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Irak: L’offre d’amnistie partielle de Nouri ou le poker menteur de Maliki

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La survie de l’Irak dans ses frontières actuelles est plus que jamais compromise. Au lieu de tenter de trouver une adéquate formule politique de sortie de crise et sauver ainsi le pays de la partition, le leadership chiite n'arrive pas à contenir ses démons intérieurs. Et à son corps défendant, il privilégie la fuite en avant.

En Irak, l’impasse politique est totale! Une situation qui nourrit instabilité et violence. Le cumulard des fonctions de premier ministre, de chef des armées et de ministre de la défense se préoccupe davantage de son avenir politique que de l’intérêt national de son peuple. Les Kurdes d’Irak ont profité de la débandade de l’armée irakienne le 10 juin dernier pour faire un pas de plus vers leur indépendance. Des Arabes sunnites ont conclu une alliance de circonstance avec l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) et lui ont facilité le contrôle de larges zones au nord et à l’ouest de Bagdad. Pour marquer le coup symbolique, l’EIIL a décrété le Califat islamique et intronisé son chef Abou Bakr Al-Baghdadi ''émir'' de tous les musulmans à travers le monde.

Diviser pour mieux contenir l'avancée des ennemis sunnites

Sentant l’urgence de la situation, plusieurs voix en Irak et à l’étranger ont demandé à M. Maliki de mettre en place un cabinet incluant les Sunnites. Mais, c’était sans compter avec son sectarisme et ses réflexes autoritaires et agressifs.

C’est cette attitude qui, en partie, explique l’échec le 1er juillet de la session inaugurale du parlement élu le 30 avril dernier, pourtant cruciale pour former un gouvernement appelé de tous leurs vœux, entre autres, par les États-Unis, la France, l’Iran, l’ONU et l’ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité chiite en Irak, et sortir ainsi le pays de cette crise majeure. Sur 328 élus, 255 étaient présents au moment de l’ouverture des travaux de l’Assemblée. Mais, 90 représentants ont profité de la pause pour quitter les lieux. Privant ainsi leurs collègues du quorum et obligeant leur président d’ajourner à une semaine plus tard l’assemblée.

Les représentants sunnites et kurdes imputent depuis plusieurs années à M. Maliki la responsabilité de la situation dans laquelle se trouve le pays et voudraient par conséquent voir un autre leader chiite devenir leur prochain premier ministre. Même si le parti de M. Maliki, l’État de droit, n’a pas la majorité à lui seul, cela ne l’empêche pas, ainsi que sa coalition chiite, de vouloir le garder à son poste. L’incapacité des députés présents à l’Assemblée à s’entendre sur le choix du prochain premier ministre est donc au cœur de leur mésentente. C’est dire l’étendue de la crise de confiance entre plusieurs factions de l’élite politique et le leader chiite d’un côté, et la faible prise de conscience par ce dernier de l’état gravissime de la crise dans laquelle se trouve son pays, de l’autre.

Conformément à l’annonce faite à la télévision ce mercredi 2 juillet par M. Maliki, bénéficiera de son amnistie partielle toute personne issue d'une tribu arabe sunnite, qui est ''impliquée dans des actes contre l’État'' et qui a ''repris ses esprits''. Autrement dit: tout Arabe sunnite qui a non seulement déposé les armes, mais également rompu tout lien avec l’EIIL. Mais, cette offre comporte un élément incongru et qui la vide de sa substance: elle ne s’appliquera pas à tous ceux qui ''ont tué et répandu le sang (des forces de sécurité)''! Peut-on vraiment en même temps porter les armes contre l’État et ne pas répandre le sang d’une partie de ses agents? Comment peut-on y arriver? M. Maliki imagine-t-il ces rebelles sunnites en combattants de parade?

Venant d’un homme qui a poussé la politique confessionnelle au-delà de ce qu’avaient imaginé initialement ses protecteurs américains, cette offre fait tâche et ne peut que surprendre tout observateur attentif des questions irakiennes. Et sa bonne foi devra elle aussi être mise en doute. Et pour cause!

Comme on l’a vu ci-dessus et analysé dans deux chroniques précédentes, si l’EIIL a réussi en peu de temps à conquérir des pans entiers du territoire irakien et à pousser l’armée à battre en retraite, c’est principalement dû à son alliance circonstancielle avec des chefs de tribus arabes sunnites brimées, combattues et marginalisées depuis 2006 par un Maliki revanchard et plus à l’aise dans le rôle de chef des chiites irakiens que dans celui de premier ministre de tous les Irakiens.

M. Maliki doit savoir mieux que quiconque ce fait.

Son calcul est simple: pour pouvoir arrêter net la progression des combattants de l’EIIL, rien de mieux que de faire voler en éclats son alliance circonstancielle avec ses alliés irakiens. Comment? En offrant à ces derniers une amnistie partielle. Cette annonce est censée également lui permettre de gagner du temps en attendant de voir ce qui reste de son armée, épaulée par des miliciens chiites encadrés par des instructeurs de la force Qods, une unité d’élite des Gardiens iraniens de la révolution, et appuyée par 300 conseillers militaires dépêchés sur place par Barack Obama, se remobiliser et reprendre le terrain perdu aux mains des insurgés de l’EIIL. Cette offre est enfin censée  lui permettre de soigner son image et de se donner les apparences d’un homme d’ouverture et de compromis, lui le politique sectaire.

***

Nouri Al-Maliki persiste et signe. Au lieu de prendre la mesure de la gravité du moment que traverse son pays et d’agir en conséquence, il préfère visiblement la fuite en avant. Pourtant, la situation ne peut se permettre le moindre coup de bluff! Les Kurdes d’Irak ont déjà annoncé la couleur. Ils ont non seulement mis à profit la débandade des soldats irakiens et annexé au Kurdistan autonome, entre autres, la ville pétrolière de Kirkuk, mais également annoncé leur intention de tenir prochainement un référendum d’autodétermination, malgré l’opposition de Bagdad. Les Arabes sunnites ne veulent aucunement voir l’homme des Iraniens à Bagdad demeurer au pouvoir. Mais, celui-ci et ses alliés n’en ont cure et jouent l’effet de montre en espérant que cela tourne en leur faveur. Pendant ce temps, la partition du pays en trois entités (chiite, sunnite et kurde) devient de plus en plus une réalité tangible sur le terrain.

2 juillet 2014



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By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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