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Journée internationale de la femme. Dans le fracas, n'oublions pas les femmes de Bahreïn

par Sana’ Mohammad Bou Hamoud

Manama - Les élections législatives de 2014 dans le royaume de Bahreïn sont déjà considérées comme une occasion pour les femmes de ce pays de donner corps à leur présence en politique. Lors du scrutin de 2010, des femmes avaient présenté leur candidature au parlement et dans les municipalités, non sans quelques résultats positifs. Mais, afin de prolonger cette tendance, le gouvernement qui dirigera le pays, quel qu'il soit, devra soutenir activement l'engagement politique et civique des femmes avant que l'élection de 2014 se profile à l'horizon.

Mariam Al Ruwai, présidente de la Bahreïn Women’s Union, association représentant 12 organisations travaillant à la cause des femmes, envisage aussi de se présenter aux législatives de 2014, même si lors du scrutin précédent elle n'était pas arrivée au second tour.

Depuis peu, les femmes de Bahreïn avancent à pas de géant, ce qui est d'autant plus remarquable qu'elles ont été laissées à l'écart pratiquement tout au cours de l'histoire. Un an après le départ de la Grande-Bretagne et l'accession à l'indépendance en 1971, les Barheïnites hommes ont reçu le droit de vote et à la représentation dans les conseils parlementaires. Les femmes, au contraire, ont été privées et du droit de voter et du droit de se présenter à une élection.

Les organisations féminines se sont donc associées pour que les femmes puissent obtenir la reconnaissance de leurs droits politiques. Un collectif des organisations de femmes a été constitué en 1972 pour rencontrer le ministre de la justice et des affaires islamiques pour étudier la question de la participation des femmes dans la politique. La même année, les féministes constituaient un autre comité chargé de présenter une pétition au roi Isa ibn Salman Al Khalifah au sujet des droits politiques des femmes.

Des membres d'organisations féminines avaient participé à une réunion du conseil fondateur du pays pour analyser l'article 1er du projet de constitution, qui stipule que “les citoyens ont le droit de participer aux affaires publiques et de jouir de droits politiques tels que le droit à l'élection”. Mais la participation des femmes avait été reportée jusqu'à la promulgation de la deuxième constitution en 2002.

En 2002, le roi Hamad bin Isa Al Khalifah a lancé un projet de réforme accordant aux femmes le droit d'être représentées dans les conseils municipaux et parlementaires. Trente et une femmes et 306 hommes se sont présentés aux législatives, mais aucune candidate ne fut élue. Deux d'entre elles parvinrent quand même au deuxième tour.

Puis vinrent les législatives de 2002, qui revêtirent une importance particulière puisqu'il s'agissait de la première consultation nationale depuis plus de 30 ans, un état d'urgence prolongé ayant été imposé de 1975 à 2002. Ce scrutin a par ailleurs été le premier d'ampleur nationale dans lequel les femmes ont pu voter et se présenter.

Les élections aux conseils municipaux et parlementaires de 2006 ont vu Latifa Al-Uqoud, directeur au Ministère des Finances, l'emporter par défaut dans le district d'Hiwar, faisant d'elle la première citoyenne des pays du Golfe à être élue au parlement de son pays.

En 2010, 18 femmes ont présenté leur candidature aux législatives et cinq au conseil municipal. Fatima Salman, qui travaillait à l'époque pour le Croissant Rouge, a obtenu un siège au conseil municipal, après 35 ans passés au service de sa communauté dans un cadre bénévole et volontaire. Elle fut la première femme à accéder ainsi à un siège municipal et à briser l'hégémonie masculine sur cet organe, consacrant de fait une victoire de poids pour les femmes de Bahreïn.

Dans le chaos ambiant, les femmes de Bahreïn ne doivent perdre leurs objectifs de vue. Elles doivent plutôt saisir l'occasion pour viser des sièges au parlement en 2014. Le gouvernement doit aussi prendre des mesures pour favoriser la présence des femmes dans les conseils élus en établissant un quota pour les femmes au parlement. Des mesures spéciales pour permettre aux femmes de briguer un poste électif sont préconisées par la Convention des Nations Unies sur l'Elimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes (CEDAW), adoptée par de nombreux pays arabes et étrangers. Ces mesures sont indispensables dans la mesure où de nombreuses entités politiques et religieuses refusent de soutenir les femmes candidate, préférant se répartir les sièges obtenus entre elles.

La meilleure solution est de laisser les organisations de la société civile apporter un soutien financier aux femmes et créer la dynamique nécessaire à leur entrée en politique.

Le gouvernement doit également appuyer les organisations politiques féminines comme Awal, qui gère des campagnes de conscientisation sur les droits de la femme et revendique le droit pour les femmes d'accéder à des postes de décision à tous les niveaux du gouvernement et dans la société civile.

Il y a encore Fatat Al-Reef, organisation qui cherche à modifier l'image de la femme véhiculée par les médias, à s'éloigner des représentations stéréotypées pour parvenir à faire comprendre à l'opinion que la carrière politique n'est pas réservée qu'aux hommes.

Soutenir les programmes gérés par des femmes et soutenir le principe d'un quota au parlement constituent des mesures fondamentales qui permettront un premier pas vers l'avancement des droits des femmes dans le royaume. Alors seulement, Mariam Al-Ruwai – et d'autres comme elle – pourront gagner. Sa seule présence en politique en 2010 constituait une réussite en soi. Une victoire électorale de Mme Al-Ruwai et d'autres femmes en 2014 serait une victoire de taille pour toutes les femmes de Bahreïn.

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* Sana’ Mohammad Bou Hamoud est une juriste active dans la défense des droits des femmes dans le royaume du Bahreïn.

© Common Ground -


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