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À l’ombre du 11 Septembre 2001: Des «théories» du complot

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le mardi 11 Septembre 2001, des jihadistes du réseau Al-Qaïda ont déclaré la guerre aux États-Unis. En raison du caractère spectaculaire de ces attentats, de nombreuses «théories» du complot ont fait leur apparition pour contester la thèse dite «officielle». Sans convaincre vraiment.



Chaque fois qu’on a affaire à un événement historique, les amateurs des «théories» du complot font florès. Les attentats terroristes du 11 Septembre 2001 sur le sol américain n’ont pas échappé à cette règle sociale. Ils ont été l’occasion de l’apparition d’un ensemble très riche et de qualité variée de «théories» assez fantaisistes cherchant à contester la thèse devenue depuis conventionnelle et qui impute ces attaques au réseau global Al-Qaïda. Ces «théories» peuvent être divisées en deux groupes. Le premier pointe le doigt accusateur vers des institutions du pouvoir américain. Le second vise des puissances étrangères.

La piste de l’État fédéral américain

Pour aider sa population à absorber le choc psychologique et l’effroi consécutifs aux attentats jihadistes sur son propre sol, le gouvernement de George W. Bush devait rapidement présenter une explication assez rationnelle (et rassurante) de ce qui s’était passé ce mardi fatidique, à savoir leur perpétration par dix-neuf membres du réseau Al-Qaïda. Une lecture somme toute sommaire au début, mais dont les lignes générales ont depuis résisté à l’assaut des contestataires de cette version officielle du déroulement de ces attaques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce «camp» du refus regroupe deux groupes. Le premier prétend que le gouvernement américain était au courant des projets terroristes mais n’a pas cherché à les empêcher, alors que le second va très loin en accusant Washington d’y être impliqué directement.

Selon les tenants de la «théorie» du laisser-faire terroriste, l’État fédéral avait reçu bien avant la perpétration de ces attentats de nombreux rapports et avertissements de ses propres combattants de l’ombre ainsi que de la part de différents alliés de longue date au Moyen-Orient (dont l’Égypte, la Jordanie et Israël) à l’effet que le réseau terroriste Al-Qaïda préparait des attaques sur le sol américain. Mais au lieu d’agir, Washington aurait préféré fermer yeux et oreilles.

À l’appui de leur «thèse», ces amateurs des «théories» du complot glanent ici et là des indices sans rapport direct entre eux et s’efforcent d’en faire une démonstration accablante pour le gouvernement.

À les en croire, Washington avait laissé faire l’exécution du projet terroriste pour pouvoir se donner des prétextes commodes au service de son projet d’un «Nouveau siècle américain». D’où les guerres d’Afghanistan et d’Irak (et d’autres à venir) qui allaient lui permettre de chasser du pouvoir des régimes politiques jugés hostiles (Talibans et Saddam Hussein) à son dominion et intimider l’axe Damas-Téhéran-Hezbollah-Hamas opposé à sa Pax Americana. Un tel nouveau contexte devait également, selon les amateurs de cette «théorie», renforcer la mainmise des Super major, c’est-à-dire les six principales compagnies pétrolières privées mondiales (dont les multinationales américaines ExxonMobil, Chevron Texaco et ConocoPhillips) sur les fabuleuses ressources en hydrocarbures de cette région stratégique et affaiblir du coup l’OPEP et l’Arabie saoudite.

Le climat de peur créé par les attentats aurait également, selon eux, permis l’installation d’un gouvernement clandestin parallèle formé principalement par le vice-président Dick Cheney (représentant des puissants intérêts pétroliers), des représentants du ministère de la défense et des services de renseignement. Celui-ci serait le véritable maître d’œuvre de la politique du pays au lendemain des attentats.

Selon le second groupe du «camp» contestant la thèse conventionnelle, Washington serait cette fois l’auteur et le maître d’œuvre véritable des attentats du 11 Septembre. Cette accusation très grave ne s’est jamais éteinte depuis 2002, l’année des premières manifestations à son appui.

La diversité des backgrounds des promoteurs et «militants» de ce «groupe» ne les a pas empêché de s’accorder sur la même idée, à savoir que le gouvernement avait décidé la destruction des Tours-Jumelles du World Trade Center (WTC) à New York, sous-couvert d’attentats terroristes. Même la publication dès 2004 de l’important rapport de la commission d’enquête sur ces attentats (Cf. 11 septembre, rapport de la Commission d'enquête: rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, Éditions des Équateurs) n’y a rien changé. Un des leurs, David R. Griffin, est allé jusqu’à parler, à propos du travail de cette commission d’«omissions» et de «manipulations» (cf. son livre Omissions et manipulation de la Commission d’enquête sur le 11 septembre, Demi-Lune, 2006).

Ni les tenants de la «thèse» du laisser-faire ni ceux de l’implication directe du gouvernement fédéral dans ces attentats n’ont réussi à apporter la moindre preuve à l’appui de leur démonstration. Aussi, ils ont montré jusqu’à quel point ils ignorent le caractère complexe et le fonctionnement réel du pouvoir américain. Deux éléments rendant le voile de toute conspiration impossible. Sans parler de la complexité de la géopolitique énergétique mondiale et du rôle particulier et de l’influence réelle de la Maison des Al Saoud.

Les pistes étrangères

Si, comme on vient de le voir, une première partie des promoteurs et/ou «consommateurs» des «théories» du complot ont accusé des institutions du pouvoir américain d’être d’une façon ou d’une autre derrière la perpétration des attentats du 11 Septembre 2001 (en laissant faire ou en les mettant en œuvre), la seconde a pointé le doigt accusateur vers des organisations ou puissances étrangères.

Quelques minutes seulement après que le second avion détourné avait percuté la seconde Tour du WTC, plusieurs ont instantanément pensé que ce ne pouvait être que l’œuvre de terroristes palestiniens excédés par des décennies de soutien inconditionnel des États-Unis à la politique d’occupation militaire et de colonisation israélienne de leurs territoires.

Après cela, d’autres ont soutenu que ce devait être l’œuvre de nationalistes serbes ou de russes nostalgiques de l’Empire soviétique. Les premiers seraient mécontents du rôle joué par Washington dans la fin du rêve nationaliste de la grande Serbie dans les Balkans. Les seconds voulant venger la perte de la grandeur soviétique causée par une politique américaine agressive d’élargissement vers l’Est de l’Europe de sa sphère d’influence, sous couvert du parapluie de l’OTAN.

D’autres amateurs encore des «théories» du complot ont de leur côté accusé le Mossad, le service de renseignement et d’action extérieur israélien, d’être à l’origine des attentats du 11 Septembre. Celui-ci aurait non seulement infiltré des milieux jihadistes, mais également prévenu (et donc sauvé la vie) aux employés d’Odigo, une société israélienne de télécommunications située près de l'ancien emplacement des tours du WTC. Des Juifs qui ne se seraient donc pas rendu au travail ce jour-là…

À en croire la «thèse» des tenants de la «piste» israélienne, le Parti républicain au pouvoir était au service des intérêts d’un influent lobby pétrolier favorable au géant pétrolier saoudien. En impliquant de la sorte Al-Qaïda, dont le chef historique est lui-même natif d’Arabie, le Mossad empêcherait tout rapprochement entre Washington et Riyad sur le dos de l’État d’Israël.

La «piste» israélienne souffre de plusieurs faiblesses. On se contentera ici de quelques exemples. D’abord, si le Mossad avait vraiment alerté les Juifs de ce qui allait se produire le 11 Septembre, comment se fait-il que de nombreuses victimes ce jour-là étaient des Juifs? Ensuite, vu la nature de l’enjeu, le type et l’importance de ses relations stratégiques avec les États-Unis pour sa propre survie, Israël n’aurait jamais osé être associé, encore moins impliqué dans une action aussi hostile et destructrice que l’étaient les attentats terroristes. Sans oublier un élément crucial, à savoir qu’une telle implication, si elle se vérifiait, ce qui est dans les cordes des services de sécurité américains, serait une sentence de mort pour les relations américano-israéliennes, une menace pour la survie même de l’État hébreu et un accélérateur de la résurgence de l’antisémitisme dans le pays de George Washington. Encore, Israël n’avait nullement besoin de ces attentats pour renforcer sa position à Washington et y ébranler un soi-disant adversaire saoudien. Il cultive depuis des décennies avec les États-Unis des liens dont la force et la durée sont faites d’un ensemble de facteurs mêlant, entre autres, une alliance stratégique, un puissant lobby pro-israélien, une affinité culturelle. Enfin, à l’image de nombreux ténors du Parti démocrate, plusieurs figures éminentes de celui républicain ont toujours bénéficié des généreuses mannes financières des donateurs du lobby pro-israélien et n’ont jamais manqué à l’appel chaque fois que celui-ci sonnait le tocsin… Alors, avancer l’idée qu’un prétendu «lobby pétrolier» mettrait le GOP au service de l’Arabie Saoudite au détriment d'Israël est une aberration.

Les attentats du 11 Septembre entre culture du soupçon et image de soi

En dehors de leur caractère tragique (perte de près de trois milles vies humaines et traumatisme de toute une nation), les réactions presque instantanées aux États-Unis et dans le monde arabe aux attentats du 11 Septembre ont rapidement permis de mettre en lumière deux aspects. Le premier a des relents historiques. Le second est psychologique.

Le peuple américain est depuis longtemps «friand» des «théories» du complot. Pour s’en rendre compte, il suffit de garder à l’esprit toutes ces «théories» de complot qu’on a raconté (et continue de le faire) sur le mystère entourant l’assassinat de personnalités comme le président démocrate John F. Kennedy (1963), le Prix Nobel de la paix Martin L. King (1968), l’activiste Malcom X (1965)... Sans parler de la disparition toujours inexpliquée de Jimmy Hoffa (1975).

Chaque fois que le gouvernement (ou une institution assimilée au pouvoir central) avançait une explication de ces événements tragiques ou mystérieux, il faisait face au scepticisme du public et à l’éclosion de nouvelles «théories» du complot. Cette réaction traduit en fait un trait fondamental de la personnalité américaine façonnée par des siècles de défiance à l’égard du pouvoir central. C’est aussi une manière de se rassurer face aux logiques de phénomènes qui nous échappent à prime abord et ce en se donnant l’illusion de les contrôler puisqu’on en forge une «explication» voulue acceptable pour le «peuple».

À des milliers de kilomètres du WTC, certains Arabes s’étaient trop rapidement réjouis de ce triste spectacle de l’effondrement des Tours-Jumelles. Une manière de montrer le mécontentement de l’opinion publique arabe de la politique étrangère américaine dans la région. Une politique avec deux piliers majeurs. D’abord, le soutien inconditionnel aux politiques israéliennes. Ensuite, la protection de régimes arabes autoritaires brutaux et corrompus.

À cet aspect géopolitique de la question refusant d'assumer la paternité des attentats terroristes s’ajoute une dimension psychologique de déni de la réalité. Plusieurs jeunes Arabes avaient au début rejeté toute hypothèse d’implication d’un groupe des leurs dans la préparation et la perpétration de ces actes de guerre asymétrique. À leurs yeux, leurs congénères seraient incapables d’un tel «exploit». Cet aveu candide de nombreux Arabes, dont de jeunes égyptiens, montre le peu d’estime que nombre d’entre eux cultivent à l’égard d’eux-mêmes. Cela traduit l’impuissance jusqu’alors des peuples arabes face à des tyrannies castratrices des aspirations, prédatrices des richesses nationales et honteusement corrompues et lâches devant l’appétit insatiable de puissances étrangères. Un état psychologique qui allait changer radicalement dix ans plus tard, grâce au «Printemps arabe».

**

Un des secrets de l’irrésistible attraction des «théories» du complot réside dans le caractère apparemment simple (et donc accessible à tous) des explications qu’elles fournissent à des faits à priori complexes. Mais au lieu d’aider à guider notre compréhension, elles brouillent encore davantage nos esprits. Mais cela n'empêchera nullement leur prospérité encore une fois dans les années à venir.

10 septembre 2011



* Image : wikipedia.org


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Il y a actuellement 2 réactions.

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La violence est condamnable partout
par aicha le 11 septembre 2011

ces évènements de destruction sauvage sont certes condamnables .Rien ne justifie ce massacre sauvage d'une population civile  quel qUE SOIT  l'auteur présumé ....mais A souligner que les principes doivent s'appliquer avec égalité  et fermeté à tout le monde .désormais ce n'est pas le cas . nombreuses sont les massacres collectives et brutales subies par palestiniens , libanais ,afghans ,pakistanais ...sans susciter les mêmes réactions ........que la douleur ressentie face à ce massacre du 11 sep soit une occasion pour rendre justice aux victimes de la "violence barbare "là ou elle est .les créatures du bon Dieu ont été crées avec la même valeur .et personne n'a le droit de les classifier dans des catégories face aux principes d'égalité ,de justice et droits humains.... seule l'application des mêmes mesures est capable d'instaurer la paix dans le monde. pronde condoléance aux familles des victimes ...PARTOUT D4AILLEURS.

Changer radicalement...heureusement !!
par ahmed benseddik le 10 septembre 2011

Cela traduit l’impuissance jusqu’alors des peuples arabes face à des tyrannies castratrices des aspirations, prédatrices des richesses nationales et honteusement corrompues et lâches devant l’appétit insatiable de puissances étrangères. Un état psychologique qui allait changer radicalement dix ans plus tard, grâce au «Printemps arabe».

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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