Tolerance.ca
Director / Editor: Victor Teboul, Ph.D.
Looking inside ourselves and out at the world
Independent and neutral with regard to all political and religious orientations, Tolerance.ca® aims to promote awareness of the major democratic principles on which tolerance is based.

Le parlement du Grand-Duché de Luxembourg dit "oui" à l’État de Palestine

(French version only)
By
Contributor, Member of Tolerance.ca®
Share this article

Depuis l’annonce de la décision suédoise, la question de reconnaître unilatéralement l’État de Palestine ou de ne pas le faire s’est imposée à l’ordre du jour européen. Elle divise les membres des parlements de pays de l'Union européenne. La Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg devaient à son tour se prononcer là-dessus.

L’ambiance a changé sur le Vieux Continent relativement au conflit israélo-palestinien. Les massacres de l’été dernier dans la bande de Gaza ont porté un coup terrible à l’image d’Israël. Faisant basculer plus que jamais l’opinion publique dans un sens favorable au Peuple palestinien. D’où la cascade de reconnaissances diplomatiques de l’État de Palestine par plusieurs parlements européens. Les députés du Grand-Duché de Luxembourg devaient eux aussi se prononcer sur cette question.

Le parlement luxembourgeois favorable à l’État de Palestine

Cette semaine, le parlement unicaméral du Grand-Duché de Luxembourg a débattu de la déclaration de politique étrangère et européenne. L’occasion de décider, entre autres, de la marche à suivre dans le dossier de reconnaissance d’un État palestinien. Depuis le dépôt, fin novembre, par le député Serge Urbany du Déi Lénk d’une motion invitant le gouvernement luxembourgeois à reconnaître l’État de Palestine, on devait savoir que cette chambre ne pouvait y échapper. D’ailleurs, ce sujet s’est imposé à l’agenda des pays européens suite à la décision prise, le 30 octobre dernier, par le gouvernement suédois.

Contrairement à ce qui s’était passé devant les députés espagnols, britanniques, français, portugais et irlandais, et les sénateurs irlandais et français, la chambre des 60 députés luxembourgeois devait à ce propos se prononcer non sur un projet de motion, mais sur deux textes!

La première motion a été proposée par un membre de la majorité et président de la commission parlementaire des affaires étrangères, le socialiste Marc Angel. Elle a demandé au gouvernement de Xavier Bettel (1973-) de ''reconnaître formellement l’État de Palestine dans les frontières de 1967 uniquement modifiées moyennant accord des deux parties, au moment qui sera jugé le plus opportun.'' Elle l’a également appelé à ''contribuer aux efforts de l’UE pour soutenir le processus de paix en vue d’une solution définitive et globale respectant les aspirations légitimes de paix, sécurité et prospérité pour les deux peuples.''

Cette motion se base sur le droit international et des éléments des paramètres de Clinton, du nom de l'ancien président américain, le démocrate Bill clinton. Elle a été adoptée, le 17 décembre, grâce aux voix des trois partis de la majorité, le LSAP (Parti ouvrier socialiste luxembourgeois: 13 députés), le DP (Parti démocratique: 13 députés) et le DG (les Verts: 6 députés), et de celles des deux députés de Déi Lénk (La gauche), une formation d’extrême gauche qui avait retiré son texte mentionné ci-dessus pour pouvoir se ranger du côté de la motion du socialiste Angel.

Si les 23 députés du CSV (Parti populaire chrétien) de Marc Spautz se sont abstenus de voter, les 3 élus de l’ADR (Parti réformiste d’alternative démocratique) ont choisi de voter contre. Le vote de cette formation de droite populiste s'explique par sa proximité avec la position du Likoud israélien. Pour elle, il fallait attendre que les deux parties arrivent à un accord négocié de paix avant de reconnaître l’État palestinien. Une affirmation qui fait abstraction de deux faits d’importance. D’une part, plus de vingt ans de négociations n’ont débouché ni sur la sécurité pour Israël ni sur l’indépendance des Palestiniens. Le conflit non seulement demeure entier, mais également il est devenu plus pourri que jamais. D’autre part, au point où en sont les choses, de nouvelles négociations ne pourront, dans le contexte israélien actuel (extension et accélération de la colonisation et politique dure du gouvernement face aux Palestiniens) que rendre encore plus lointaine, sinon irréaliste, la perspective d’un État palestinien.

Le CSV a surpris la chambre en déposant sa propre motion sur le même sujet. Un calque d’une autre motion, celle du parlement européen adoptée le même jour (on y reviendra dans une prochaine chronique). Le CSV a appelé le futur État palestinien à reconnaître l’État d’Israël et d’agir face au mouvement islamiste palestinien Hamas.

Cette motion a été moins consensuelle que la précédente. Si 26 députés l’ont appuyé, 3 parlementaires ont voté contre et les 31 restants se sont abstenus.

Les deux motions ont donc été adoptées par une chambre de députés divisés. Cette situation n'a pas empêché leur ministre des affaires étrangères, Jean Asselborn, de saluer l’initiative de ses collègues députés.

***

Le parlement luxembourgeois a donc demandé au gouvernement Bettel de reconnaître formellement, de manière unilatérale, l’État de Palestine. S’il l’a fait, c’est, semble-t-il, en raison de la conviction de plus en plus répandue en Europe et selon laquelle attendre la conclusion de négociations israélo-palestiniennes au point mort avant de reconnaître cet État reviendrait, dans le contexte politique actuel, à reporter sine die une telle reconnaissance et donc signer de facto l’arrêt de mort de la solution des deux États, Israël et la Palestine. D’où l’empressement à agir de plusieurs parlements européens pour tenter de conjurer un tel sort.

18 décembre 2014



*

La chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg / Crédit: la page Facebook de cette chambre.




Comment on this article!

Postings are subject to the terms and conditions of Tolerance.ca®.
Your name:
Email
Heading:
Message:
Contributor
This article is part of

Enhaili, Aziz
By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

Read the other articles by Aziz Enhaili
Follow us on ...
Facebook Twitter