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Al-Qaïda dans la Péninsule arabique

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Al-Qaïda dans la Péninsule arabique est un des chapitres régionaux de la maison-mère «Al-Qaïda». L’attentat raté d’une de ses récentes recrues, le jour des fêtes de Noël 2009, a montré sa détermination à projeter sa puissance jusqu’au cœur même des États-Unis. Une menace à prendre très au sérieux, mais à gérer de manière intelligente.




Comme son nom l’indique, «Al-Qaïda dans la Péninsule arabique» (AQPA) est l’appellation donnée au chapitre régional de la «multinationale» salafiste jihadiste Al-Qaïda, qui couvre l’ensemble de la Péninsule arabe, c’est-à-dire les monarchies du Golfe et le Yémen. L’AQPA s’est récemment ajouté (à titre d’exemple) aux chapitres irakien et nord-africain du réseau des réseaux d’Al-Qaïda. Des branches ayant fait allégeance à Oussama ben Laden depuis son siège «central» situé dans la zone Afghanistan-Pakistan. En revendiquant l’attentat raté (le jour même des fêtes de Noël de 2009) d’Omar Farouk Abdulmutallab (un Nigérian âgé de 23 ans) à bord du vol 253 d’Amsterdam-Detroit de la compagnie américaine Northwest Airlines, cette branche jihadiste a notamment montré des capacités indéniables de projection de son action très loin de son rayon d’action habituel. Cette menace est évidemment à prendre très au sérieux, mais de manière réfléchie. Ce qui suppose d’abord et avant tout de savoir ce qu’est l’AQPA.

Au début d’«Al-Qaïda dans la Péninsule arabique» était Nasir Wuhaishi

Nasir Abdelkarim Wuhaishi (alias Abu Basir, père de Basir) est un ressortissant yéménite. Il était secrétaire d’Oussama Ben Laden. Son choix comme chef de l’AQPA a reçu l’imprimatur d’Ayman al-Zawahiri, premier adjoint du chef suprême d’Al-Qaïda (voir http://english.aljazeera.net). Une promotion importante pour celui qui était jusqu’à cette annonce le chef de la section yéménite du réseau terroriste. Position qu’il occupait depuis l’assassinat en 2002 de son prédécesseur par un tir de missile d’un drone de la CIA. Une opération clandestine qui montrait déjà à l’époque l’accord tacite des autorités de Sanaa à l’action des forces spéciales américaines contre les combattants d’Al-Qaïda présents sur le sol yéménite. Coopération renforcée depuis entre les deux pays. Ainsi, le montant d’aide américaine à Sanaa a augmenté notablement dans des domaines comme l’armée, la sécurité et le renseignement. Ce qui a grandement facilité (depuis un certain temps) la traque et l’élimination de dirigeants et combattants de l’AQPA. D’ailleurs, de l’aveu même de Sanaa, les 17 et 24 décembre 2009, l’armée yéménite (forte d’équipements et de renseignements satellitaires américains) a pu localiser et bombarder des camps de l’AQPA, tuant une trentaine de combattants.

Dans un pays où l’État n’est pas loin de faillir, il n’était pas étonnant de voir Wuhaishi réussir (en compagnie de vingt-deux autres détenus salafistes jihadistes) à s’enfuir en février 2006 de la prison dite de sécurité maximale de Sanaa où ils croupissaient depuis quelque temps. Trois années plus tard, il a annoncé la création d’une nouvelle entité, «Al-Qaïda dans la Péninsule arabique» (AQPA). Il s’agit d’une structure issue principalement de la fusion des branches saoudienne et yéménite d’Al-Qaïda. D’où notamment la désignation comme second de Wuhaishi d’un ressortissant saoudien, Saïd Ali al-Shihri. C’est un ancien détenu du tristement célèbre centre de détention de Guantanamo. Il agit comme commandant sur le terrain pour la nouvelle entité. La «méthode» saoudienne dite de «dé-radicalisation» des anciens de Guantanamo (objet d’une analyse dans un prochain article) a visiblement échoué dans son cas lui aussi. N’oublions pas que de retour de ce centre de torture pour présumés terroristes, il lui a fallu attendre 2007 pour enfin être rendu à la «liberté».

Les combattants de l’AQPA ont pu bénéficier des traditions ancestrales d’hospitalité du peuple yéménite. Un trait culturel de la société arabe traditionnelle. Certaines tribus notamment à l’est du pays leur ont offert la protection due aux «réfugiés». C’est là où ils ont établi nombre de leurs sanctuaires et camps d’entraînement.

L’AQPA est une organisation militaire qui œuvre pour le renversement des monarchies des pays du Golfe (celle des Al Saoud en tête) et de la république yéménite, afin d’y instaurer l’embryon du califat islamique. Pour affaiblir économiquement et isoler politiquement les pouvoirs en place (prélude, pensent-ils, à leur chute), les combattants de l’AQPA attaquent en particulier les installations pétrolières (source principale du trésor public), les intérêts et ressortissants étrangers (notamment les expatriés américains). Étant le bras armé de dirigeants arabes considérés comme apostats et traîtres, les forces de sécurité locales n’en sont pas elles non plus épargnées.

Plusieurs combattants de l’AQPA avaient fait le coup dans des contrées comme l’Afghanistan, le Liban, l’Irak, l’Arabie saoudite et le Koweït. Ne voulant pas se brouiller de nouveau avec Washington, le président yéménite Ali Abdallah Saleh s’est rallié à la fameuse «guerre mondiale contre le terrorisme» de Georges W. Bush. Provoquant la colère des salafistes juhadistes du pays et de l’Arabie voisine. N’hésitant plus à attaquer ses forces de sécurité, sans oublier des «cibles molles» et intérêts occidentaux, notamment américains (dont l’attaque en 2008 de l’ambassade américaine) à Sanaa.

Pourquoi le Yémen est un nouvel «territoire de mission» et de refuge

Avec les zones Afghanistan-Pakistan et Afrique du Nord-Grand Sahel, le Yémen représente à la fois le troisième «territoire de mission» et de refuge pour les combattants d’Al-Qaïda. Ce pays présente plusieurs avantages non négligeables pour ce réseau. Contrairement à un Afghanistan enclavé, le pays de la mythique reine Saba dispose d’une ouverture maritime longue de 1906 km donnant à la fois accès à l’océan Indien et à la mer Rouge. Un axe stratégique de première importance notamment pour l’économie internationale et pour d’éventuelles opérations terroristes maritimes à venir. Rappelons-nous (entre autres) que c’est par le canal de Suez (et donc la mer Rouge) que transite une part importante des approvisionnements d’énergie (pétrole et gaz naturel) en direction notamment de l’Occident. En face se trouve le champ du chaos somalien et la Corne d’Afrique, une autre zone géostratégique d’importance. Cette proximité géographique pourrait faciliter le cas échéant l’acheminement de combattants islamistes dans les deux sens. D’ailleurs, un mouvement islamiste armé de Somalie du nom de «Shebab» (Jeunesse) s’est déjà dit prêt à acheminer des combattants en nombres au Yémen, si les troupes américaines pointaient leur nez de l’autre côté du Bab-el-Mandeb. Le contrôle jihadiste de cette zone menacerait l’économie occidentale et pourrait relancer la piraterie à une échelle jamais vue à ce jour.

Du point de vue de la sécurité, les faiblesses du pouvoir central à véritablement contrôler son territoire (notamment des frontières poreuses et des zones tribales très autonomes), sa corruption endémique et sa mauvaise gestion à la fois des ressources nationales et de ses relations avec la population de différentes régions du pays ont sapé dangereusement son autorité politique. Suscitant la colère de plusieurs et attisant la violence dans plusieurs parties du Yémen (dont le Sud sécessionniste et la Saâda zaydite). Une situation facilitant l’installation de combattants jihadistes, à l’ombre de protections et d’alliances tribales et politiques. D’ailleurs, si aujourd’hui l’AQPA comprend quelques centaines de combattants basés au Yémen, la présence ici des partisans de Ben Laden remonte à la fin de la guerre contre les troupes soviétiques en Afghanistan. Plusieurs s’y sont réfugiés pour échapper à la répression qui les attendaient à coup sûr si d’aventure ils retournaient dans leur terre natale. Au moment de la guerre civile contre les communistes du Sud-Yémen, les troupes nordistes du président Ali Abdallah Saleh leur avaient fait appel pour contribuer à l’écrasement des rebelles du pays d’Aden. Ayant «bien» choisi leur camp, ils pouvaient rester dans ce pays après la restauration de l’autorité de Sanaa sur le Sud rebelle. Et commettre en 2000 l’attaque contre le navire américain, l’USS Cole qui mouillait dans les côtes du Yémen.

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L’échec du jeune nigérian à déclencher de manière efficace son dispositif à bord du vol 253 de la Northwest Airlines est en soi un bon indice du caractère encore non professionnel de l’AQPA. Mais parions que la naissance de ce nouveau chapitre attirera immanquablement de meilleurs talents en déclenchement d’explosifs. D’où la nécessaire vigilance de tous les instants notamment des indispensables soldats de l’ombre.

Le 5 janvier 2010


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