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Tunisie : il faudrait commencer par écouter le peuple

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En regardant à la télé et sur Internet les images des manifestations pour protester contre l’ancien dictateur tunisien Ben Ali, j’ai eu l’impression de rêver. Je ne croyais pas mes yeux mais la réalité était bien vraie. Le dictateur s’est enfui, la foule a eu raison de lui.

Ni ses posters géants qui remplissaient les murs de Tunis, la capitale, ni les coups de matraques des policiers qui s’abattaient en pluie sur les manifestants ni même les balles tirées par des tireurs d’élite n’ont pu dissuader la foule. La première révolution du 21e siècle était en branle, rien n’allait l’arrêter.

Et pourtant rien dans ce pays de l’Afrique du Nord ne laissait présager qu’une révolution aussi subite et impressionnante puisse avoir lieu. A la limite, en surface tout roulait sur des roulettes.

La Tunisie était l’élève modèle du fonds monétaire internationale et de la banque mondiale. Déjà au début des années 90, le pays a adopté le programme d’ajustement structurel dicté par ces institutions mondiales sans que la population n’y ait pu donner son avis. Ce programme économique draconien exigeait, entre autres, la privatisation des sociétés nationales. Sous le couvert de l’efficacité et de la productivité, des milliers d’employés furent mis à la porte et des opérations financières douteuses, mises en place à la hâte pour vendre plusieurs entreprises étatiques qui n’étaient pas aussi déficitaires qu’on voulait nous faire croire, ont été réalisées.

L’Union Général des Travailleurs Tunisiens, l’un des plus vieux syndicats de travailleurs en Afrique et jadis fleuron de la lutte nationale pour l’indépendance était devenue infiltrée par les membres Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Elle avait perdu beaucoup de son indépendance et ne pouvait plus faire son devoir sans se heurter à la langue de bois du gouvernement en place et à ses tactiques d’intimidation.

Ainsi, graduellement, la Tunisie était devenue un « tigre africain » pour reprendre l’analogie avec les tigres asiatiques des pays émergents comme Taiwan ou la Corée du Sud. Mais rare étaient les personnes qui prenaient la peine de gratter cette immense couche de vernis dont s’est enveloppé le régime et découvrir les grosses inégalités économiques qui remplissaient tout le territoire tunisien.
Les touristes continuaient à affluer vers les belles plages tunisiennes mais non loin de ces hôtels et village de vacances, la campagne tunisienne se vidait de ses jeunes qui ne trouvaient pas de travail.

Les embarcations de fortune, qui transportaient en pleine nuit les « haragas » ces jeunes immigrants illégaux qui jouaient le tout pour le tout et partaient pour tenter leur chance en Europe, ne faisaient pas les manchettes des quotidiens européens. Et pourtant, c’est le désespoir, la pauvreté et l’injustice qui motivaient ces jeunes.

Seule une poignée de politiciens européens ou occidentaux osaient critiquer le régime corrompu et oppressant de Ben Ali. Ce dernier a su bien jouer la carte du terrorisme et de l’islamisme à son avantage. En fait, sous le faux alibi de protéger le pays contre les forces obscurantistes, il a mis tous les opposants, toute tendance politique confondue, en prison, il les a persécutés, harcelés et torturés. Les radios, télévisions et journaux étaient devenus des appareils de propagande officielle pour le régime et ne supportaient aucune critique ni de l’intérieur ni de l’extérieur.

Aujourd’hui, le dictateur s’est enfui pour laisser un pays en effervescence qui demande au monde entier que justice soit faite.

Il faudra beaucoup de temps pour que les blessures du peuple tunisien guérissent. La corruption et l’injustice y ont laissée des traces indélébiles. Le gouvernement de transition actuel n’a pas du tout rassuré la population. Ce sont encore les mêmes têtes de l’équipe Ben Ali, à quelques exceptions, et les mêmes promesses faites par le dictateur au lendemain de sa prise de pouvoir.

Comment faire pour rassurer la population ? Il faut faire table rase de l’ancien régime et bâtir sur de nouveaux principes. Ce ne sont pas les personnes compétentes qui manquent en Tunisie. Il faudrait que des universitaires, des juristes et d’anciens opposants de tous les partis puissent former un gouvernement provisoire qui puisse assurer la gouvernance avant la tenue d’élections libres et démocratiques.

La population tunisienne n’a plus confiance dans le RCD et ses soi-disant politiciens « aux mains propres ». On ne peut pas être juge et partie à la fois. Il faudra une commission d’enquête publique pour trancher mais d’ici là, il faudrait commencer par écouter le peuple.

24 janvier 2011
 





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Un oubli de taille
par zoghlami Moncef le 6 avril 2011

Chère madame,

Je vous prie de relever que parmi les victimes de ZABA il y a la grande muette.Plus de deux cents cadres officiers,sous officiers et petits gradés ont été arrétés ,torturés puis radiés ou emprisonnés ;des peines de prisons 4à7 ans ont été infligées,des controles administratifs imposés et bien d'autres sanctions(interdiction de travailler,tracasseries administratives et j'en passe )sans oublier les dégats corporels,psychologiques,l'éclatement des familles,les échecs scolaires des enfants.Il est demandé aux victimes de s'adresser au tribunal administratif pour recouvrer leurs droits alors que pour les torturer on les a remises directement à la police politique sans meme user du tribunal militaire habilité dans  le prétendu complot de Baraket Essahel,qui n'a existé que dans l'esprit des dirigeants du MI sous la férule de ZABA.Qu'en pensez vous de ce drame qui a été passé sous silence pendant 20 ans(avil-mai 1991)

Merci  d'avance pour  votre commentaire,amis du Canada et du reste du monde.Celà pourrait nous aider à panser la blessure que nous victime avons du mal à voir se cicatriser sans votre participation .

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