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Révolutions arabes : quelle place pour les femmes ?

par
Journaliste
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Depuis plus de trois mois, le monde arabe change radicalement de visage, et avec lui c’est toute l’histoire de l’humanité qui se transforme. Les révolutions qui ont éclaté un peu partout dans le monde arabe, ont été l’expression d’un ras le bol généralisé, mais aussi l’expression d’un espoir en un avenir meilleur. En observant les soulèvements populaires dans ces pays, on constate que la présence des femmes est parfaitement remarquable. Que ca soit en Egypte, en Tunisie, en Syrie … ou au Maroc, les femmes n’hésitent pas à se mettre en ligne de mire pour plus de justice et de démocratie. Elles descendent dans la rue avec tout le risque que cette action engendre, et occupent le cœur des manifestations au même titre que les hommes.

La présence féminine n’est pas uniquement considérable à travers le nombre des femmes qui investissent les rues et les réseaux sociaux. Cette présence est plus profonde dans la mesure où toute cette génération de jeunes qui protestent, est le fruit d’une éducation des femmes. Depuis des années, tous les experts se sont mis d’accord que dans le monde arabe, c’est la mère -qui est une femme avant tout- qui assure l’éducation des enfants. Les pères (pour diverses raisons) ont démissionné de ce rôle. Les révolutions arabes sont des révolutions « féminines » dans leur essence. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que la femme est un véritable acteur en matière de protestation. L’histoire regorge d’exemples et de figures féminines révolutionnaires.

Dans les pays arabes, la sensibilité de la femme face à l’injustice sociale et politique est plus forte à cause de son statut dans la société. La femme est en effet, doublement victime de l’injustice. En plus de subir comme les hommes les inconvénients d’un système politique répressif, elle doit faire face également à un despotisme social qui est le machisme, véritable caractéristique des sociétés patriarcales. Ce n’est pas un hasard que des figures et des noms de femmes occupent le devant de la scène dans les révolutions arabes. Les femmes sont bien là, Qu’elles soient des intellectuelles provoquant l’action et le débat comme Nawara Najm en Egypte, ou bien de simples citoyennes touchées à fond par la misère comme Fadwa Aroui, jeune mère célibataire qui s’est immolée par le feu en guise de protestation et de désespoir. Le nom de Fadwa Aroui est devenu un véritable symbole au Maroc.

Visiblement, le sentiment de révolte est encore plus fort chez les femmes, qui rêvent non seulement de liberté mais également d’égalité. Mais ces changements politiques portent-ils des garanties particulières quant à l’amélioration du statut de la femme? L’aspiration collective à cette liberté sera-t-elle en mesure de prendre en considération la participation féminine pour instaurer une véritable égalité ?

Dans l’histoire contemporaine du monde arabe, personne ne pourra nier l’engagement des femmes dans la lutte anticolonialiste. Pourtant, cet engagement n’a pas permis aux femmes, de bénéficier d’un statut à la hauteur de leurs sacrifices. Depuis l’indépendance des pays arabes, la situation de la femme est restée défavorable. Le sexisme et le patriarcat ont continué à évoluer sous différentes formes et d’une manière plus sournoise et plus acharnée. Cette situation résulte en partie de l’adhésion des femmes aux combats pour la liberté, sans mettre l’accent sur leur propre liberté en tant que femme. Depuis, il a fallu se concentrer sur une nouvelle lutte. La lutte féministe.

Actuellement une autre chance s’offre aux femmes. Si les femmes choisissent de participer à ces combats et subissent au même titre que les hommes, toutes formes de répression, elles doivent absolument tirer profit du processus de libération qui est en marche. Cela n’est possible que si on place les libertés et les droits des femmes au centre des préoccupations et au sommet des revendications. Si les hommes et les femmes s’unissent dans leur lutte pour une vie meilleure, l’histoire nous a démontré comment ces dernières ont été « éjectées » quand il s’agissait de bénéficier des résultats du changement. Le combat pour la liberté cette fois, doit être principalement un combat pour la liberté de la femme, qui sans elle, tout changement est voué à l’échec. Sans une liberté concrète de la femme, les sociétés arabes se trouveront de nouveau dans une tyrannie sociale, qui engendrera forcément une tyrannie politique.

9 avril 2011
 



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