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Alcool et islam : une relation controversée

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Alors que l'écrivain Malek Chebel publie une surprenante Anthologie du vin et de l'ivresse en islam ( Le Seuil, 2004 ), qu'en est-il réellement du rapport qu'entretiennent les musulmans avec l'alcool ? Tolerance.ca® a posé la question à un expert, le professeur Laurence Michalak, de l'Université Berkeley.

Laurence Michalak s'intéresse en effet de près à ce thème. Il a, entre autres, écrit en 2002 un texte spécialisé intitulé Alcohol and Islam: Alcohol Consumption Among Tunisian Emigrants to France, et a effectué plus récemment une étude sur la consommation de l'alcool par les musulmans américains.

Rappelons d'abord quelques considérations générales. L'islam entretient un rapport ambivalent avec l'alcool, notamment pour ses résidents en Occident. La plupart des musulmans considèrent l'alcool comme formellement interdit par leur religion. Ainsi, les sourates 2:219, 4:43, 5:90 et 5:91 traitent de cette question, et toujours dans le sens négatif de son interdiction. Par exemple, la sourate 5:90 déclare ceci : « Ô vous qui croyez/ le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon/ Évitez-les… »

D'autres adeptes de l'islam, certainement minoritaires, pensent que l'islam, sans en recommander la consommation, permet l'absorption d'alcool, notamment une fois toutes les cinq prières quotidiennes complétées, ou encore qu'il ne condamne que la saoulerie et non le produit en tant que tel.

Cette variété d'opinions se reflète dans les politiques des États : si l'alcool est formellement interdit en Arabie saoudite, y compris pour les étrangers non musulmans, sa présence est bien tolérée au Maghreb, notamment en Algérie et au Maroc, qui sont même producteurs et exportateurs de vins.

Étudiant de près la révélation coranique, le professeur Michalak, qui a séjourné longuement durant sa carrière dans presque tous les pays arabes, mentionne que l'interdiction de l'alcool s'est faite de manière progressive aux premiers temps de l'islam.

Au début de la prophétie de Mahomet, affirme-t-il, l'alcool n'était pas interdit aux musulmans. La séquence des révélations semblerait plutôt indiquer qu'on a d'abord proclamé le bannissement de l'alcool lors des moments de prière pour en venir, plus tard, à une interdiction totale, l'alcool étant assimilé à un péché grave, passible d'une punition équivalant à 40 coups de fouet.

Paradoxalement, note le savant, ce sont les chimistes musulmans qui, en ayant perfectionné la technique de distillation, et en l'ayant fait connaître en Europe via l'Espagne, ont contribué à développer l'industrie de l'alcool en Occident. Même le mot « alcool » vient de l'arabe al-kuhul, ou poudre fine.
Un sujet peu étudié

Quant à étudier le rapport réel des musulmans à l'alcool, Laurence Michalak rappelle la pauvreté de la documentation scientifique à ce sujet. Comme plusieurs pays musulmans interdisent la consommation de l'alcool, les données obtenues demeurent souvent suspectes. N'empêche, rapporte le professeur, même si les résidents d'un pays consomment en moyenne peu d'alcool, des problèmes importants d'alcoolisme peuvent y subsister, malgré le silence des autorités.

Pour l'ensemble des pays islamiques, la consommation d'alcool reste une des plus faibles dans le monde. Une étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), effectuée en 1996, indique que les pays musulmans sont ceux qui consomment le moins d'alcool.

L'Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde, est celui où la consommation serait la plus basse, avec une absorption minime de 0,13 litre par année, par adulte. Il est suivi de près par le Yémen, avec 0,15 litre. Le plus grand consommateur parmi les nations musulmanes serait le Kazakhstan, mais ce pays compte aussi une grande population russophone.

Quant au type d'alcool consommé, des différences importantes sont à noter. Si les Algériens préfèrent majoritairement la bière, leurs voisins, les Tunisiens ont davantage un penchant pour le vin, tandis que les Syriens optent pour les spiritueux.




Honte et culpabilité

De par la documentation existante en la matière, le professeur Michalak retient quelques constats. Parmi ceux-ci : le déni. Plusieurs en monde musulman nient l'existence du problème, ayant de la difficulté à traiter de ce sujet encore tabou, entouré de sentiments de honte et de culpabilité.

De plus, pour plusieurs musulmans, y compris des chercheurs de ce pays, quiconque boit, même modérément, est un alcoolique. Ceci dit, malgré ces interdictions, la consommation d'alcool n'a jamais été éradiquée en terre musulmane. Ses vertus ont même été célébrées dans nombre de contes et poèmes de la littérature arabe et perse, suscitant même l'émergence d'un genre littéraire appelé khamriyya (vin ou Bacchus) et la formation d'un clan de poètes interdits, le plus célèbre d'entre eux étant Abu Nawas au début de l'ère islamique.
Le cas des musulmans vivant à l'étranger

Qu'en est-il de la consommation d'alcool chez les musulmans installés en Occident, et dont le nombre atteint quelques millions, notamment en Europe? Le professeur s'est penché sur le cas des musulmans américains, à la suite d'un sondage effectué auprès de 7 457 citoyens, toutes religions confondues.

De ce nombre, cependant, seulement 41 étaient musulmans. Il s'est avéré que ceux-ci avaient un taux d'abstention plus élevé (soit 75 %) que la moyenne américaine, laquelle tourne plutôt autour des 33 %. Du groupe des musulmans qui consomment de l'alcool, deux tiers se considèrent des consommateurs légers, l'autre tiers étant davantage de gros consommateurs.

Le professeur a aussi analysé le cas des Tunisiens vivant en France, ce dernier pays affichant une des consommations les plus élevées au monde. Le cas est intéressant car ces immigrants passent d'une culture où l'alcool est perçu négativement à une culture où il est presque célébré.

Selon l'étude du professeur, les cas les plus spectaculaires parmi les consommateurs de confession musulmane sont ceux qui, ayant vu leur vie décliner par une trop forte consommation, ont joint les rangs des désoeuvrés locaux. M. Michalak rappelle également l'existence des musulmans born again, qui ont vécu des problèmes d'alcool et ont retrouvé un sens à leur vie dans l'interdiction que fait leur religion de substances alcooliques.

Quoiqu'il en soit, le professeur, comme tout bon chercheur, insiste sur la nécessité d'explorer plus avant ce sujet encore négligé par la recherche en sciences sociales. Voilà une belle problématique de doctorat pour les nombreux arabisants peuplant les chaires de recherche en sciences sociales depuis trois ans.




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Casser l'interdiction de l'acool pourquoi faire?
par sonia le 6 novembre 2008

franchement je ne comprendrai  jamais cette envie de vouloir à tous prix rende licite une drogue aussi puissante que l' alcool. Et d'ailleurs pourquoi ce tapage autour d'une boisson qui n'est pas essentielle à la vie? Il y a bien des végétariens et personne ne pense à faire un débat pour savoir si ils sont integré ou pas à la société humaine omnivore. L'islam interdie l'alcool et alors ? n'est ce pas plutot une bonne chose? l'alcool est la 1er cause d'accident de la route, l'abus entraine cancer de toutes sorte , dépendance nefaste . L'Etat passe son temps avec le corps médical à rappeler les méfait de cette drogue . Et que font les pseudo musulmans moderniste ? ils veulent nous faire croire que l'integration des jeunes issu de l'immigration (musulmane) sera complete si ils boit un verre de rouge !! c'est tous simplement idiot et dangereux!! La vrai integration c'est faire des études, pouvoir occupe un emploi sans devoir subir de descrimination , c'est la lutte pour l'égalité des hommes et des femmes . ET ONT NE RESOUD PAS CES  PROBLEMES AVEC UN VERRE DE BIERE.

Témoignage
par Ryad le 5 octobre 2008

Je suis francais musulman d'origine algérienne. Il est vrai qu'auprès de la communauté musulmane (magnrebine), en France, l'alcool est un tabou. C'est d'ailleurs souvent par ignorance que les tabous s'imposent et que le dialogue intergénérationnel est rompu. Il est vrai que pour un jeune occidental musulman il est difficile de consilier sa tradition au sein du foyer familial et sa vie en société. Je dirait qu'il mène deux vie ; l'une est rythmée par des valeurs originelles culturelles , religieuses et communautaires ; l'autre par sa socialisation secondaire, sa vie de tous les jours et en somme par les moeurs auxquelles il est habitué ( je parle de jeunes nés en Occident d'origine Africaine ou autre). Il faut lancer le débat et ce debat doit ètre le fruit d'échanges inter communautaires , je ne parle pas seulement de l'alcool mais plus largement des tabous de notre société, de ce qui en l'autre nous fait peur, cultivons la différence. Car c'est en se rapprochant des autres que l'on se connait mieux soit-meme.

Alcool et amis ?
par Wow le 30 août 2008

étant musulman, je ne boie pas, mais j'ai des amis d'autres religion qui venant chez moi régulièrement me demandent s'il leur est possible de consomer de l'alcool chez moi.

étant chez moi, puis je offrir ou tolérer la consomation d'alcool à mes amis ?

A propos d'alcool
par mohamed alami le 2 octobre 2007

L'alcool est appellé en islam la mére des vices,car,il pousse livrogne,le saoulé...,a commettre des actesirremédiables,incorrigibles.c'est pour cela ,il est strictement interdit.L'islam preconise a ses adeptes de ne pas prendre le 1er verre de n'importe quelle substance nocive,qui peut engendrer une dépendance.Si les chimistes musulmans ont réalisé des études sur l'alccol et les méthodes de distillation,c'est pour l'usage thérapeutique.il faut reconnaitre que l'alcool,le vin;toutes sortesde stupéfiants sont interdits par l'Islam.Si certains musulmans en prennent,nous souhaitons aussi bien pour eux que pour tous les toxicomanes,les alcooliques qu'ils cessent de l'etre,et cela ne modifie pas la pure réalité faisant de l'alccol de ladrogue des maux,des malaises universaux.
Ce qui nuit à ce genre d'analyses
par Amine le 18 septembre 2007

Ce qui semble nuir le plus à ce genre d'analyse c'est bien cette approche globale. Comme si dans les pays musulmans la même approche et le même contexte social, historique et culturel prévalait. En Syrie et au Liban la coexistence avec une communauté chrétienne très présente facilite l'accaès à l'alcool aux musulmans. Au maghreb une vieille traditionde distillation (mahya entre autre) et un héritage culturel de la colonisation et une laïcisation chronique (on a l'impression qu'elle est vécu comme une maladie) de la société permettent l'existence de débit de boissons alcoolisées dans les villes les plus conservatrices. Par ailleurs, on parle facilement de Abou Nouas et on oublie les poètes qui ont chanté le vin et les femmes dans les pays musulmans (je connais ceux du maghreb, je pense qu'il y'en a un peu partout) des textes qui nous sont parvenus sans tropde problèmes, mettent en évidence une tolérance ancienne à l'égard des boissons alccolisées. Rapport ambivalent ou mal vécu, je n'en suis pas si sur. Une tolérance effective quant au tabou à propos de l'alcoolisme il n'existe que chez ceux qui méconnaissent ces sociétés. On oublie aussi que les ivrognes bénéficient eux aussi du soutien et de la solidarité familiale. D'ailleurs existe t il vraiment des alcooliques dans un pays (je parle de l'Algérie) quand on sait que nombre de ceux qui abusent de l'alcool pratiquent le jeun du ramadan et s'interdisent de boire la moindre goutte d'alcool durant un mois. Quant à la traduction de Al kuhul alcool par poudre fine, je crois qu'il ya confusion avec "kohol" une poudre minérale composée d'un mélange de galène (de malachite ou d'antimoine), de soufre et de gras, utilisée pour maquiller les yeux.
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