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La crise financière et les refugiés

Depuis que la crise financière s'est déclenchée aux Etats-Unis en frôlant sur son passage le Canada et en se déversant sur l'Europe, on n'a cessé d'entendre parler des répercussions sur les gens de la classe moyenne touchées par cette crise, qui ont perdu leur économies dans des sociétés d'investissement opaques ou ont vu leurs maisons confisquées par des banques en faillite pour défaut de paiement.

Les procès de financiers, riches et célèbres à l'exemple de Bernard Madoff de New York ou de Vincent Lacroix de Montréal, ne sont plus des faits divers rarissimes mais se sont rapidement multipliés dans plusieurs lieux de la planète. Ainsi, il ne se passe plus un jour, sans qu'un système de vente pyramidale ne soit découvert ou qu'un homme d'affaires douteux ne soit arrêté et accusé de fraude.

 Mais qu'en est-il des plus démunis, ceux qui n'ont même pas les moyens de contracter une hypothèque et de s'acheter une maison, ceux qui vivent au jour le jour, bref, les démunis qui ont tout perdu ou ceux qui ont été forcés de quitter leur pays à cause des guerres, de la pauvreté ou de la discrimination ? Plus spécifiquement quel sort est-il réservé aux refugiés et comment sont-ils affectés par cette crise financière ?

Deux exemples récents viennent à l'esprit, qui se sont déroulés dans des pays riches, démocratiques, connus à travers le monde depuis des siècles comme des terres d'accueil, fiers de leur ouverture et de leur acceptation des autres. Il s'agit en effet de la France et du Canada. Ces deux pays qui ont été pendant longtemps des icônes dans le monde occidental pour l'acceptation des refugiés en leur offrant un gîte pour dormir et un repas pour se nourrir, et pourquoi pas une terre, n'ont pas répondu à l'appel.

Au contraire, ils ont pris un virage sécuritaire fortement médiatisé comme s'il voulait envoyer un message au monde: «notre sécurité nous tient à cœur, nos pays ne veulent plus de refugiés.»

 Ainsi, depuis le début de l'année courante, 8030 Roms de Roumanie ou de Bulgarie ont été expulsées de France, 1291 l'ont été «de manière contrainte» et 6739 «de manière volontaire», au moyen de 27 vols »spécialement affrétés».

Les déclarations fracassantes du président français Sarkozy, qui n'a pas hésité de déclarer que « La nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique » viennent s'inscrire dans un discours qui veut rassurer une partie de son électorat, qui voit dans les refugiés, par ces temps d'austérité qui courent, un fardeau social et fiscal.

Cette tranche de l'électorat durement touchée par le crise financière, ayant perdu ses emplois et certains de ses avantages sociaux trouve dans les Roms, en l'occurrence, le parfait bouc émissaire pour déverser sa grogne. L'étranger ou le refugié devient «le voleur de job», le «fauteur de trouble» ou le terroriste en veilleuse qui se cache dans son coin et attend la première occasion pour happer la main qui lui tend l'aide.

Ces opérations spectaculaires, où on peut voir des familles entières déportées de la France vers la Roumanie ou la Bulgarie, font certainement oublier aux téléspectateurs moyens que la solution aux problèmes des Roms ne réside pas dans leur expulsion mais plutôt dans des moyens plus efficaces d'intégration. Du coup, ces opérations deviennent le meilleur moyen pour dissiper les images bouleversantes des mises à pied dans les usines et les coupures budgétaires pour venir en aide aux économies chancelantes.

Malheureusement la même histoire se répète ici, au Canada, mais cette fois avec un autre groupe de refugiés: les Tamouls. Quand les premières nouvelles d'un bateau de refugiés tamouls s'approchant des côtes canadiennes ont fait leur apparition, les opinions ont commencé à se faire entendre et les déclarations des commentateurs et politiciens n'ont pas tari. La tension montait et chacun y allait de ses propres interprétations.

Evidemment, nous sommes ici bien loin des images favorables et de toute la sympathie qui entourait les réfugiés de la mer, ces «boat people» qui avaient fui le Vietnam en 1975 et qui ont été relativement bien acceptés au Canada. Vic Toews, le ministre de la sécurité publique du Canada, n'a pas hésité à faire monter le ton et à insinuer craindre que les refugiés tamouls aient été envoyés par les tigres tamouls et donc financés par des terroristes.

Le premier ministre Harper s'est joint à la polémique et a promis d'ores et déjà de renforcer les lois d'immigration du Canada. Et pourtant aucune enquête policière n'a été encore menée, aucune information certaine sur ces refugiés ne nous est parvenue. Les esprits se sont échauffés et les spéculations ont tout de suite atteint les médias. Où sont passées les valeurs universelles de compassion, de tolérance et d'acceptation de l'autre ? Il semble que la crise financière a laissé beaucoup d'amertume dans les cœurs au point de voir dans ces refugiés un danger potentiel pour les portefeuilles des contribuables et pour la sécurité de nos sociétés.

Evidemment, il ne faut pas tomber dans l'angélisme. Toute politique d'immigration contient son lot de problèmes. Certes, des refugiés mal encadrés, livrés à eux-mêmes peuvent devenir un véritable casse-tête pour tout gouvernement. J'irais encore plus loin en déclarant que ces communautés négligées et bien souvent marginalisées constituent de véritables bombes à retardement qui peuvent éclater à tout moment et causer des troubles sociaux graves.

Mais les politiques sécuritaires de la France et du Canada ne sont pas non plus des solutions idéales. Ces politiques ne font qu'augmenter la xénophobie et la suspicion sociale.

Nous avons besoin de politiciens visionnaires qui ne cherchent pas à marquer des points sur le dos des refugiés. Au contraire, nous avons besoin de politiciens qui vont à la source des problèmes et savent développer une meilleure politique d'intégration, une réglementation des marchés financiers et une distribution plus équitable des richesses.

26 août 2010



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Il y a actuellement 1 réaction.

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Chroniques
par Bruno Marquis le 8 septembre 2010

J'aime bien vos chroniques, Sonia.

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