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Qui veut tuer l’ONU ?

par
présidente, Sous-Commission des droits de l'Homme
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Des intellectuels de renom ont apposé leur signature à une pétition intitulée « L’ONU contre les droits de l’homme ». Faisant mine de découvrir que l’Organisation des Nations Unies affiche des performances démocratiques disparates, ils recommandent de s’en débarrasser suivant le bon vieil adage : « si tu veux tuer ton chien, dis qu’il a la rage".

Oui, une offensive sans précédent a décidé de venir à bout du système international de promotion et de défense des droits de l’Homme. Sous les coups de boutoir d’Etats liberticides comme la Russie et la Chine, l’offensive concertée d’Etats islamiques comme l’Iran ou le Pakistan, l’impunité revendiquée d’Etats comme Israël ou les Etats-Unis, l’universalité des droits de l’Homme vacille dangereusement. Oui, encore, le Conseil des droits de l’Homme a prêté son enceinte à des déclarations gouvernementales inacceptables. Nul ne peut nier que lors des négociations et de l’adoption du paquet constitutionnel global, la fronde fut dure pour défendre les droits de l’Homme face aux tenants de la souveraineté. Ce sont les règles du jeu et le prix à payer pour la mise sur pied d’une instance internationale de défense des droits de l’Homme. Faut-il pour autant la condamner ? C’est manifestement le choix de nos signataires.

C’est un choix irresponsable et contraire à la stratégie de l’Europe. Ont-ils décidé de priver les victimes des violations des droits de l’Homme dans le monde de la seule instance internationale où ils sont en mesure de témoigner ? Souhaitent-ils les priver des travaux irremplaçables des rapporteurs spéciaux des Nations Unies, sur la torture, sur la liberté religieuse et de conscience, sur les défenseurs des droits de l’Homme, sur la lutte contre le terrorisme et les droits de l’Homme, sur l’indépendance des juges et des magistrats, sur la liberté d’expression, sur les formes contemporaines de racisme ?



Dans quelques semaines les mandats des rapporteurs spéciaux seront soumis à renouvellement et les premiers examens par pays, qui concernent tous les pays membres, seront mis en place. Là encore, le combat est permanent pour éviter que nominations et travaux ne tombent sous la main mise des Etats. Les Européens, eux, ont choisi de se battre. La pétition, elle, tombe à pic pour fragiliser le Conseil à un moment crucial de son avenir. Est-ce par seule méconnaissance de l’agenda des travaux du Conseil ?

Un débat difficile sur la liberté de religion et la liberté d’expression est en cours et la conférence des pays islamiques fait le forcing pour criminaliser le blasphème. Que souhaitent les pétitionnaires ? Supprimer le débat alors que l’Assemblée Générale de l’ONU vient d’adopter, après de fastidieuses négociations, une résolution qui replace strictement la perspective dans le champ du droit ? Se précipiter, à la suite des Etats-Unis, d’Israël et du Canada, pour boycotter Durban II ? Ou comme l’ont déjà assumé les Européens lors de Durban I en 2001, résister aux violences, obtenir de vrais engagements pour lutter contre le racisme et exiger un suivi régulier et sérieux de leur
mise en œuvre ?

Les pétitionnaires ont-ils obtenu par d’autres moyens des résultats meilleurs pour endiguer l’escalade des extrémismes ? Alors que la fonction du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies devrait être placée sous le signe de l’indépendance, Louise Arbour, dont le professionnalisme et l’intransigeante rigueur ne sauraient être remis en question, reconnaît sans détour que la structure des Nations-Unies a effectivement limité la marge de manœuvre de son mandat. A la veille de son départ, questionner la moralité des Nations Unies en participant à la campagne de propagande à son encontre est indigne. Si les Etats Unis, non membre du Conseil, la souhaite plus audible sur Cuba et l’Iran, c’est aussi pour la voir plus discrète dans son combat pour imposer le respect des droits de l’Homme dans la lutte contre le terrorisme.

Si les signataires veulent s’engager pour les droits de l’Homme,leur énergie serait assurément mieux employée à en garantir le respect dans la lutte contre le terrorisme, à traquer les injustices et les discriminations que leurs propres sociétés génèrent, à soutenir le combat des démocrates au sein des dictatures, à œuvrer de manière constructive dans les instances de promotion et de défense des droits de l’Homme plutôt qu’à les détruire, à constituer une communauté politique mondiale qui s’impose aux souverainetés nationales.

L’heure n’est pas à liquider la crédibilité de l’ONU sauf à choisir le chemin de la guerre.

 


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