Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Douze questions pour repenser l'identité

C’est la conscience qui détermine l’identité dans son sens dynamique. Cette identité consciente, si j’ose dire, s’active par une ouverture de soi sur la nature dans le but d’un double changement. Changement de nature et en même temps de soi. On n’est plus dans un registre formel, au contraire, la réalité constitue une composante de l’identité dont le changement prime. Pour dire les choses plus simplement : l’identité est intrinsèque à l’histoire.

---------------------

Mon objectif dans cette modeste contribution est de partager la réflexion, voire la démocratiser sur des problématiques sensibles. Le fait de ne pas les affronter de telle manière à ce qu’on y délègue la pensée, nous oblige à être à la merci de ceux soit disant savants et détenteurs d’une certaine vérité qui ne fait qu’alimenter notre indolence et anesthésie d’une façon grégaire notre capacité à poser la question. Du coup, le « savant » est prêt à composer avec le politique.

Mes propos qui pourraient être qualifiés de virulents, ne sont en vérité qu’une réponse à l’appel que des amis ont lancé afin que des questions telles que l’amazighité soient une affaire de tout le monde et qu’il est temps que la réflexion sur cette problématique ne doit plus être accaparée par les « savants ».D’autant que cet « acquis constitutionnel » qu’est l’amazighité, mérite un débat sur la relation : culture/démocratie.

Avant de me mettre à écrire ce papier, une infinité de questions d’ordre méthodologique et d’autres liées au contenu que je devrais lui assigner me taraudaient à tel point que l’idée d’abandonner cette tentative allait prendre le dessus. Finalement, la volonté du « je pense » l’a emporté.

Quelle démarche dois-je adopter pour approcher la question Amazigh dans l’état actuel des choses ? Est-ce que je dispose d’un savoir qui me permet d’en débattre, moi qui ai pris l’habitude de ne pas aller sur des terrains glissants ? Suis-je capable de restituer toutes les questions et synthèses ainsi que toutes les représentations de cette question ? La revendication de l’amazighité, est –elle d’ordre politique ou culturel ? Est-ce que tous ceux qui ont milité pour arracher sa reconnaissance constitutionnelle visent l’identitaire ou la richesse dans la diversité ? Leur projet, est –il pragmatique ou à connotation démocratique ?

Force est de constater que la réponse à ses questions exige une débat approfondi et collectif pour cultiver la différence qui pourrait servir au développement de la vision par rapport à cette problématique. Mais ce ci ne nous empêche pas à explorer des pistes de réflexion susceptibles d’apporter des réponses aux questions posées.

D’entrée de jeu, je propose qu’on se penche sur la notion de l’identité. Repenser l’identité est une condition sine qua non non seulement pour contrecarrer la confusion de la représentation mais aussi pour discriminer l’enjeu idéologique du pari culturel de cette problématique. Et ce pour des raisons politiques et culturelles tout en sachant que la relation est étroite entre ces deux composantes.
La réponse à la question : qu’est ce que le Maroc ? on la retrouve dans l’ancienne nouvelle constitution. En outre, la revendication amazigh veut que la constitution reconnaisse, voire officialise l’amazighité entant que composante de l’identité marocaine. Dans tous les cas, la notion de l’identité est l’enjeu commun de ceux qui parient sur l’arabe et/ou ceux qui revendiquent l’amazighité. Toutefois, il me semble qu’il est primordial de réfléchir sur les dérives de l’identité une fois elle se représente comme discours qui aiguise le chauvinisme et se présente dénudé de son essence humaine et culturelle. D’où la nécessité, encore une fois de la repenser.

La question qui me semble pertinente à poser est la suivante : comment la liberté peut-elle dynamiser l’identité ? Ou tout simplement, quelle relation entre l’identité et la liberté ?
Concentrons-nous sur l’apport théorique à cette question, en attendant d’élucider ses raisons pratiques dans la mesure du possible.

Le savoir philosophique a amplement réfléchi sur la notion de l’identité. Je dirais même que l’entreprise philosophique, depuis les grecs à nos jours, a su contenir les divers aspects dans lesquels cette notion ne cesse d’évoluer.

Si Luc Ferry , dans son livre : La révolution de l’amour, a choisi la vision de Protagoras comme point de départ pour bannir la sacralité du cosmos et revaloriser l’Humain dans sa capacité à sortir de soi, moi, je suis parti du côté d’Aristote. La célèbre formule de ce philosophe : l’Homme est un animal parlant, résume, à mon avis, sa vision de l’identité. Aristote a attribué la parole à l’homme. Parlant est donc l’identité de l’homme. Parlant relève de la capacité de l’homme à penser ; laquelle capacité émane de la raison. Ce qui fait que l’essence de l’homme et sa nature qui n’est autre que le parler articulé avec le penser est contraire à celle de l’animal. Autrement dit, la substance humaine définie par la raison est opposée à celle de l’animal dont l’instinct et le biologique priment. Il s’ensuit que le principe de la mêmeté réside dans le fait que l’homme est identique à lui-même grâce à la raison qui fixe sa nature et lui donne cette spécificité pérenne. Désormais le facteur animal, représenté par le corps et dont les propriétés changent et varient, ne doit pas être perçu comme identité humaine, si non on transgresse le substantiel en faveur de l’accidentel.

Loin de cette investigation logique qu’Aristote a avancée, Hegel, malgré les critiques que Karl Popper lui a émises sur la notion de la raison dans l’histoire, demeure l’un des philosophes qui ont réussi à déconstruire la notion de l’identité telle qu’Aristote l’a formellement expliquée. C’est la conscience qui détermine l’identité dans son sens dynamique. Cette identité consciente, si j’ose dire, s’active par une ouverture de soi sur la nature dans le but d’un double changement. Changement de nature et en même temps de soi. On n’est plus dans un registre formel, au contraire, la réalité constitue une composante de l’identité dont le changement prime. Pour dire les choses plus simplement : l’identité est intrinsèque à l’histoire. C’est d’ailleurs l’idée sur laquelle le marxisme a capitalisée pour construire son matérialisme historique et dialectique.

Les prémisses d’un existentialisme qui met un terme à l’essentialisme prôné par Aristote trouvent leurs racines chez Kant, nous informe Luc Ferry, en dépit du fait que Jean Paul Sartre a eu l’audace, je dirais révolutionnaire, de détruire une identité préétablie. Quelle est la notion qui a transgressé l’identité aristotélicienne ? C’est la liberté.

Tous ceux qui ont relu Kant s’accordent à dire qu’il a sauvé l’homme de la nature éthiquement parlant. Jean Paul Sartre a consolidé ontologiquement cette indépendance à la nature. La liberté chez Kant qui revêt une connotation éthique pour ne pas dire morale, est dictée parle devoir, loin de tout penchant qui risque de faire sombrer l’homme dans la nature. La liberté prescrite d’une manière apriori par la raison, converge avec la responsabilité. Si on emprunte le chemin de définition qu’Aristote nous apprise, on peut dire cela : l’identité est la liberté dans laquelle l’agir humain ne peut être conçu qu’universellement. Ne s’agit-il pas d’une genèse des Droits Humains ?

L’expression de J.P.Sartre : « l’existence précède l’essence » est la négation, rapporte Luc Ferry, d’une identité apriori car l’homme est libre en ce sens qu’il échappe à toutes les catégories, à toutes les idées platoniciennes, à tous les modèles et aux archétypes. Mais aussi à tous les programmes dans lesquels on voulait l’enfermer. Il n’est le produit ni d’une réalisation théologique ni déterministe. Sa liberté lui permet de façonner le cours de l’histoire et recréer son itinéraire propre à lui. Sa destinée est entre ses mains. Il en fait ce qu’il veut. C’est parce qu’il est libre que l’homme peut, contrairement à la nature, renverser et ce grâce à sa conscience et son travail, tout déterminisme établi. Au commencement, il est néant. Une fois que son possible est réalisé, on peut à ce moment lui assigner son essence.

Aujourd’hui, il me semble qu’il nous est difficile de concevoir la notion de l’identité sans la rallier à la mondialisation. Autrement dit, la dynamisation de l’identité locale dépend de son ouverture sur le global. Je suis là entrain de réfléchir sur le sens pratique de l’identité en tant que notion culturelle, animée par le droit, tout an essayant, ce qui est très difficile, d’articuler le théorique avec le vécu. D’où la question : quelle apport de la globalisation pour légitimer le droit d’être ?

Déjà, la notion de démocratie dans son sens préliminaire indique le partage. Partager l’information, par exemple, veut dire que l’accessibilité doit être permise à un grand nombre de personnes, voire à tout le monde. Si on se réfère aux Droits de l’Homme tels qu’ils sont reconnus mondialement, c’est que notre objectif est de les démocratiser parce qu’on ne représente pas une exception dans cet univers. Il s’en suit que la légitimité d’une revendication identitaire se caractérise par le fait qu’elle ne se nourrit pas d’une spécificité locale mais elle puise dans un lexique global. D’autant plus que cette revendication associe toutes les composantes du droit ; économique social culturel et politique.

Force est de constater que l’ouverture au référentiel globalisé contribue à élargir institutionnellement la liberté perçue comme droit et devoir au sein des pays démocratiques. Seulement voilà, la notion de droit culturel dans laquelle la question amazighe se contextualise, est régie par l’éducation. Or, il se trouve comme l’a bien montré J-P Sartre que l’être humain est responsable de sa destinée. C’est là où se concrétise sa liberté qui dépasse une certaine programmation liée au fait que son identité ne se limite pas à ce qu’il est. Et s’il échappe aux archétypes, c’est que sa liberté se réalise dans ce qu’il veut devenir.

Toutefois, le décalage est énorme entre une liberté existentielle et une autre institutionnelle. Dans l’état actuel des choses, la réponse aux questions relatives aux Droits Humais est prioritaire. Ce ci dit, la liberté au sens existentiel est à mon avis le résultat de la mise en œuvre des Droit que l’Etat doit garantir. C'est sous cet angle que la question doit être traitée.

16 août 2011
 



Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique d'Abdelmajid BAROUDI
par Abdelmajid BAROUDI

Collaborateur résidant au Maroc.

Lisez les autres articles de Abdelmajid BAROUDI
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter