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Triptyque de Rabat : Abdelkebir KHATIBI fait danser la langue française

De Marrakech à Rabat et d’Agdal aux Oudayas, Abdelkebir KHATIBI fait danser la langue française. Les lieux de ce triptyque racontent une réalité conjuguée au souvenir qui ne cesse de ressusciter le fantasme.

Ainsi, la phobie de l’apparition de Nafissa habite Idris à tel point que son jaillissement lui fait perdre son sens de responsabilité. Pire, quand l’illusion et l’allusion s’acharnent sur Idris, le risque corporel atteint le summum. Heureusement que la réalité à laquelle il ne peut plus revenir, surtout quand elle annonce la venue du mirage, lui fait, ne serait-ce que provisoirement, oublier cet amour dont il lui est difficile de se détacher.

Ce roman est un voyage où le temps et l’espace se formulent intelligemment avec un langage empreint de finesse.

Le triptyque de Rabat n’est en quelque sorte, selon ma modeste lecture, qu’un labyrinthe dans lequel Idris s’est perdu physiquement  et  que l’écriture a retrouvé. Comment Nafissa a contribué à ce parcours qui manque de processus ? S’il y a un personnage transversal aux treize chapitres du roman, c’est bien celui de Nafissa. Du coup, il est à mon avis difficile d’élaborer un cheminement dans ce roman, car dès que l’on sent que notre déception allait peut-être se dissiper, en s’identifiant aux personnages labyrinthiques, le surgissement de Nafissa perturbe le fil conducteur et aiguise l’appétit du questionnement. Nafissa, à part les autres acteurs impliqués dans
l’enrichissement du contraste, mérite, elle seule, de faire l’objet d’un suivi.

Plus on vieillit, plus on rive à droite. C’est ce qu’Emmanuel Todd disait. Ce constat, s’applique t-il sur le personnage d’ Idris ? La logique diffère de la réalité dans la mesure où cette illusion au sein de laquelle ce personnage a évolué, échappe à une lecture guidée par une projection réductible. S’agit-il d’un revirement ? Idris ne s’est pas approprié son destin pour se faire une autonomie. Autrement dit, lui qui est habité par l ‘imprévisible dont Nafissa est la première signataire, ne dispose que de l’angoisse pour justifier notre déception par le biais  du délire formulé en questions. Ces mendiants  de toutes sortes qui vous arrêtent, vous touchent en priant sur votre tête, vos yeux, vos mains figées. Il faut qu’ils témoignent sur quoi ? Sur la survie. Voire ! Fantômes ou revenants entre les mains des nantis, seront-ils toujours entretenus par le culte des morts, devant la coupole des Marabouts ? Car qui périt dans le dénuement  a peu de poids sur la terre et sous elle. (2)

Idris est un mensonge existentiel. Ses questions trompent le lecteur lorsque son regret se transforme en points d’interrogation. L’histoire n’est plus qu’un refuge que seul l’océan peut lui accorder. Car son voyage immobile trahit celle qui lui a fertilisé l’imaginaire. Nafissa n’est plus, tandis qu’ Idris a pactisé enquête du bonheur. Le militantisme est conjugué au passé simple. Du coup, le temps des rêveries est converti en projet. Fini donc l’illusion que la présence de Nafissa alimentait. Dorénavant, on a affaire à un haut responsable chargé de la réforme de l’administration au ministère dont le ministre est sans portefeuilles.

Fraîchement nommé, Idris s’adapte facilement au langage diplomatique accompagné de cocktails offerts dans les jardins de villas du haut Agdal. Il veut vivre sa vie loin de la poésie que ses anciens amis ont composée sous forme de maximes. Il faut être pragmatique. L’utopie et le nihilisme ne servent plus à rien. Se questionner n’engendre que la conscience misérable. Pour qui réfléchir et s’interroger alors que l’opportunité est là ? Il suffit simplement de la saisir. Idris intègre une nouvelle ère l’obligeant à picorer son identité initiale sous le regard du faucon magique.
Élise peut ouvrir d’autres horizons que Nafissa a noircis à cause du partage des problèmes qu’une société déformée a engendrés. Auparavant, Idris n’avait jamais rêvé de voyager au pays de l’oncle Sam. Maintenant qu’il s’est sympathisé avec l’épouse du diplomate, en plus de son nouveau statu, Idris peut facilement changer de couleur tel un caméléon acculturé. Il n’a jamais imaginé qu’il allait bouger assis, à gauche et à droite, dans un fauteuil de cuire. Pourtant, il ne sent pas à l’aise. L’aire océanique et l’odeur des épices dont Idris se souvient, éveillent en lui des souvenirs emballés de blâmes, adressés à ce lui qui a trahi la cause.

L’histoire d’Idris Abdel Kebir Khatibi l’a résumée à la fin du roman, en deux phrases.  Idris est une tache, une image  dans cette carte, ce nouvel ordre. Saura-t-il déchiffrer cette histoire où ce sont les lecteurs qui sont pris pour personnages ?  (3)

Notes
(1)       Abdelkebir KHATIBI, Triptyque de Rabat, Roman, Editions OKAD 2007.
(2)     Triptyque de Rabat. Page 11
(3)     Triptyque de Rabat. Page 139

26 septembre 2013
 



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Il y a actuellement 1 réaction.

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Idris, un simulacre familier.
par Fouad ALMARSAWI le 30 septembre 2013

Merci si-Abdelmajid pour ce précieux partage qui de belle façon, nous fait revisiter Abdelkebir Khatibi, le forgeron de nos signes en mal d'insigne, malgré ses dépouillements de cette bipolaire appartenance en déshérence. Et nombreux, et de plus en plus, sont ces Idris qui portent la trace de servitudes égotiques, impensées, par trop d’arrogantes inversions des versets de l'altérité.

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Chronique
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La Chronique d'Abdelmajid BAROUDI
par Abdelmajid BAROUDI

Collaborateur résidant au Maroc.

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