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Qu’est ce que la philosophie ?

La question qu’est ce que la philosophie ?  est posée par des penseurs dans le but de revalorisation du discours philosophique  soit en énumérant sa logique et sa manière de fonctionner, soit en lui attribuant la fonction qui lui convient par rapport à d’autres savoirs et en particulier le savoir scientifique.

C’est dans cette optique qu’il faut placer l’entreprise effectuée par Gille Deleuze et Guattari dans leur intéressant ouvrage : Qu’est ce que la philosophie ? Force est de constater que les deux auteurs  se sont penchés sur l’un des outils avec lequel la philosophie construit sa vision de soi  et du monde. C’est en créant le concept qu’elle procède à  aborder ses sujets.   Il s’ensuit que le concept philosophique selon Deleuze et Guattari par rapport à la science «  n’est pas  discursif, et la philosophie n’est pas une formation discursive, parce qu’elle n’enchaine pas des propositions. Il n’est pas propositionnel  et la proposition n’est jamais une intension ».

La philosophie a-t-elle encore un sens, à une époque où les disciplines  scientifiques  se sont multipliées  au-delà de la seule physique ou la métaphysique spéculative issue d’Aristote et du christianisme a fondé la philosophie moderne, où le rapport à l’action et au politique déborde le cadre de la morale ? Telle fut la question qui taraude Michel Meyer dans son livre; qu’est ce que la philosophie ?

Dans le chapitre dédié à la question ultime de la pensée, Michel Meyer évoque que malgré le développement de l’entreprise philosophique, celle-ci  ne s’est pas éloignée des thématiques sur lesquelles la philosophie grecque, Aristotélicienne, en l’occurrence  a brillement spéculées. La réflexivité qui n’est autre que la réflexion sur soi dont la notion de l’identité, constitue  le prolongement du projet formel et logique que Aristote a initié et que Descartes   par le biais du cogito a finalisé. Ceci dit, l’entreprise philosophique  de par sa dynamique de questionnement favorisant l’ouverture  sur d’autres perspectives de la pensée,  ne s’est pas bornée à soi dans sa portée  formelle. Du coup, le rapport au monde et à autrui s’est activé, sachant que ce genre de rapport était toujours, depuis les Grecs, représenté,  au début par la mythologie,  par une réponse ontologique  à l’étonnement en vue  d’un décodage  de cette mystérieuse relation : homme/nature.

Qu’est ce que la philosophie ? n’est en vérité  qu’une refonte des problématiques  autour de soi, l’autrui et du monde, sur lesquelles s’articule la réponse/la réflexion qu’apporte Michel Meyer à la question sus posée.  A partir de là, la réflexion  sur l’identité  ne doit pas être perçue  dans  la logique formelle qui met en exergue  la cohérence alimentée par le raisonnement. Elle est aussi selon Michel Meyer une problématisation de la survie. L’identité  se présente comme une transgression rationnelle  de la cohérence, du moment où elle opère une sortie  de soi vers le monde et autrui, laquelle sortie est contradictoire à la survie de la constante dans laquelle l’emprisonnait la cohérence formelle. On n’est plus dans un registre clos, hermétique qui condamne tout dérapage du système imposé par la logique. Le changement effectué par la réalité qui dicte ses contradictions met en cause une uniformité que seule la raison peut assimiler. Les divers goûts, plaisirs et besoins rattachant l’homme au monde et à  autrui exigent un remaniement de soi tel que l’identité au sens aristotélicienne l’a  construit.

Qu’est ce que la philosophie ?  est non seulement une déconstruction de la notion de l’identité, mais aussi une plaidoirie  pour la question : qu’est ce que l’homme ? contre les sciences humaines. Sur ce terrain, nombre de penseurs ont bataillé afin de  dévoiler que les sciences humaines  sont incapables d’entreprendre une synthèse sur les ramifications de la notion de l’Homme. Michel Meyer et Luc Ferry dans son livre : L’homme dieu, condamnent le complot contextuel dans lequel ces sciences humaines réduisent l’Homme et lui assignent des visions fragmentées et analytiques, dans le dut de détrôner la philosophie.

En revanche et pour rendre à la philosophie sa légitimité que les sciences humaines tentent de lui arracher en empruntant aux sciences  exactes une méthodologie pour  aboutir à un savoir  souvent loin de l’objectivité escomptée, entaché  d’obstacles épistémologiques, Michel Meyer, pari sur la complicité de l’Homme et du questionnement. L’homme est donc un questionnaire et question pour lui même.

Par ailleurs, soi, autrui et le monde incarnent les modes de cette interrogation.  Soi n’est plus perçu dans sa dimension identitaire qui la délimite par la raison et la pensée. C’est plutôt une ouverture raisonnée par la morale, selon laquelle il devient une personne régie par la notion de  Droit. Chacun a des droits  en tant qu’il est personne, un être humain. L’universalité de la morale  chez Kant en est l’illustration.

Le rapport de soi et d'autrui au monde s’exprime entre autres par le besoin et le désir. C’est à partir des maximes kantiennes qu’on peut élucider la nature de cette relation au monde dont autrui est une composante. Elle  ne se décline pas sous forme d’inclination sinon la notion de liberté perd son sens. Au final, la justice en tant qu’une réglementation de cette ouverture peut régir cette relation  entre soi et autrui. 

26 février 2012

 



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par Abdelmajid BAROUDI

Collaborateur résidant au Maroc.

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