M. Jean Dorion est un député du Bloc Québécois (depuis octobre 2008). Il représente la circonscription électorale de Longueuil – Pierre-Boucher à la Chambre des Communes à Ottawa. C’est également le porte-parole du BQ en matière d’Affaires étrangères et Droits de la personne. Nous nous sommes entretenu avec lui à propos des raisons de l’échec du Canada à obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.
Tolerance.ca : Vous attendiez-vous, au BQ, à ce que le Canada ne réussisse pas à décrocher un siège de membre non permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies?
Jean Dorion : Compte tenu du piètre bilan du Canada sur la scène internationale et du désintérêt dont il a fait preuve à l’égard de l’ONU, je croyais que le Canada ne méritait pas une place au Conseil de sécurité. Je ne m’attendais donc pas à ce que le Canada obtienne un siège.
Tolerance.ca : Quelles sont, selon vous, M. Jean Dorion, les raisons de cet échec?
Jean Dorion: Elles sont nombreuses. Rappelons-nous que le Premier ministre Stephen Harper avait préféré inaugurer un Tim Horton plutôt que d’entendre le tout premier discours du président américain Barack Obama à l’ONU. Ce désintérêt n’est pas passé inaperçu! Ajoutons à cela les efforts déployés par l’actuel gouvernement conservateur pour bloquer l’adoption d’un accord contraignant pour lutter contre les changements climatiques ou encore le refus du Canada de signer la déclaration des droits des peuples autochtones.
Par ailleurs, le Canada a cessé d’appuyer les résolutions adoptées par l’ONU dans le conflit israélo-palestinien. Sa position traditionnelle visait à concilier la nécessité d’assurer la sécurité d’Israël avec l’aspiration des Palestiniens à avoir leur propre État national.
Il y a aussi la perte du leadership canadien en matière de coopération internationale avec son désengagement envers l’Afrique ainsi qu’en matière de défense des droits de la personne, notamment en regard de son attitude face aux enfants-soldats comme Omar Khadr. Tout cela aura certainement contribué à convaincre la plupart des pays membres de l’ONU de ne pas voter en faveur du Canada. Ajoutons que le choix des pays prioritaires pour les programmes d’aide du Canada est basé dorénavant sur des impératifs commerciaux et sécuritaires plutôt que sur la coopération et la lutte contre la pauvreté.
Tolerance.ca : Quel sens donnez-vous à cette mésaventure?
Jean Dorion : Le Canada doit changer d’attitude et se définir une politique étrangère qui soit à la hauteur de la réputation qu’il avait sur la scène internationale dans le passé. C’est de cette façon qu’il rétablira sa crédibilité et pourra à nouveau espérer siéger au Conseil de sécurité.
Tolerance.ca : Quelles sont les leçons à tirer de cet échec canadien?
Jean Dorion : Tant que le gouvernement canadien ne changera pas son attitude, il ne pourra pas regagner sa crédibilité. Le gouvernement conservateur ne doit s’en prendre qu’à lui-même. Il a été sanctionné pour avoir pris des positions idéologiques alors que la politique étrangère n’est pas un enjeu partisan. Les considérations internationales dépassent les changements de gouvernement. Le Canada s’est efforcé au cours des dernières années de défaire les consensus de la communauté internationale plutôt que de contribuer à les bâtir. Il doit impérativement corriger le tir.
Tolerance.ca : Cet échec, aura-t-il, selon vous, des conséquences sur le contenu et la façon de mener la politique étrangère du pays? Sinon, pourquoi?
Jean Dorion : Compte tenu de la rigidité dont le gouvernement Harper fait preuve, je doute qu’il corrige le tir et modifie sa politique étrangère. Je pense que Stephen Harper a plus de chance d’obtenir un siège au conseil d’administration de Tim Horton qu’au Conseil de sécurité!
Tolerance.ca : Avez-vous, au BQ, des propositions à même de rectifier le tir?
Jean Dorion : Le gouvernement canadien doit défendre les initiatives de l’ONU et du droit international en contribuant à bâtir des consensus, et non l’inverse. Il doit donc mette tout en œuvre pour atteindre les objectifs du millénaire, soit l’atteinte du 0,7% du PIB en aide publique au développement (APD). Malheureusement, le Canada n’a pas atteint la moitié de cet objectif attendu pour 2015 alors que les budgets d’APD sont gelés pour cinq ans! Il doit également signer la déclaration des peuples autochtones et bâtir un consensus pour lutter contre les changements climatiques. Il doit finalement travailler avec la communauté internationale et non pas contre elle.
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Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.
22 octobre 2010