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La politique du Canada face au programme nucléaire de l’Iran

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le programme nucléaire iranien est une des trois sources de préoccupation pour la politique iranienne du premier ministre du Canada, M. Stephen Harper. Une inquiétude compréhensible étant donné (entre autres) l’ambiguïté de la démarche nucléaire iranienne et le caractère idéologique de son régime révolutionnaire.



À l’image des autres démocraties occidentales, le Canada entretient avec la République islamique d’Iran depuis 1979 des relations complexes marquées par de nombreux rebondissements. À ce propos, trois dossiers d’importance préoccupent particulièrement la politique étrangère d’Ottawa. D’abord, la question du programme nucléaire iranien. Ensuite, la politique étrangère de Téhéran au Moyen-Orient. Enfin, le dossier des droits humains. Cet article examine la question nucléaire. Un second article sera consacré aux deux autres questions.

Fidèle à sa tradition conservatrice et à son ancrage occidental, le gouvernement conservateur du Premier ministre Stephen Harper (2006-) ne peut se permettre d’ignorer ces donnes et par conséquent normaliser les relations de son pays avec l’Iran avant que celui-ci ne rencontre les exigences de la «communauté internationale». Chose non aisée étant donné le caractère révolutionnaire du régime des mollahs et son enfermement en particulier depuis les cinq dernières années dans une posture idéologique, avec une rhétorique agressive à l’appui.

La question du programme nucléaire iranien

Le programme nucléaire iranien remonte à l’époque du Shah Mohammad Reza Pahlavi. Il voulait en faire un des outils de puissance régionale de l’Iran face aux voisins arabes. Après un arrêt de quelques années sur ordre de l’imam Ruhollah Khomeiny, Guide suprême de la jeune République islamique, l’Iran a relancé son programme nucléaire au cours des années 1980 dans le contexte de la guerre avec l’Irak.

L’Iran a signé et ratifié (1970) le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) des Nations unies. À ce titre, s’il a le droit d’enrichir de l’uranium à des fins civiles, il ne doit ni fabriquer d’armes nucléaires ni tenter de s’en procurer à l’étranger. En signant le protocole additionnel du TNP en décembre 2003, il s’est engagé à laisser les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) effectuer le contrôle des installations nucléaires à tout moment.

Si la question du nucléaire est objet de consensus national en Iran (puisque tous pensent que leur pays a le droit de développer des capacités civiles), elle est source de doutes et d’inquiétudes pour la «communauté internationale». Ces préoccupations concernent à la fois la nature du programme iranien, son étendue et ses objectifs réels.

La «communauté internationale» craint que ce programme civil soit en fait une couverture d’un programme militaire. Son manque de confiance dans la bonne foi de Téhéran est dû à quatre raisons principales. D’abord, le caractère clandestin durant près de vingt ans du programme d’enrichissement et de retraitement de l’uranium. Son existence (découvert en 2002) est contraire aux engagements iraniens. D’où l’adoption par l’AIEA en septembre 2003 d’une (première de neuf) résolution(s) appelant Téhéran à faire preuve de transparence et de suspendre les activités en cause. En vain. La deuxième raison des soupçons internationaux à l’endroit de l’Iran est liée à son entreprise de développement, sans objectif civil convaincant, des technologies duales liées à l’enrichissement et au retraitement du combustible.

Une troisième raison de ces soupçons est due aux développements significatifs iraniens dans les domaines du balistique et du spatial. On craint qu’il s’en serve pour charger des armes nucléaires. Une dernière raison du doute est alimentée par la non-coopération depuis de nombreuses années de Téhéran avec l’AIEA, ce qui a rendu impossible pour elle de s’assurer du caractère civil du programme iranien. La révélation quasi forcée en septembre 2009 par Téhéran du site nucléaire près de la ville sainte chiite de Qom, un site passé sous silence pendant des années, a éveillé les soupçons quant à l’existence possible d’autres sites cachés. D'autant que l'Iran a annoncé entre-temps son intention de mettre en chantier dix nouveaux sites d'enrichissement. Ce qui n’a rien de rassurant pour le reste du monde. D’où la perte de confiance du directeur sortant de l’AIEA, Mohamed el-Baradai en 2009, à l’égard du caractère civil du programme nucléaire iranien.

La négociation du «Groupe des Six» (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine et Allemagne) avec l’Iran est dans l’impasse. Chaque fois que le «G6» pense être sur le point de conclure, l’Iran se rebiffe et rejette l’offre mise sur la table. Il donne ainsi l’impression de jouer la montre, en attendant d’atteindre le palier du «seuil nucléaire». D’où les inquiétudes notamment du Premier ministre canadien.

Stephen Harper n’a jamais caché son opposition au programme nucléaire iranien. Un programme qu’il soupçonne, comme d’autres leaders mondiaux, d’avoir des ambitions militaires. Ainsi, lors de son passage à Vancouver le 12 février dernier, il a dit être préoccupé par le «danger que représente (pour la sécurité internationale) l'Iran et ses velléités de se bâtir une capacité nucléaire».

Cette déclaration intervient au moment où le directeur de l’Agence iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, a déclaré que les activités de production d'uranium enrichi à 20% ont commencé. La déclaration du président iranien, lors de la célébration du 31e anniversaire de la Révolution islamique («Iran: le bilan de la République islamique après trente et un ans d'existence», à l’effet que son pays était désormais une «puissance nucléaire» est un motif supplémentaire de l’inquiétude légitime du Premier ministre canadien.

L’opposition du gouvernement Harper à ces ambitions nucléaires s’explique également par l’idéologie révolutionnaire du régime iranien et par les penchants messianiques du président Mahmoud Ahmadinejad. D’ailleurs, Stephen Harper n’a pas hésité à qualifier cette idéologie de «maléfique», devant le comité éditorial du Wall Street Journal (voir la dépêche de l’Agence Reuters, 1er mars 2009). À son avis, la combinaison de cette idéologie «maléfique» avec le programme nucléaire serait terrifiante. Si on ajoute à cela le messianisme d’Ahmadinejad et de son mentor l’ayatollah Mesbah Yazdi, advenant l’hypothèse de la prise du pouvoir par leur influente «secte» hojjatieh (objet d’un article à venir), on pourrait se trouver en Iran dans une situation où on ne résisterait pas à la tentation d’accélérer le retour sur terre de l’Imam caché… Un Mahdi qui est censé réapparaître pour remettre de l’ordre là où le chaos règne.

Pour arrêter la marche nucléaire iranienne, Harper a le 11 février 2010 appelé, à partir de Vancouver, la «communauté internationale» à agir de «manière coordonnée». Il a ainsi rejoint des pays comme les États-Unis ou la France qui soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l’arme atomique sous couvert d’un programme nucléaire civil.

Le gouvernement conservateur compte d’ailleurs profiter de sa présidence les 25-26 juin prochain de la réunion du G8 pour inciter ses partenaires à adopter un programme de sanctions contre l’Iran. Une décision motivée par ce qu’il appelle le «mépris» de ce pays pour les résolutions onusiennes et ses «défis répétés» à l’égard de la «communauté internationale». Le seul choix qu’il laisse à ce pays est de «mettre fin à ses activités d'enrichissement et de prendre des mesures immédiates sur le plan de la transparence et de la conformité» et ce en mettant «un terme à la construction de nouveaux sites d'enrichissement et en collaborant pleinement» avec l'AIEA».

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Le programme nucléaire de l’Iran inquiète le Canada et le reste de la «communauté internationale». À raison! À défaut de mettre un terme à son jeu du chat et de la souris avec le «G6», l’Iran ne devrait pas s’attendre à ce que l’on baisse la garde. Les menaces ce mardi 16 février de Mahmoud Ahmadinejad à l’effet que son pays fera «quelque chose en réponse (à l'adoption par les grandes puissances de sanctions internationales) qui leur fera regretter» leur décision (dépêche AFP, 16 février 2010) ne sont pas de nature à convaincre la «communauté internationale» de la bonne foi iranienne.

16 février 2010


 


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