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Revers diplomatique pour la Turquie au Conseil de sécurité de l’ONU

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La Turquie est une grande puissance régionale avec des ambitions internationales. Son président a de grandes ambitions pour elle. Sa quête cet automne d'un siège au sein du Conseil de sécurité des Nations unies en fait partie. Mais, c'était sans compter avec les aléas du temps et des batailles de coulisses au sein de l'institution onusienne de l'East River.

Le Conseil de sécurité de l’ONU compte 15 membres, dont cinq permanents (Les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France). Ses 10 autres membres non permanents sont renouvelés chaque année de moitié sur une base régionale et leur mandat est d’une durée de deux ans chacun.

La surprise espagnole à l’Assemblée générale de l'ONU

Le 16 octobre, réunie en 25e séance plénière de sa soixante-neuvième session à New York, l’Assemblée générale des Nations unies devaient élire cinq nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité. Pour gagner un des sièges devenus vacants, la majorité des deux tiers (soit 129 voix) est requise s'il y a plus d'un prétendant. En raison de l’absence de concurrents dans leurs groupes régionaux respectifs, l’Angola (succède au Rwanda), la Malaisie (remplace la Corée) et le Venezuela (succède à l’Argentine) ont été assurés d'avoir un siège au Conseil. Ils ont respectivement récolté 190, 187 et 181 suffrages sur 193 votants à bulletins secrets. Il restait donc deux sièges à combler dans le Groupe des ''États d’Europe occidentale et autres États''. La Nouvelle-Zélande a eu 145 voix dès le premier tour du scrutin et a eu gain de cause.

L’Assemblée devait donc se prononcer sur le sort des candidatures restantes, celles de l’Espagne et de la Turquie, pour compléter la formation du Conseil de sécurité. En premier tour, elles ont récolté respectivement 84 et 109 suffrages. En deuxième round, 120 et 73 votes. En troisième tour, Madrid avait tellement creusé son écart avec ses 132 appuis qu’Ankara devait se rendre à l’évidence avec ses 60 voix.

Le soutien à la candidature turque s’est donc érodé au fil des votes, lui faisant mordre la poussière.

L’Espagne a donc rejoint les quatre autres pays pour siéger elle aussi comme nouveau membre non permanent du Conseil de sécurité. Toute une surprise pour Madrid et tout un revers diplomatique de taille pour le président Recep Tayyip Erdogan.

Défaite diplomatique pour la Turquie et échec pour son président

La veille du jour du scrutin, Ankara pensait pouvoir compter sur l’appui de 160 États. Grâce à ces promesses, elle se voyait déjà siéger dès janvier prochain au Conseil de sécurité, à titre de membre non permanent.

Pourquoi le soutien à la candidature turque s’était-il érodé au fil des votes pour aboutir à sa défaite?

La déroute de la candidature d’Ankara est d’abord un désaveu de sa politique étrangère en Syrie et en Irak. Elle avait pendant des semaines soufflé le chaud et le froid et fait valser les Américains au point qu’ils ne savaient plus à quoi s’en tenir quand il était question de la position réelle de la Turquie dans le domaine de lutte contre le groupe État islamique (EI). Une déclaration comme celle où M. Erdogan disait que pour lui: ''l’État islamique et le PKK (mouvement indépendantiste armé kurde, ndlr), c’est pareil '', le bombardement de positions du PKK par ses soldats et ses déclarations paradoxales n’avaient pas dû non plus arranger ses affaires avec Washington. À cela s’étaient ajoutées les limites d’une pédagogie brouillonne. Chacun de ces facteurs avait contribué à un degré ou un autre à frustrer des alliés occidentaux et à plonger d’autres dans la consternation. Pour ces puissances, une Turquie partie du Conseil de sécurité promettait dans le contexte actuel de compliquer singulièrement l’action des pays de la coalition internationale contre l’EI et les tractions touchant le Moyen-Orient en général au sein de ce lieu prisé de la diplomatie internationale. Ils avaient donc tout intérêt à prendre le parti d’un allié plus sûr et qui n'est pas le genre à faire des vagues...

Un siège pour la Turquie au Conseil de sécurité était hors de question cette fois pour plusieurs adversaires de son voisinage régional. Cette éventualité donnait des sueurs froides à des puissances comme l’Iran, la Syrie, l’Arabie saoudite, l’Égypte ou Israël. Elles voulaient priver un dirigeant comme Recep Erdogan d’accroître son prestige à domicile et l’influence diplomatique de son pays sur la scène internationale. Ni Téhéran ni Damas ne lui avaient pardonné son soutien à l’opposition syrienne et encore moins son appel incessant à la chute du régime Assad. Riyad n’avait pas passé l’éponge de son côté au président turc pour sa condamnation ferme et répétée du régime militaire cairote et de son chef putschiste Sissi qualifié par lui de ''tyran'', provoquant l’ire du Caire et la convocation à son ministère des affaires étrangères de son chargé d’affaires. Tel Aviv non plus n’avait apprécié ni son soutien aux Palestiniens, ni ses reproches au gouvernement Netanyahou et encore moins ses critiques acerbes des massacres de la bande de Gaza l’été dernier.

Ces différentes puissances avaient donc tout intérêt à ne pas voir la Turquie siéger au Conseil de sécurité.

***

La Turquie a donc été écartée du Conseil de sécurité au profit de l’Espagne. Un revers pour Ankara et un camouflet pour le président Erdogan. Mais, cela inciterait-il ce dernier à changer de politique étrangère, entre autres, dans le dossier de l’EI? Certains aimeraient voir un présage allant dans ce sens dans la promesse faite aujourd’hui par Ankara d’aider les combattants kurdes à empêcher la chute de la ville syrienne de Kobane entre les mains du groupe extrémiste armé. Mais, c'est encore trop tôt pour le dire. Puis, le bouillonnant Grand-Turc nous a habitués ces derniers temps à des revirements époustouflants.

21 octobre 2014



* Le Conseil de sécurité des Nations unies/ www.un.org


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Enhaili, Aziz
By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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