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Charia : Tunisie, Libye. Qu’en est-il des islamistes au Québec ?

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par Marc Lebuis

Sur la vidéo de l’Assemblée nationale du Québec, on peut entendre les parlementaires québécois applaudir Fatima Houda-Pepin à la fin de son intervention du 25 octobre dernier. Sont-ils conséquents pour autant ? Alors qu’ils s’inquiètent légitimement de ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez eux, ils continuent de financer les mêmes islamistes ici-même au Canada.


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Le parti Ennahda auquel réfère madame Houda-Pepin est l’organisation des Frères Musulmans en Tunisie. Dans une des nombreuses causes d’immigration impliquant Mohamed Zrig, un leader d’Ennahda vivant au Canada, la Cour d’appel fédérale a rappelé que cette organisation dirigée par Rachid Ghannouchi s’est rendue coupable, au fil des ans, «d’agissements contraires aux buts et principes des Nations Unies». La Cour a mentionné notamment que les militants d’Ennahda ont lancé de l’acide à la face d’individus, qu’ils ont organisé des attentats à la bombe en Tunisie et en France, qu’ils ont perpétré des incendies criminels, etc. (Sections 21 et 175 – Zrig c. Canada, 2003 CAF 178, [2003] 3 CF 761)

En 1998, les autorités canadiennes ont refusé un visa au leader du parti Ennahda, Rachid Ghannouchi, précisément parce que son organisation était impliquée dans le terrorisme.

À l’époque, Faisal Kutty, un avocat de Mississauga associé aux Frères Musulmans, avait cité Ghannouchi qui tentait de berner un journaliste du Toronto Star en affirmant que «le recours à la violence pour atteindre des buts politiques est interdit par notre conception de l’islam».

Dans une entrevue récente accordée à Malaysia Today, Tariq Ramadan s’est également porté à la défense de Rachid Ghannouchi en le présentant comme un promoteur de la démocratie.

La conception de la démocratie des Frères Musulmans a été définie par le guide spirituel de l’organisation, Youssef Qaradawi, dans son livre Priorities of the Islamic Movement (Les priorités du mouvement islamique). En réponse aux islamistes qui s’inquiétaient que la démocratie puisse permettre de voter des lois contraires à la charia, Qaradawi a fait valoir qu’il suffisait de proclamer un article dans une constitution islamique pour prévenir cette éventualité :

(Traduction Point de Bascule) «Ces craintes peuvent être surmontées par un article stipulant que si une loi devait contredire les clauses incontestables de l’islam, elle sera considérée invalide parce que l’islam est la religion de l’État, la source de sa légitimité et qu’en conséquence il ne peut pas être contredit, pas plus que l’eau d’une rivière menant à un fleuve ne peut aller dans une direction opposée au fleuve.» (Section The Movement and Political Freedom and Democracy)

Mali : un exemple de la démocratie des Frères Musulmans en action

Le cas d’une réforme favorable aux femmes adoptée par le parlement malien et abandonnée suite aux menaces de violence des islamistes est utile pour illustrer où mène cette conception d’une démocratie inféodée à la charia. En 2009, la réforme du Code de la famille avait été adoptée par les élus maliens par un vote très majoritaire (117 oui – 5 non – 4 abstentions).

Le nouveau Code de la famille aurait remplacé la notion d’obéissance de l’épouse à son mari par une notion de respect entre époux, il aurait invalidé les mariages auxquels les deux parties n’ont pas consenti, il aurait substitué la notion d’autorité parentale à celle d’autorité paternelle, il aurait établi à dix-huit ans l’âge minimum auquel les filles peuvent se marier, il aurait accordé aux femmes des droits plus importants en matière d’héritage que ceux prévus par la charia, etc.

Au moment où le nouveau code fut adopté, le Haut Conseil islamique (HCI) associé aux Frères Musulmans organisa des manifestations et menaça de recourir à la violence si le gouvernement devait aller de l’avant avec le projet. Les islamistes qualifièrent le nouveau code d’« œuvre du diable ».

À l’époque, les autorités maliennes capitulèrent devant les menaces. Quelques mois plus tard, Tariq Ramadan était au Mali pour célébrer la victoire des islamistes lors d’une conférence de la CIMEF, une organisation islamiste qu’il dirige et qui est associée au HCI malien et à Présence Musulmane

En 2010, Agnès Gruda de La Presse (Montréal) a décrit la situation malienne dans un article intitulé Mali: le difficile chemin vers l'égalité des sexes. Le portrait qu’elle dressa était utile mais elle ne fit pas la moindre mention des liens qui existent entre le HCI et les Frères Musulmans. Sans doute les ignorait-elle.

Quelques semaines plus tard (La Presse 23 août 2010), cette méconnaissance de l’étendue des tentacules des Frères Musulmans conduisit Agnès Gruda à endosser John Esposito, pourtant un important associé des Frères en Amérique du Nord, et à le citer comme une source crédible pour nous convaincre que la menace islamiste n’existe pas. Esposito reçoit des millions de l’Arabie saoudite pour promouvoir le programme des Frères Musulmans à partir de son centre à Georgetown aux États-Unis. Dans le passé, John Esposito a même présenté un affidavit devant un tribunal du Massachusetts pour attester que le guide spirituel des Frères Musulmans, Youssef Qaradawi, est un modèle de tolérance et de modération.

En plus de promouvoir une démocratie inféodée à la charia, Qaradawi promeut la conquête de l’Occident par les musulmans, il encourage le meurtre des apostats de l’islam et des homosexuels (vidéo 5:27), il justifie les attentats-suicide et les mutilations génitales des jeunes filles, il présente Hitler comme un envoyé d’Allah venu punir les juifs, etc.

Il n’y a qu’une charia. Que les Frères Musulmans appartiennent au HCI malien, au Ennahda, au Hamas, à la MAC au Canada ou à une organisation américaine, ils cherchent tous à atteindre les mêmes objectifs. Seule l’étape à laquelle ils en sont rendus dans le processus d’islamisation du pays où ils opèrent varie.

Sur la vidéo de l’Assemblée nationale du Québec, on peut entendre les parlementaires québécois applaudir Fatima Houda-Pepin à la fin de son intervention du 25 octobre dernier. Sont-ils conséquents pour autant ? Alors qu’ils s’inquiètent légitimement de ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez eux, ils continuent de financer les mêmes islamistes ici-même au Canada.

Pendant qu’à l’Assemblée nationale, on dénonce le parti tunisien Ennahda de Mohamed Zrig, on finance à qui mieux mieux une  école islamiste de Montréal dont le même Zrig fut l’un des directeurs en 2001 selon l’Agence de revenu du Canada. L’école Dar al-Iman de Montréal fait partie de l’infrastructure des Frères Musulmans au Canada.

Quand l’animateur Benoit Dutrizac souleva le cas de cette école avec la ministre de l’Éducation Line Beauchamp, celle-ci défendit la décision de son ministère de la financer en indiquant se conformer aux préceptes d’une société de droit. Selon nous, pour se conformer à la règle de droit et aux pratiques administratives édictées par son propre ministère, la ministre Beauchamp devrait demander à ses fonctionnaires d’enquêter sur deux volets spécifiques de l’administration de l’école :

En 2010, l’ambassade de l’Arabie saoudite au Canada a publié sur son propre site internet une annonce invitant les musulmans intéressés à se rendre à La Mecque pour le pèlerinage traditionnel à contacter l’agence de voyages de la MAC en faxant l’école Dar al-Iman. L’implication de cela, c’est évidemment que les services de secrétariat de l’école sont utilisés au profit de l’entreprise commerciale de la MAC. C’est incompatible avec la règle de droit dont se réclame la ministre. Tous les détails de cette affaire sont disponibles dans un article de Point de Bascule intitulé Les ressources subventionnées de l’école Dar al-Iman utilisées par l’agence de voyages de la MAC et d’autres de ses filiales.

En 2002, l’école Dar al-Iman a été donnée à la Muslim Association of Canada (MAC) par son directeur Lazhar Aissaoui alors qu’il siégeait également sur le conseil de direction de la MAC. Une des clauses du contrat notarié entre les parties précise que la MAC peut utiliser les facilités de l’école durant les fins de semaine et que c’est l’école qui doit payer pour les frais encourus. Comment la ministre peut-elle justifier que des fonds publics soient ainsi dépensés au profit de la MAC ? En 2003-2004 (p. 139), les fonctionnaires de son ministère s’étaient d’ailleurs inquiétés des implications du don de l’école à l’organisation islamiste. Le document notarié officialisant le don de l’école est disponible en cliquant ICI.

En plus de financer IRFAN-Canada qui finance le Hamas, Lazhar Aissaoui finance le PLQ

Jusqu’à ce que l’Institut Dar al-Iman décide de poursuivre pour diffamation le journal Rue Frontenac au début de 2011, Lazhar Aissaoui était le trésorier de la MAC et le directeur de l’Institut Dar al-Iman qui administre l’école du même nom à Montréal. Sans doute pour essayer de démontrer une certaine indépendance entre son école et la MAC dans un éventuel procès en diffamation, Aissaoui laissa ses fonctions à la MAC pour ne conserver que celles qu’il occupe à l’école.

Des documents disponibles au Palais de Justice de Montréal indiquent que la poursuite en diffamation a été suspendue à la suite de la faillite de Rue Frontenac.

Dans un article publié en janvier 2011, le journaliste Vincent Larouche alors à Rue Frontenac s’inquiétait des transferts de fonds entre différentes associations affiliées aux Frères Musulmans opérant au Canada. Se basant sur des documents disponibles sur le site de l’Agence de revenu du Canada (ARC), Larouche mentionna notamment que la MAC finançait IRFAN-Canada, une organisation soupçonnée à l’époque d’entretenir des liens avec le Hamas.    

Quelques semaines après la publication de l’article de Larouche, l’ARC a confirmé que ses soupçons étaient fondés. Elle retira à IRFAN-Canada son statut d’organisme de bienfaisance pour avoir transféré 14,6 millions $ au Hamas. Le Hamas fait partie depuis 2002 des entités terroristes inscrites sur un registre maintenu par le gouvernement du Canada. En 2004, la MAC a officiellement endossé le Hamas dans un communiqué.

Un survol de la liste des donateurs aux partis politiques québécois permet de constater qu’au moment où il était administrateur de la MAC, Lazhar Aissaoui contribuait également à la caisse du Parti Libéral du Québec.

Nous avons précisé dans le passé que les islamistes s’associent autant aux courants dits de droite que de gauche quand il s’agit de faire avancer leur cause. Dans le contexte québécois, ils s’associent autant aux fédéralistes qu’aux souverainistes. Au moment où Lazhar Aissaoui était le trésorier de la MAC et finançait le PLQ, la même MAC finança le voyage de la bloquiste Meili Faille aux Émirats arabes unis afin qu’elle facilite la construction d’un centre islamique et d’une mosquée gérés par les Frères Musulmans au centre-ville de Montréal.

Précisons que Meili Faille a remboursé la somme que la MAC avait payé pour son voyage après avoir été critiquée.

Dans une photo prise à l’occasion d’un coquetel de financement du Bloc Québécois en 2010, Gilles Duceppe est aux côtés de Mohamed Kamel. Kamel a été président du Forum musulman canadien (FMC) jusqu’en mars 2010. Dans le passé (Le Devoir 14 août 2010), le FMC a représenté plusieurs organisations des Frères Musulmans dont la Muslim Association of Canada lors de prises de position publiques. Kamel a également fait campagne en faveur de la réélection de Meili Faille en 2008.

Les politiciens canadiens facilitent l’avance de l’islam radical en s’associant aux représentants des Frères Musulmans

Quand les politiciens canadiens acceptent ainsi d’être financés et de s’associer publiquement au Forum musulman canadien, à la Muslim Association of Canada ou à quelque autre organisation des Frères Musulmans opérant au Canada, ils contribuent au minimum à crédibiliser et à faciliter la réalisation du programme des islamistes au Canada. Ne nous leurrons pas, le programme des Frères Musulmans, c’est l’introduction de la charia au Canada. Point à la ligne.

N’oublions pas que c’est la MAC qui a accueilli, dans ses locaux du boulevard Laurentien à Montréal, les deux conférenciers radicaux après qu’ils aient décidé d’annuler leur conférence prévue à la fin octobre 2011 à l’Université Concordia.

Sur son propre site internet, voici comment la Muslim Association of Canada définit ses origines et sa mission :

(Traduction par Point de Bascule)

«Les origines récentes de la MAC remontent à la renaissance islamique du début du XXe siècle, culminant avec le mouvement des Frères Musulmans. (…) La MAC adopte et fait tous les efforts pour appliquer l'islam (...) tel qu'il a été compris dans le contexte contemporain par le regretté imam Hassan al-Banna (1906 - 1949), le fondateur des Frères Musulmans. La MAC considère cette idéologie comme la meilleure représentation de l'islam tel qu'il fut présenté par le Prophète Muhammad.»

Un condensé de la doctrine d’al-Banna est disponible dans le manifeste en 50 points qu’il adressa à plusieurs dirigeants politiques du monde arabe en 1947. Le manifeste promeut notamment l’abolition des partis politiques et l’instauration d’un système de parti unique, la modification des lois pour les rendre conformes à la charia, la multiplication d’associations vouées à la promotion de l’esprit du jihad dans la jeunesse, la fermeture des salles de danse, la censure des films et des pièces de théâtre et l’imposition d’un code vestimentaire unique à la population.

Dans d'autres textes, Hassan al-Banna a promu le jihad offensif (On Jihad), il s'est fait l'apologiste d'Adolf Hitler (To what Do We Invite Humanity?), etc.

Dans son livre Auspices of the Ultimate Victory of Islam (Les signes annonciateurs de la victoire finale de l’islam), Youssef Qaradawi, le guide spirituel des Frères Musulmans, explique que la progression de sa doctrine en Occident a été rendue possible par deux facteurs : le travail de terrain des Frères Musulmans et les contributions en pétrodollars des milliardaires du Golfe.

Il faut faire plus que de se donner bonne conscience en saluant le courage de Fatima Houda-Pepin pour freiner l’islam radical

Dans le passé, des politiciens d’allégeances diverses ont salué le courage de Fatima Houda-Pepin qui a su faire face aux pressions des islamistes, en particulier lorsqu’elle présenta sa résolution contre l’introduction des tribunaux islamiques au Canada en 2005.

À l’époque, plusieurs leaders des Frères Musulmans l’avaient critiquée :

En 2007, le même Mohamed Kamel qui participa aux activités de financement du Bloc a déclaré au Brossard Éclair que Fatima Houda-Pepin semait la haine lorsqu’elle s’en prend à l’islam radical.

Pour appuyer madame Houda-Pepin et faire reculer la menace islamiste qu’elle évoque, il est cependant inutile de l’applaudir à l’Assemblée nationale si on a décidé d’accepter les fonds des mêmes islamistes qui la dénoncent.

L’opposition des parlementaires québécois à la menace de l’islam radical gagnera en crédibilité si ceux-ci prennent concrètement leurs distances face à la menace islamiste. Les Libéraux devraient remettre à Lazhar Aissaoui les montants qu’il leur versa alors qu’il était administrateur de la MAC et la ministre Beauchamp devrait demander aux fonctionnaires de son ministère d’enquêter sur l’utilisation par des organisations de la MAC des ressources subventionnées de l’École Dar al-Iman.

Texte soumis à Tolerance.ca par Marc Lebuis, directeur de Point de Bascule. Site Internet : www.poindebasculecanada.ca

Source : Point de Bascule

 Le 3 novembre 2011



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