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Les fouilles corporelles dans les aéroports : des mesures proches du harcèlement

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Au début de cette année, je déplorais dans ma chronique de Tolerance.ca les nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports et particulièrement l'utilisation de la technologie des scanners corporels. Je reprochais notamment à mes concitoyens nord-américains leur résignation et leur passivité face à ses mesures rampantes et excessives qui menacent nos vies privées et qui sont de plus en plus banalisées par certains politiciens.

Aujourd'hui il me semble que la réaction de la population que je croyais alors presque indifférente, commence graduellement à se faire entendre et à me donner raison. En effet, depuis le début du mois de novembre 2010, la plus grande association de pilotes au monde a déclenché une polémique sur la sécurité des scanners corporels en demandant à ses membres de les boycotter systématiquement.

Par ailleurs, le 4 novembre 2010, un certain nombre de scientifiques de haut niveau ont écrit une lettre au Dr. John Holdren, conseiller scientifique du président américain Barack Obama, pour reprocher à leur gouvernement d'avoir sous-estimé la recherche nécessaire avant de soumettre massivement la population à des rayons X en l'occurrence les scanners corporels.

Mais les réactions ne se sont pas dirigées uniquement contre les scanners corporels, elles ont touché également les fouilles corporelles qui, selon les témoignages de certains passagers, prennent parfois des allures "provocatrices" ou proches du harcèlement. Pourquoi a-t-il fallu que des voix fusent de toute part des États-Unis, pour que nos politiciens canadiens commencent à critiquer ses mesures intrusives ? Où sont-ils nos scientifiques pour étudier les effets néfastes de ces technologies et pour éclairer nos politiciens et les guider dans leurs prises de décisions qui affectent à la fois nos vies privées et notre santé ? J'espère que cette sonnette d'alarme venue des États-Unis pourra finalement les encourager à suivre ces pistes de recherche dans un contexte canadien et nous amener à un débat public sur cette question.

Sur une note personnelle, l'année dernière, j’étais en compagnie d’une amie à l'aéroport de Charles de Gaulle de Paris et on s’apprêtait toutes les deux à prendre l’avion pour Montréal. Je passais en premier par le détecteur de métal. D’habitude, s’il y a un signal émis, je suis automatiquement fouillée. Ce jour, il n’y avait aucun signal, mais dès que j’ai fini de franchir le détecteur, une agente de sécurité, qui était assise sur une chaise se leva brusquement et vint vers moi, elle m’ordonna sans aucune explication, même pas une phrase pour dire qu’elle doit faire une vérification au hasard ( d’ailleurs je me demande toujours selon quelle loi statistique ces fouilles sont effectuées, peut-être une loi de Poisson ou une loi de Bernoulli, enfin… ) d’écarter les bras et les jambes et me soumit à une fouille détaillée. J’étais calme, je ne voulais point me fâcher, comme si j'étais frappée en quelque sorte par un fatalisme de circonstance.

Mon amie qui se tenait derrière moi, suivait la scène de près. Il ne lui fallut pas un doctorat en psychologie pour comprendre que mon voile islamique était certainement l’instigateur de la démarche du moins bizarre de l’agente. Mon amie s’est fâchée et a osé poser des questions à l’agente en question. Celle-ci, dans une arrogance dont seuls les Parisiens en sont capables lui a répondu avec mépris que nous étions dans un aéroport et qu’il fallait accepter toutes les mesures de sécurité. « go, go to « ze » plane… » lui lança-t-elle dans un anglais chancelant.

Dans mon cas, j'ai appris que ça ne sert à rien de poser des questions dans ce genre de situation, en fait je suis devenue une habituée du profilage « vestimentaire » et racial. Je suis arrivée à une étape où je prends les choses avec un grain de philosophie. Mais si j'ai pu développer une certaine résignation qui me sert à garder mon calme lors de ces épisodes humiliants, je suis ravie que telle n'est pas le cas pour un nombre croissant de passagers et c'est tant mieux comme ça !

25 novembre 2010
 



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