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Mille deux cents pieds sous terre - À la découverte d’un «Voreux» sudburois

Il était à peu près dix-neuf heures un certain jeudi de septembre quand quelques collègues et moi nous sommes ramassés dans les locaux d’une compagnie minière au Nord-Ouest de Sudbury. Pour visiter les profondeurs de la mine et découvrir d’où provient le nickel.

Au départ, nous pensions emprunter une cage d’ascenseur qui nous déposera au fond du puits; nous ferions alors une petite balade en profondeur et l’ascenseur nous ramènera bien vite en surface. Trente minutes tout au plus et nous serions hors de là. C’est en tout cas ce que nous entrevoyions. Ce n’est pas exactement ce qui s’est produit. D’abord, il nous a fallu enfiler l’uniforme et l’équipement. Combinaison blanche, gilet fluorescent, bottes de construction, génératrice à la ceinture, casque, torche, gants… Au bout du processus qui a duré une quinzaine de minutes, nous avions l’air des astronautes prêts pour l’espace. Mais c’est dans une Toyota pickup que nous avons pris place. La voiture a roulé cinq ou six minutes durant, avant de s’engouffrer dans l’embouchure de ce qui s’avérera être un abîme. La descente va durer une dizaine de minutes. Le froid, l’humidité et une exhalaison agaçante. À six cent pieds sous terre, nous ferons le premier arrêt pour visiter la salle à dîner des mineurs, là où ils prennent leur break. Une salle bien équipée : réfrigérateur, ordinateur connecté à Internet, banquettes de repos, tables et autres commodités.


Nous reprendrons bientôt la route, impressionnés par les ramifications sur notre chemin. Un véritable réseau sous-terrain, où les automobilistes doivent conduire prudemment pour minimiser les risques de collusion. Assis à tout vent derrière le pickup, nous aurions l’impression d’une descente vertigineuse. À l’approche du fond, le conducteur va serrer sur le côté et arrêter le moteur. Nous sommes désormais à quelque 1230 pieds sous terre. Notre prochaine découverte sera une cage à poudre, remplies de toutes sortes d’explosifs; en bâton, en cordon ou en pâte. L’air si inoffensifs, et pourtant, les dommages qu’ils peuvent causer… Plus tard, le guide nous montrera comment driller, placer la dynamite dans les trous, lier ensemble les cibles du moment et ramener le tout en un seul cordon vers la boîte de détonateur. À ce point, nous aurons cessé d’être de simples observateurs pour prendre une part active au processus. Une expérience enrichissante. Mais à la fin, ce que nous aurons appris sur les mines sous-terraines nous laissera interdits.

Danger immédiat

L’air des puits demeure passablement chargé de monoxyde de carbone, malgré la ventilation. De puissantes perceuses, des pelles mécaniques qui transportent les précieuses pierres, des camionnettes qui déplacent les mineurs. On creuse, on drille, on pose des explosifs et on fait sauter. Poussière toxique et émanations d’engins se combinent et augmentent le niveau de pollution. À la sortie du puits, le mineur se mouche noir. Pas étonnant qu’on le soumette annuellement à un sérieux examen des poumons. L’humidité permanente favorise à terme le développement de l’arthrite. Un accident n’est jamais vraiment loin. Un morceau de tuyauterie ou une roche peut se détacher et heurter le travailleur; un éboulement peut se produire et l’ensevelir. Avec les frictions constantes entre les drills et les roches, la présence du carburant, le feu peut prendre à tout moment. Une mauvaise manipulation de dynamite et vous perdez un bras, une jambe et même la tête. Un pilier peut céder et causer un tragique affaissement.

Avec les techniques plus raffinées, de nouvelles technologies et des salaires alléchants, on semble si loin de Bonnemort et du Voreux au XIXe siècle. Mais en réalité, on demeure aussi bien proche de l’époque, car le danger est permanent. Environnement hostile, s’il en est un. Les cas d’accident seraient fréquents, mais généralement tus. Comment quelqu’un peut-il faire carrière dans un tel milieu? « Ça paye bien et ne demande pas beaucoup d’études. Un mois de formation et tu peux te faire un salaire au-dessus de 100 000 dollars. » Nous confie le guide. Mais il y a plus que l’argument du billet vert. Le mineur est un homme fier, qui méprise la douleur. Il est fier d’affronter le danger. Et chaque jour, à la fin de son quart, quand il émerge sain et sauf de l’abîme, il sait qu’une fois de plus il vient de narguer la mort.

Cette fierté du mineur, Zola l’a souligné dans Germinal. On n’a qu’à écouter son personnage de Bonnemort étaler son expérience: «J’ai tout fait là-dedans, galibot d’abord, puis herscheur, (…), remblayeur, raccommodeur, (…) charretier… Hein? C’est joli, cinquante ans de mine, dont quarante-cinq au fond.» Et dire que le type est désormais coquelucheux et crache noir à chaque quinte de toux! Pour ma part, j’ai fait deux heures de mines dont presque toutes au fond; j’ai posé des dynamites; j’ai pressé sur le détonateur; ça a fait : boom! Mais une fois, hmmm! je crois que c’est assez.


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