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Il existe en chaque Libanais un désir d’harmonie

Il existe en chaque Libanais un désir d’harmonie qui doit sans doute remonter aux temps bibliques, nous dit Maurice Élia. Les habitants du pays qui a vu naître le premier livre vont toujours proclamer haut et fort qu’ils existent, qu’ils sont forts, inébranlables et toujours ouverts à toutes les cultures.

Bien connu des milieux cinématographiques montréalais, Maurice Elia est l’auteur de cinq romans tous publiés à Montréal. Dernier Tango à Beyrouth (Orizons/L’Harmattan, Paris, 2008) est son premier ouvrage publié en France. Il sera lancé à Paris le 23 octobre prochain.

Dernier Tango à Beyrouth, votre nouveau roman, se démarque des précédents par son sujet certes, mais aussi par son contenu et ses personnages.

C’est vrai. Mais je dois vous dire tout de suite que, pour la première fois, je m’attaque à un sujet personnel, à une histoire que j’ai en grande partie vécue moi-même. Mes autres romans, tous des fictions totales, racontaient des histoires inventées, basées sur des expériences cueillies parmi les gens de mon entourage, dans les livres que j’avais lus, dans les films que j’avais vus. Dans mon avant-dernier roman, Flashback Love, je m’attachais à raconter une histoire linéaire avec tous ses petits soubresauts et ses aventures hors du commun. C’était une sorte de pause après les récits plus sérieux, parfois plus sombres de mes livres précédents.


Et ici, avec Dernier Tango à Beyrouth ?

Cette fois-ci, tout a changé. Je me suis replongé dans le Liban de mon adolescence, dans le pays qui m’avait accueilli après notre départ d’Égypte, mes parents et moi, alors que je n’avais que douze ans. Les dix ans que j’ai passés au Liban ont été, comme on dit, des années de formation, mais aussi de découverte : la fin du lycée, les premières années universitaires, les premiers emplois, les premières relations amoureuses.

Le Liban que vous décrivez dans votre ouvrage est bien différent de celui dont on parle dans les journaux aujourd’hui.

Je crois qu’en grande partie, le Liban que je décris n’existe plus. Les différentes communautés vivaient dans un état de concorde constante. Mais il s’agissait d’une paix diffuse. Vers le milieu des années 60, le pays se trouvait à un tournant. Pas nécessairement un tournant historique, mais on sentait que quelque chose allait arriver. La tolérance généralisée dont se glorifiait le pays semblait subrepticement se transformer en une intolérance diffuse. Cependant, les gens restaient les mêmes et le Liban restait toujours la Suisse du Moyen-Orient. L’entente entre les communautés était citée en exemple à travers la région – ce qui, je pense, a commencé à soulever certaines jalousies dans les pays avoisinants.

Et la communauté juive, dans tout cela ? La communauté à laquelle vous apparteniez ?

Vous savez, au Liban – et je dirais même jusqu’aujourd’hui, du moins dans certains cercles – le Juif libanais aime se proclamer Libanais avant de se dire Juif. Ce pays fait partie de ceux auxquels on s’attache. Bien entendu, on vous dira que les temps ont changé et que, depuis quelques décennies, le Liban est devenu la terre où on s’entretue, où les valeurs ne veulent plus rien dire. C’est faux, et je dis cela en tout honnêteté : il existe en chaque Libanais un désir d’harmonie qui doit sans doute remonter aux temps bibliques. Les habitants du pays qui a vu naître le premier livre vont toujours proclamer haut et fort qu’ils existent, qu’ils sont forts, inébranlables et toujours ouverts à toutes les cultures.

Votre héros, Jacques Sasson, c’est finalement vous-même ?

Bien entendu, Maurice Elia et Jacques Sasson ne font qu’un. Mais les aventures de Jacques Sasson ne sont pas toujours, et pas nécessairement, celles de son créateur. Et Dernier Tango à Beyrouth est un roman. Je m’explique. J’ai vécu la vie de mon héros, j’ai rencontré les mêmes gens, aimé les mêmes filles que lui, tenté de modeler ma vie comme il a modelé la sienne. J’ai suivi les mêmes cours que lui à l’université, enseigné à la même école, écrit dans le même quotidien. Cependant, malgré tout, comme on le fait couramment en littérature, l’écrivain d’aujourd’hui s’est permis de jouer avec chacune de ses créatures, la dotant d’une personnalité ou d’un caractère pêché chez une multitude de gens. La Rina du roman, par exemple, ressemble à la Rina de la vraie vie mais je lui ai ajouté des caractéristiques, des actions, que l’originale ne possédait pas – mais qu’elle aurait pu tout aussi bien posséder. J’ai par contre essayé de peindre d’autres personnages (tous les noms véritables ont été changés, à part quelques-uns) tels qu’ils étaient : les parents de Jacques étaient mes parents, ses professeurs mes professeurs, ses collègues mes collègues.

Le cinéma, comme d’habitude dans vos romans, est toujours là…

Le cinéma a toujours fait partie de ma vie. Il était donc impensable qu’il ne joue pas de rôle dans le seul de mes ouvrages qui soit plus ou moins autobiographique. À Beyrouth, comme Jacques Sasson, je tenais une chronique hebdomadaire sur le Septième Art dans un quotidien de la ville et je participais aux émissions culturelles en langue française de Radio Liban.

Pensez-vous avoir réussi à vous décrire tel que vous étiez à cette époque ?

Vous savez, j’ai conservé des tas de documents sur cette époque-là, ainsi que mes propres journaux intimes, très utiles pour les dates. Les événements décrits dans ces pages sont parfois reproduits textuellement dans Dernier Tango à Beyrouth. Elles racontent le garçon frustré, maladroit, mal dans sa peau, qui se métamorphose lentement en un jeune homme plus ou moins conscient de sa place dans l’univers. La transformation se fait dans les derniers mois de son séjour : il prend conscience de la beauté de son pays parce qu’il a l’occasion de le parcourir en voiture, il prend aussi conscience de l’intensité de l’amour qui le lie à une jeune femme. Et tout à coup, il ne veut plus partir pour le Canada, vers ce pays dont on lui a tant vanté les qualités et vers lequel se sont dirigés plusieurs de ses coreligionnaires.

Le message, finalement, de votre livre…

Il n’est pas nouveau. C’est celui qui existe dans tous mes autres bouquins, je crois. Dans mon esprit, l’homme contemporain se doit d’adopter une philosophie d’existence qui fait de lui un révolutionnaire sans étendard, une sorte de hippie décalé qui ne devrait jamais s’empêcher de continuer à se battre contre toutes les règles strictes et les conformismes de société. Jacques Sasson, en compagnie d’Ariane, s’en prend aux modes. Il proclame que s’intégrer, c’est se désintégrer. Il croit néanmoins que les aspirations de l’être humain, les élans de la nature sont incompatibles avec tout système de normes quel qu’il soit. On ne le chasse pas de son pays, c’est lui qui décide de partir. En 1967, il est sans doute trop jeune pour se rendre compte de son choix d’existence. Il suit le courant, espérant peut-être que la quête constante de la découverte continuera de l’habiter. Et – j’en suis persuadé – c’est le Liban et ses habitants qui le lui auront appris.
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Maurice Elia a été professeur de français au Collège Dawson, à Montréal. Auteur d’une importante étude sur le cinéma américain, il a été rédacteur en chef de la revue de cinéma Séquences et occupe en ce moment un poste de rédacteur et de documentaliste pour diverses stations de télévision. Il s’est lancé dans la fiction en 1988 avec un recueil de nouvelles, L’homme des plages. Cinq romans ont suivi, tous publiés à Montréal : Sur l’écran noir de mes nuits blanches (1990), Lunes bleues d’Alexandrie (1997), L’embrasseuse (2000), Les films d’Aurélie (2004) et Flashback Love (2007), tous publiés à Montréal. Dernier Tango à Beyrouth (Orizons/L’Harmattan, Paris, 2008), son premier ouvrage publié en France, sera lancé à Paris le 23 octobre prochain.
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Entrevue réalisée par la rédaction.


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Il y a actuellement 7 réactions.

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Felicitations
par Dani Bazbaz le 1 octobre 2008

 

Bravo et Bonne Année... C'est qui Rina?

dani

 

J’ai hâte...
par shella ch le 3 octobre 2008

J’ai hâte de revivre les années de notre jeunesse au Liban. Émotivement je me sens en rupture avec mon passé, car le Liban que nous avons connu n’est plus, les quartiers et les rues où nous avons vécu ont été rasés ou reconstruits, les diverses communautés que nous avons fréquentées ont disparu, nos anciens camarades parsemés


Merci de partager autant de souvenirs avec les nombreux « déracinés émotifs » que nous sommes devenus.


shella

 

à travers les continents.

Chroniqueur
par Alberto delBurgo le 10 octobre 2008

J'ai hâte de te lire (et de compter les ;)!!!

Ce sera surement un événement et tout le monde tentera de deviner les clefs du roman.  Le jeu est déjà commencé!

Dernier tango à Beyrouth
par Maurice Chalom le 14 octobre 2008

 

L,entevue accordée à Toérance .ca par maurice (Moussi) Elia, me donne non seulement le goût de lire son dernie roman, mais également d'aller visistece Beyrouth de la tolérance tel que décrit par l'auteur. Société perdue à tout jamais ? Merci à maurice Elia de faire revivre pour nous SON Liban et de nous le faire partager.

Maurice Chalom

Entrevue sur le dernier tango à Beyrouth
par deborah chalom le 16 octobre 2008

Bien heureuse de savoir que ton dernier livre nous amène à Beyrouth. J'ai hâte de te lire. L'entrevue m'a donnée l'envie de découvrir TON Beyrouth d'hier et d'aujourd'hui !

Deborah Chalom

C'est beau de rever...
par jacques romano le 23 décembre 2008

La realite ,c'est q'on est libanais avant d'etre juifs.....domage que les libanais ne nous voit pas de meme...

Derniere symphonie a Beyrouth
par Fortunee Szpiro le 22 janvier 2009

Je viens de finir de lire Le Dernier tango a Beyrouth que j'ai trouve passionnant. D'un cote une tres belle histoire d'amour en fait la premiere qui est toujours inoubliable, bouleversante et la plus belle! La veritable symphonie comme tu l'a nommee si bien, je trouve. D'ailleurs, on aurait pu donner comme titre au livre la derniere symphonie a Beyrouth! Ce n'est pas un reproche! juste une possibilite qui m'est venue a l'esprit quand tu as utilise ce terme pour decrire cette premiere relation, merveilleuse et unique.  
 
 Ensuite, il y a tous les elements relies a la vie des juifs au Liban .  Il y a aussi les relations typiques au sein de la communaute juive, entre les juifs et les chretiens et les musulmans que tu effleures, les relations  entre les parents et leurs enfants adolescents et tous les problemes de leur incomprehension de nos envies et de nos besoins!

Ce livre est merveilleux, se lit d'un trait et nous fait revivre des moments d'un amour que chacun de nous a vecu d'une maniere ou d'une autre avec plus ou moins autant d'intensite et de fragilite!

 

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