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Salaheddine Mezouar au cœur du nouvel incident diplomatique entre Rabat et Paris

(French version only)
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La gauche au pouvoir en France a rarement réussi à la monarchie marocaine. Notre ami le roi est passé par là… Son successeur assiste depuis plusieurs semaines à l'accumulation d'incidents diplomatiques entre son pays et la France. Tout un contraste avec les débuts de son règne.

Actuellement, les relations diplomatiques entre le Maroc et la France traversent une zone de turbulence. Elles sont loin pour le moment de se conjuguer à la formule chiraquienne ''Majesté, je dois beaucoup à votre père''! Les incidents entre les deux pays s’accumulent. Le dernier en date est survenu cette semaine.

La fouille policière des affaires du ministre Salaheddine Mezouar

Le ministre marocain des affaires étrangères a passé deux jours à La Haye pour participer aux travaux du Sommet international sur la sécurité nucléaire. Sur le chemin de retour dans son pays, Salaheddine Mezouar a fait escale à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Au lieu d’être escorté à la salle d’attente réservée aux personnalités et recevoir le traitement de prestige auquel il croyait avoir droit, il a eu droit à un contrôle policier en règle. Comme s’il s’agissait d’un simple touriste étranger. Tout y est passé au crible cette journée du 26 mars. Sa veste, ses chaussures, ses chaussettes, sa ceinture, sa valise. Des détails révélés deux jours plus tard par des titres de la presse marocaine. Ni son passeport diplomatique ni son rang ministériel ne lui ont été à cette occasion de la moindre utilité pour lui éviter ce qui a l’air d’une humiliation. Notons à cette occasion que ces fouilles contreviennent à la disposition d’immunité du personnel diplomatique de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques (Art. 40, alinéa 1).

Le porte-parole du Quai d’Orsay Romain Nadal a indiqué vendredi dans son point de presse que le ministre français des affaires étrangères Fabius a appelé son homologue marocain pour ''lui transmettre les excuses des autorités françaises pour le désagrément qui lui a été occasionné''. Et de rassurer tout dignitaire étranger qui se rendrait en France: ''tout (sera, ndlr) mis en œuvre pour faire strictement respecter, dans les aéroports français, les règles et usages diplomatiques s'appliquant aux ministres des affaires étrangères comme aux chefs d'État et de gouvernement étrangers.'' (1)

Le chef de l’UMP Jean-François Copé s’est invité dans la mêlée pour exprimer ''stupeur'' et ''incompréhension'' vis-à-vis de ce nouvel incident diplomatique. Il a également invité les autorités de son pays à faire ''toute la lumière'' sur ce qui s’est passé. Tout en rappelant à ses adversaires socialistes les ''liens d’amitié profonds et indéfectibles'' liant les deux pays. Un geste qui n'est certes pas passé inaperçu à Rabat.

Relations franco-marocaines tendues

Cet incident s’est inscrit dans la trame de fond de relations diplomatiques bilatérales encore crispées. Ni l’appel fait par le président Hollande à Mohamed VI ni plusieurs gestes d'apaisement de membres de son gouvernement n’ont réussi encore à calmer les esprits à Rabat. Au cœur du contentieux se nichent trois plaintes pour torture déposées, il y a un mois, devant la justice française, par des ressortissants marocains (Zakaria Moumni, Ennaâma Asfari et Adil Lamtalsi) contre leur compatriote et chef des services secrets Abdellatif Hammouchi.

Rabat a rejeté du revers de la main ces accusations et défendu bec et angle la réputation de son espion en chef. Puis, les rétorsions n’ont pas attendu longtemps avant de tomber. Elle a dans un premier temps suspendu sa coopération judiciaire avec Paris. Coopération que cette dernière souhaiterait reprendre rapidement Elle a ensuite, au cours de cette semaine, annoncé avoir à son tour engagé des poursuites judiciaires en France contre les trois auteurs de plaintes pour torture. (2)

***

L’incident de l’aéroport parisien apporte de l’eau au moulin de relations diplomatiques bilatérales largement tendues. Rien n’indique que la partie marocaine reviendrait à de bons sentiments si les poursuites judiciaires pour torture allaient jusqu’à leur terme. La procédure contre l'espion en chef marocain est en soi un camouflet pour un régime autoritaire qui s’est efforcé de se donner sur la scène internationale des apparences de respectabilité en matière des droits humains, des apparences écornées par différents rapports d’organisations non gouvernementales marocaines et internationales portant sur ce sujet.

29 mars 2014



1) Cf. www.diplomatie.gouv.fr

2) Cf. Dépêche de l’AFP, 25 mars. 2014


* http://www.diplomatie.ma/LeMinist%C3%A8re.aspx


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By Aziz Enhaili

Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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