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En Chine comme en Occident, je suis Africain, c’est-à-dire louche

«Malgré l’éloignement géographique, l’amitié sino-africaine plonge ses racines dans la profondeur des âges et ne cesse de s’approfondir au fil des ans.» Je dis Alléluia ! à ces propos du président chinois Hu Jintao, auxquels j’ai failli croire.

Il y a des jours ou l’on se laisse entraîner à une forme de méditation, une réflexion sur un incident sans conséquence, banal même. Un incident sur lequel on ne prêterait aucune attention en temps normal. Qu’est-ce qui nous y entraîne? Je n’en sais rien. Je sais seulement qu’à quelque 11000 mètres d’altitude, coincé entre deux braves carpes tout aussi abandonnées, je me se sens désœuvré. Rien de spécifique à faire pour les 15 prochaines heures. C’est alors que ma pensée s’égare, s’arrête sur tel ou tel autre accroc accessoire et tente d’en trouver un sens. Sur ce malaise qui m’habite depuis le décollage, peut-être même peu avant, au moment où j’ai présenté mon passeport à l’embarquement. Cette minutie avec laquelle la petite Chinoise a scruté mon document, comme si elle tentait de repérer quelque chose. Comme si quelqu’un lui avait soufflé que ce passeport canadien avait un défaut et qu’elle avait la responsabilité de le trouver. Elle a sorti sa petite torche, malgré l’éclatante lumière du jour, pour mieux examiner le document. Tout s’est passé comme si, tout d’un coup, mon être introduisait une forme d’obscurité, une aveuglante pénombre qui rendait nécessaire une source additionnelle de lumière pour y voir clair.

Je suis maintenant là dans mon siège à me dire que la petite Chinoise n’a fait que son boulot, un travail de vérification plus que nécessaire en cette ère d’insécurité proclamée. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que tant d’autres passagers ont traversé le même poste avant moi, la même petite dame, sans jamais susciter chez elle autant de zèle. Ce traitement particulier qu’elle m’a réservé, exceptionnel même, cette méfiance spontanée que mon seul être a manifestement introduite est sans doute ce qui crée en moi une forme de malaise. Comme si mes yeux non-bridés, mes cheveux crépus et mon teint bien foncé faisait de moi quelque chose de louche, le type de personnage forcément inquiétant. Elle a refermé le passeport, me l’a remis avec un sourire appuyé qui semblait dire : « désolée. » Mais le mal était fait.

Je ne peux m’empêcher de penser que même les Chinois de ce cher Hu qui clame à tout bout de champ l’amitié sino-africaine, ne portent pas bien haut l’Africain dans leur cœur. Je crois que c’est ce sentiment qui m’a poussé à mettre sous tension mon HP, bien qu’à l’étroit dans mon siège classe économique du Boeing 777 série 200 d’Air Canada en direction de Toronto, question de griffonner quelque chose et me soulager l’esprit.

Ce n’est pas la première fois que je me sens victime de type mise à part. Je raconterais volontiers de fâcheuses expériences aussi bien en France, en Allemagne qu’au Canada. Cependant, dans ces pays-là, même si chaque nouvel incident me sonne, j’ai fini par me dire que quelque chose comme ça peut arriver. Pas tout le temps, mais ça peut arriver. Ce policier, au sortir de la gare de Strasbourg, qui exige que je présente mon passeport; cet agent de douanes à Frankfort qui me retient pour me poser quelques questions supplémentaires; cet autre de Toronto qui veut une preuve que je suis bien professeur d’Université. Je ne peux m’empêcher de revoir l’épisode de Charles-de-Gaulle en 2008, où une agente d’Air France insistait pour que je lui présente d’autres pièces d’identification, puisque l’impertinente trouvait insuffisant mon passeport; et pour cause, ils ont « eu quelques problèmes avec les Africains » dira-t-elle pour se justifier.

Mais avec les Chinois, j’ai été pris par surprise. Peut-être parce que je me suis laissé embobiner par cette fraternité que la Chine nous chante depuis une bonne dizaine d’années, ce destin commun avec les Africains que clament ses dirigeants, cet amour qu’ils ne cessent de claironner dans leur marche inexorable pour arracher à l’Occident son influence sur le continent noir. Leurs centres Confucius qui fleurissent dans les capitales africaines, ces bourses d’étude qu’ils accordent aux jeunes Africains, ces forums et rencontres politiques et culturelles à n’en plus finir. Qu’ils nous aiment vraiment, ces Chinois !

Les preneurs, les nouveaux preneurs, avec un discours doucereux et des pratiques douteuses. Les preneurs, qui font la cour à un continent longtemps abusé et ne manqueront pas bientôt de l’engrosser de la fiente de leur frivolité, je veux dire de la vider de ce qui lui reste de dignité. Et ce sourire d’amitié qui m’étouffe, et cette main ambré qui avance tentaculaire, telle une ombre menaçante jusque dans les boyaux de ma naïveté. Les nouveaux preneurs aux petites dents affamées et leur savoureuse menace de strangulation. Et ce banal incident au Terminal 1 de l’Aéroport International de Hong Kong qui, tel un signal d’atterrissage, me chuchote brutalement: «Eh, l’Africain, réveille!»

Le 2 juillet 2010



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Il y a actuellement 1 réaction.

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La chine est la plus grande hypocrisie envers les africains.
par Jaques de cellier le 23 août 2010

Belle article M.Kamga  La chine est la plus grande hypocrisie  envers les africains.
De même que les russes au moment de l’URSS.
Le racisme envers les noires des Chinois et Russes et bien plus sournoise.
La naïveté des dirigeants africains est alliciante.
Pourquoi avoir demandé l’indépendance pour   retrouver une soumission perverse. 

Encore bravo !

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