Tolerance.ca
Directeur / Éditeur: Victor Teboul, Ph.D.
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Dans la lutte étudiante, des silences suspects...

Partagez cet article

par le Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal (ROCFM)

Dans le débat public actuel sur les enjeux soulevés par la lutte étudiante, nous nous étonnons du silence de certains « grands citoyens » qui, par ailleurs, ne se gênent pas pour exprimer leurs intérêts quant à l’avenir des enfants et à imposer leurs idées sur l’éducation.

Nous pensons d’abord à Monsieur Jacques Ménard, président de BMO groupe financier, la Banque de Montréal. En mars 2009, M. Ménard nous présentait son rapport sur la persévérance scolaire, Savoir pour pouvoir. Présenté comme une initiative citoyenne soutenue dans sa réalisation (recherche, analyse et recommandations) par la firme Mckinsey (une firme de conseil en gestion présente dans plus de 50 pays, la même firme qui a eu un contrat sans appel d’offres de la Caisse de dépôt de 10 million $), ce rapport soutient que, pour sortir les enfants de la pauvreté, de l’exclusion et de la marginalité, il nous faille soutenir la persévérance scolaire. « La poursuite de la formation académique rend légitimes leurs plus grandes aspirations, tous ces « possibles » qui sommeillent en eux… ».

Comment expliquer que M. Ménard ne prenne pas une parole citoyenne pour appuyer haut et fort les étudiantes et les étudiants dans leur lutte pour la formation académique par l’accessibilité et la gratuité scolaire? Fallait-il comprendre à la lecture de son rapport que la persévérance doit s’arrêter au diplôme d’études secondaires, suffisant pour produire de la main d’oeuvre bon marché et qu’au-delà, il y a danger de former des citoyen(ne)s trop émancipé(e)s? Peut-être que la perspective d’un endettement accru des étudiant(e)s met le citoyen Ménard en conflit d’intérêt avec le président de la Banque de Montréal?

Nous pensons également à la Fondation Lucie et André Chagnon qui a vu le jour à l’aube des années 2000. C’est accompagnée par, Oh! surprise!, la même firme McKinsey, qu’elle déterminera les grandes orientations et la cible de ses actions. Sa mission est noble et ambitieuse : la prévention de la pauvreté et de la maladie. Ses moyens le sont tout autant : la prévention précoce auprès des jeunes enfants (0-5 ans) et la promotion de saines habitudes de vie (0-17 ans). Les actions de la Fondation Chagnon témoignent d’ailleurs de la même obsession que M. Ménard pour la réussite éducative des enfants. « Nous entendons par réussite éducative le développement du plein potentiel de l’enfant, dès son plus jeune âge, afin que devenu adulte, il soit instruit, qualifié, habile socialement et qu’il privilégie des comportements sains » (source).

Au-delà des bonnes intentions, ce que propose essentiellement la Fondation Chagnon pour prévenir la pauvreté et la maladie, ce sont des changements dans les comportements individuels et non pas des mesures sociales plus larges. Dans la logique comptable de cet entrepreneur (il qualifie lui-même son action d’investissement social) faut-il plutôt comprendre que cet adulte qu’il projette dans l’avenir soit plutôt de l’ordre du bon citoyen fonctionnel, obéissant, peu coûteux pour l’État et surtout, qui assurera la pérennité de notre système capitaliste, producteur d’injustice? Sinon pourquoi se taire devant la volonté du gouvernement de hausser de la sorte les droits de scolarité en sachant que ce sera un frein pour l’accessibilité aux études supérieures, donc à la réussite éducative?

Devrait-on comprendre le silence actuel de ces « grands citoyens » par la non-nécessité pour eux de porter leur parole dans l’espace public puisqu’ils ont déjà une écoute privilégiée au sein du gouvernement, se traduisant par des partenariats publics-privés dans les choix d’investissement de l’État? Écoute dont ne bénéficie manifestement pas la classe étudiante.

Pour les parents du Québec, que leurs enfants aient 2 ans, 8 ans, 13 ans ou 20 ans, ils demeurent les mêmes enfants. Nos enfants ne sont pas des pots de yogourt avec une date de péremption. C’est tout au long de leur vie que nous les appuyons, les supportons, les encourageons, les aimons et sommes fiers d’eux. Face à l’attitude du gouvernement qui s’entête à les mépriser, à les délégitimer, à les infantiliser, à refuser le dialogue, nous ne resterons pas soumis, obéissants et silencieux. Nous sommes côte à côte, avec eux, dans la rue.

17 avril 2012



Réagissez à cet article !

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Votre nom :
Courriel
Titre :
Message :
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter