affaires (AFP, 6 juin).

Le Hamas a accueilli avec satisfaction le nouveau verdict de la justice égyptienne. Sur son compte Twitter (@HamasInfoEn), il s’en est félicité. Il y a salué la "correction d’une décision erronée". Il a également estimé qu’elle aura un impact positif sur ses relations avec les autorités égyptiennes.

La nouvelle décision de la justice de son pays n’a pas semblé décourager pour autant l’avocat Farahat, celui-là même qui était à l’origine de la procédure judiciaire engagée contre le mouvement islamiste palestinien et qui avait abouti à son inscription sur la liste égyptienne des organisations terroristes. Au prononcé du verdict de la cour d’appel, il a annoncé qu’il logerait une demande similaire auprès du ministère égyptien des affaires étrangères pour inscrire le Hamas sur sa propre liste noire (Reuters, 6 juin).

***

Le renversement du président Mohamed Morsi a contribué à la détérioration des relations entre le nouveau maître du Caire et le Hamas. Mais, cela n’a pas pour autant amené les deux parties à couper tous leurs canaux de communication. Dans le nouveau cadre régional des guerres par procuration en Syrie et au Yémen entre les puissances sunnites et l’Iran chiite, le président Sissi et son parrain saoudien ne pouvaient se permettre une situation où un mouvement islamiste palestinien majeur se retrouve isolé et aille chercher une oreille attentive auprès d'un Iran aux ambitions impériales néo-safavides de plus en plus affichées ouvertement. Il fallait donc agir et vite pour empêcher le pays des Ayatollahs d’être perçu dans l’opinion publique arabe comme le recours des islamistes palestiniens.

9 juin 2015



* La bannière du mouvement islamiste palestinien. Crédit de l'image: son compte Twitter.


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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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