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Syrie: Rafah Tawfiq Nached, symbole de l’arbitraire du régime Assad

par
Rédacteur, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®



 

 

 

 

 

 

 

Le 10 septembre 2011, la psychanalyste syrienne Rafah Tawfiq Nached est arrêtée à l’aéroport de Damas, juste avant qu’elle ne prenne l’avion pour se rendre en France pour des raisons personnelles. L’arrestation par les services secrets de cette figure publique apolitique est un message supplémentaire d’intimidation adressé à la société dans toutes ses composantes.

Depuis le mois de mars 2011, la Syrie est en «ébullition». Des opposants au régime autoritaire de Bachar el-Assad (2000-) manifestent chaque semaine dans différentes parties du pays. Leur objectif? La chute de cette tyrannie sanglante et l’établissement à sa place d’un régime représentatif. Après avoir voulu croire, durant les onze dernières années, aux promesses de réformes politiques et économiques faites à plusieurs reprises par le président en personne, la population n’y croit désormais plus. Visiblement, le leurre savamment entretenu ces années par les communicants de Damas, dont Boutheina Chaabane, conseillère spéciale du président, ne convainc plus personne.

Pour briser l’élan révolutionnaire de son peuple, Damas ne recule plus devant rien. Usant de tous moyens à sa portée. D’où, entre autres, cette campagne d’intimidation menée même contre nombre de figures publiques qui ne se sont jamais opposées ouvertement à sa mainmise sur les affaires du pays. La meilleure illustration de cette «nouvelle» dérive répressive, c’est ce qui est arrivée le 10 septembre 2011 à la psychanalyste syrienne Rafah Tawfiq Nached.

Arrestation arbitraire du Dr. Rafah Tawfiq Nached par les Moukhabarrat

Rafah Tawfiq Nached est une psychanalyste syrienne âgée de 66 ans. Elle a obtenu son doctorat en psychologie clinique à l'Université Paris 7 et rentrée dans son pays en 1985. Elle s‘est rendue célèbre dans son pays pour y avoir été la première femme psychanalyste. D’ailleurs, c’est elle qui a fondé l’École de psychanalyse de Damas. Elle exerce son métier depuis plus d’un quart de siècle. Cette pionnière damascène est reconnue et respectée dans les milieux psychanalytiques arabes et français.

Pour pouvoir assister à l’accouchement de sa fille à Paris et consulter des médecins, Mme Nached s’est rendu, le 10 septembre, à l’aéroport international de Damas. Alors qu’elle s’apprêtait à quitter son pays, les services secrets (Moukhabarrat) l’ont arrêté. Malgré toutes les démarches déployées par sa famille, on est restée durant plusieurs jours sans nouvelles d’elle.

Dans un État policier comme la Syrie, il n’était pas étonnant de voir des agents de sécurité refuser de répondre à toute fin utile aux questions du célèbre historien Faysal Abdallah, le mari très inquiet pour le sort de sa femme. Si Rafah Nached n’avait pas eu la présence d’esprit de l’appeler, juste avant de suivre ses «anges gardiens», sa famille n’aurait pas su ce qui lui était arrivé.

Un nouveau signe du durcissement du régime Assad

Rafah Tawfiq Nached était toujours restée à l’écart du militantisme. Étant originaire de Syrie, elle savait ce qu’il en coûte de s’opposer à la dictature Assad.

Comme son engagement personnel a toujours été de nature scientifique et humanitaire, aucun membre de sa famille n’a compris à ce jour la véritable raison de son arrestation arbitraire. Sauf si le régime Assad avait mal pris son initiative du mois d’août dernier. En collaboration avec une communauté jésuite damascène, elle, la musulmane, a réuni des compatriotes de toutes sensibilités dans un cadre de toute évidence apolitique et ce pour les aider à libérer la parole «enchaînée» et mettre des mots sur leurs maux. Initiative qui a, semble-t-il, déplu au pouvoir en place. Mais, en agissant de la sorte, elle n’a fait que son devoir tout en se montrant fidèle à sa vocation de psychanalyste. Visiblement, Damas n’a pas apprécié de voir la main experte d’une patriote venir au secours à une population traumatisée chaque jour un peu plus du fait d’une répression impitoyable.

Aux yeux d’un régime qui se sert désormais de la confessionnalisation du conflit politique l’opposant aujourd’hui à son peuple, pour le diviser en vue de mieux le soumettre, toute initiative émanant de la société civile et cassant ce carcan artificiel paraît dangereuse.

En procédant à cette arrestation, le pouvoir montre combien il est vigilant face à la menace représentée cette fois par la démarche de Rafah Nached sur l’avenir de sa stratégie. Pour s'en rendre compte, gardons à l’esprit le fait qu’au-delà de la dimension humaine de l’initiative de la citoyenne Rafah, l’objectif thérapeutique de l’œuvre psychanalytique du Dr Nached ne pouvait qu’entrer en collision avec la démarche sectaire du régime. Pour deux raisons. Primo: elle fournit un cadre convivial pour la rencontre de compatriotes de différentes communautés au moment même où le pouvoir en place cherche à les opposer les unes contre les autres au risque de provoquer une guerre intercommunautaire. Deuxio: elle contribue à libérer la parole d’un peuple au moment même où Damas cherche par tous les moyens à la museler. D’un côté, nous avons affaire à une stratégie politique visant à confessionnaliser à outrance les rapports sociaux et à intimider la population pour la mettre à genoux. De l’autre, à un travail humanitaire visant à redonner confiance à un peuple soumis au feu nourri de forces de sécurité plus déchaînées que jamais. En les réunissant dans un tel cadre, la vocation de la psychanalyste rejoint la participation de la citoyenne au soutien de son peuple.

Le mari de Rafah Nached a fini par lui rendre visite dans la prison pour femmes située dans la banlieue de Damas. Le 14 septembre, il a appris qu’elle est accusée «d'activités susceptibles d'entraîner une déstabilisation de l'État». Le flou de cette accusation est voulu pour intimider les intellectuels demeurant en Syrie.

De son lieu de détention, Rafah Nached a envoyé ce télégramme publié sur la page Facebook créée pour elle (Freedom for Rafah Nashed), on peut y lire ce qui suit: «Moi, le docteur Rafah Nached, psychanalyste syrienne, je me trouve maintenant dans la prison des femmes à Damas pour une raison inconnue au cœur des événements tragiques que vit la Syrie. Je découvre maintenant une part cachée de ma société dans laquelle je vis et dont je suis responsable...» Ce court message en dit long sur sa lucidité, sa droiture et sa compassion alors qu’elle-même se trouve dans une mauvaise situation.

**

En s’en prenant à une intellectuelle qui avait toujours préféré demeurer à l’écart de l’opposition, le régime Assad cherche à intimider la population en général et l’intelligentsia syrienne en particulier. Mais au lieu de tétaniser la population, un des effets pervers de cette radicalisation accrue sera inévitablement le renforcement des rangs de l’opposition par l’apport de plus en plus important et diversifié de proches des victimes du régime Assad.

16 septembre 2011



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Il y a actuellement 1 réaction.

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Finie l'ére du despotisme.
par aicha le 16 septembre 2011

le régime Al asad est aveuglé à outrance par son despotisme . rien ne peut arreter  la solidarité entre "victimes du despotisme" parce que la solidarité entre les humains est presque instinctive . il a peur au point de douter de tt le monde et affronter la population rien que par la violence ! jabane ! il mélange tout par son désarroi .

bientôt il rejoindra ses collègues à l'arabie saoudite sans aucun regret .. A la poubelle de l'histoire despotes du monde . finie l'ére de la dictature.

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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