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Égypte: Nomination confuse d’un exécutif de transition

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Sur fond de violence entre anti et pro-Morsi, président islamiste destitué par un coup militaire, l’Égypte nage en pleine confusion. Et des rumeurs. Dans l’attente angoissée de l’annonce de la formation d’un exécutif de transition en bonne et due forme.

Depuis la destitution, le mercredi 3 juillet, de Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans et premier président démocratiquement élu de l’histoire de l’Égypte, par un coup militaire, deux ''camps'' se font face. Les opposants aux islamistes ont installé leur quartier général sur la mythique Place (maydan) Tahrir. Les islamistes le leur sur la place Rabia Al-Adaouia. Aux démonstrations de force des deux camps ont succédé, le vendredi 5 juillet, des heurts d’une rare violence. Faisant une dizaine de morts et 300 blessés. Les partisans du président islamiste déchu demandent, entre autres, sa libération et son retour au palais Al-Itihadiya (siège de la présidence). Ses adversaires s’y opposent fermement. Pour forcer la main au Conseil suprême des forces armées, les partisans de M. Morsi ont promis le maintien de leur mobilisation dans la rue. Comme si cela n’était pas suffisant, le 7 juillet, le chef du réseau terroriste international Al-Qaïda Ayman Al-Zawahiri (Dhawahiri) a appelé les islamistes à faire couler le sang en guise de rétorsion contre le geste de l’armée. Sa façade politique, Ansar Al-Charia, a dans ce contexte ouvert un chapitre en Égypte. S’ajoutant à ceux notamment de Libye, de Tunisie et de Mauritanie. Elle a menacé de plonger le pays dans le terrorisme. Même le prédicateur cathodique vedette du réseau Al-Jazira et Frère musulman Youssef Al-Qaradawi n’a pas pu s’empêcher, à partir du Qatar, lieu de sa résidence, de délivrer une fatwa déclarant ''invalide'' la destitution du président Morsi et appelant tous à le rétablir dans ses fonctions. Une déclaration qui n’a pas plu aux autorités d’Al-Azhar. De leur côté, la Gamaa islamiya (Groupe islamique) et son bras politique Parti de la construction et du développement ont invité le président intérimaire Adly Mansour à démissionner de son poste pour, ont-ils déclaré, sauvegarder le pays et lui éviter des conflits dangereux.

C’est dans ce contexte inflammable qu’est survenue, le lundi 8 juillet, la tentation musclée de prise du siège cairote de la Garde républicaine par des partisans du président déchu. Les tirs de l’armée se sont soldés par la mort de 51 manifestants. Sans oublier les 322 blessés. L’armée a compté dans ses rangs 2 morts et 6 blessés. Le nombre des victimes au sein des militaires montre que les partisans du président islamistes n'étaient pas en reste.

Abdel Fattah Al-Sissi cherche Premier ministre désespérément

Le chef du conseil suprême des forces armées, le général Abdel Fattah Al Sissi, a destitué le président Morsi et nommé à sa place Adly Mansour comme président par intérim. Il a également suspendu la Constitution et dissous la Chambre haute dominée par les islamistes. Lançant une transition d’un an. En principe...

Pour tourner la page Morsi le plus tôt possible, l’armée savait l’importance de combler le vide politique laissé par la destitution du président islamiste. C’est pourquoi le président intérimaire a engagé des négociations, tour à tour, avec différents acteurs politiques pour compléter la formation d’un exécutif de transition.

C’est dans ce contexte instable que M. Mansour a mené des tractations avec différents acteurs politiques. Avec une règle non écrite: ne pas s’aliéner l’appui des alliés salafistes du parti Nour, deuxième formation islamiste après les Frères musulmans au parlement. Faisant d’eux de facto des faiseurs de Premiers ministres de transition. D’ailleurs, deux pressentis pour la charge en ont fait les frais.

Le samedi 6 juillet, on donnait Mohamed El-Baradeï (71 ans) Premier ministre intérimaire. Pour rappel, c’est le prix Nobel de la paix (2005) et ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (entre 1997 et 2009). Après une longue absence, il est rentré dans son pays en 2010. Son opposition au régime Moubarak en a fait sa bête noire et cultivé sa notoriété parmi la jeunesse révolutionnaire. Il a soutenu la révolution du 25 janvier. Après la chute du dernier raïs, il s’est graduellement mué en opposant farouche au président Morsi et a fini par demander son départ et la tenue d’élection présidentielle anticipée. Devenant au passage une figure incontournable du ''camp'' laïc et libéral et le premier ministrable de Tamarod, mouvement d’opposition au président déchu.

Mais, en raison de l’opposition du parti Nour à sa nomination, le président de transition l'a écarté.

Le lendemain, le nom de l’avocat d’affaires Ziad Bahaa Eldin (48 ans) a circulé comme éventuel Premier ministre. Mais, encore une fois, le parti salafiste a avorté cette ambition. Pour rappel, M. Bahaa Eldin est un technocrate qui a dirigé plusieurs institutions économiques et financière égyptiennes. Il est dirigeant du Parti social-démocrate égyptien.

Il a fallu attendre le mardi 9 juillet, soit six jours après le coup militaire, pour que soit enfin annoncée la nomination d’un Premier ministre de transition.

Hazem El-Bablaoui (77 ans) est économiste libéral. Après avoir mené une longue carrière de professeur, de banquier en Égypte et à l’étranger, de commissaire à l’ONU (Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale) et de conseiller du Fonds monétaire arabe, Essam Charaf en a fait en 2011, après la chute de Moubarak, son vice-Premier ministre et ministre des finances. Quelque mois plus tard, un changement de gouvernement lui a permis de quitter enfin ses fonctions.

Pour ne pas s’attirer les foudres du mouvement Tamarod, Adly Mansour a fait de M. Baradeï un vice-président chargé des affaires étrangères.

Cette fois, le parti Al-Nour n’a pas opposé son veto à la nomination de M. Bablaoui.

Si le Conseil suprême des forces armées a tenu à ce que les salafistes du parti Al-Nour soient satisfaits, c’est, entre autres, pour diviser le camp islamiste et apporter une caution ''islamiste'' aux anti-Morsi. Rappelons-nous que c’est le seul parti islamiste qui participe au choix d’un nouveau exécutif de transition qui a du mal à se mettre en place et donc à fonctionner correctement.

***

Une fois la formation du gouvernement de transition sera complétée, le nouveau exécutif aura à naviguer dans une mer plus agitée que jamais. À une situation économique désastreuse s’ajoutent les casse-têtes politique et sécuritaire. Mais, peu importe ce que les uns et les autres peuvent penser des Frères musulmans, une chose est sûre: la démocratisation et la pacification de l’Égypte ne peuvent se faire au prix de leur mise à l’écart purement et simplement. Leur éradication ne saurait être une option. D’ailleurs, la déclaration de M. Beblaoui, ce jeudi, à l’effet qu’il n’excluait pas la participation de Frères musulmans dans son gouvernement de transition est un geste d’apaisement. Sera-t-il entendu? Jusqu’à quel point? Les Frères musulmans attraperont-ils la perche tendue vers eux? Le pourront-ils? Ou se contenteront-ils de s'y refuser au nom de l'attachement à la rhétorique de la ''légitimité constitutionnelle'' du président islamiste déchu?

11 juillet 2013



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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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