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Israël/Palestiniens : Sauver le soldat Gilad Shalit

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Gilad Shalit est un soldat israélien enlevé en 2006 en territoire israélien non loin de la bande de Gaza par des combattants du Hamas et gardé depuis en captivité. Différentes tentatives ont échoué à ce jour à le rendre à sa famille libre. Le mouvement islamiste palestinien et le gouvernement israélien devraient s’entendre sur une monnaie d’échange pour clore cette tragédie humaine.



Le 25 juin 2006, le soldat franco-israélien Gilad Shalit est enlevé durant son service militaire en territoire israélien (non loin de la bande de Gaza) par des miliciens du mouvement islamo-nationaliste palestinien Hamas. Il était alors âgé de 19 ans. Un an plus tard, ses ravisseurs ont diffusé sur Internet un enregistrement audio de lui. Sans doute pour montrer à la fois qu’il est encore en vie et qu’ils gardent toujours le contrôle de la situation.

Les différentes tentatives israéliennes de le libérer par la force (dont l’opération militaire «Pluie d’été» du 28 juin qui a fait deux cent morts et plus de huit cent blessés parmi les Gazaouis) ont échoué lamentablement. Ajoutant à l’angoisse de la famille Shalit. D’où la montée des pressions de toutes parts sur le gouvernement israélien pour qu’il trouve une issue négociée à ce drame humain. C’est pourquoi (en échange d’une vidéo datée du 14 septembre 2009 du soldat captif) le Hamas est parvenu à obtenir (le 2 octobre) l’élargissement de dix-neuf prisonnières palestiniennes qui croupissaient dans des geôles israéliennes.

Gilad Shalit, une monnaie d’échange

Grâce à une médiation égypto-allemande, les négociations du Caire ont repris indirectement entre les parties israélienne et palestinienne. Le Hamas veut échanger le soldat enlevé contre un millier de prisonniers palestiniens (dont cinq cent cinquante femmes et enfants emprisonnés, en guise de punition collective suite à la capture de Shalit). L’élargissement des détenus palestiniens devant s’effectuer en plusieurs phases, dont une première bénéficiant à une fourchette située entre trois cent cinquante et quatre cent cinquante personnes. Le choix du Caire comme lieu éventuel de la livraison du captif israélien n’est pas dû au hasard. C’est une reconnaissance en quelque sorte des efforts déployés depuis quelque temps par l’Égypte pour réconcilier les frères-ennemis du Hamas et du Fatah («Fatah: Le Congrès de la dernière chance ?» ).

Le Hamas voudrait voir des centaines de prisonniers palestiniens libérés en échange du soldat israélien. D’ailleurs, Khaled Machaal (son chef politique réfugié à Damas, capitale de la Syrie) n’a cessé depuis le 30 avril 2007 d’appeler Israël dans ce sens. Les négociateurs palestiniens ont fini par augmenter le nombre de personnes à libérer à mille.

Parmi les personnes figurant sur la liste islamiste se trouvent notamment trois «prises» de choix. Ibrahim Hamed et Abdallah Barghouti (deux anciens dirigeants de l’aile militaire du Hamas) et Marwan Barghouti (ancien chef du Fatah en Cisjordanie). Mentionnons que ces deux Barghouti ne sont pas proches parents. Les deux combattants islamistes croupissent dans les geôles israéliennes pour des attentats meurtriers en Israël, quand le leader nationaliste et figure emblématique de la deuxième Intifada (2000) s’y trouve depuis 2002 pour avoir été le cerveau présumé des attentats de son organisation, les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa. Il a été condamné (le 20 mai 2004) à cinq peines de prison à perpétuité et à 40 ans de réclusion pour tentative de meurtre. Lors de son procès, il a dit soutenir les attaques armées contre l'occupation israélienne, mais ne pas cautionner les attaques contre les civils sur le territoire d'Israël.

Du côté israélien, on avait accepté au début d'augmenter (finalement jusqu’à mille) le nombre de palestiniens (activistes et non militants) appelés à être libérés. Mais en réaction à certains noms de la liste du Hamas, le gouvernement est paru divisé. En prise avec la psychose d’une population traumatisée par les attentats suicides palestiniens des dernières années, le gouvernement israélien a comme politique officielle de ne pas céder (ou donner l’impression de le faire) à ce qu’il qualifie de «chantage terroriste». De plus, plusieurs dirigeants israéliens craignent que le fait d’effectuer de tels échanges n’incite des militants palestiniens à enlever d’autres soldats pour forcer la main à Israël.

Devant le durcissement (en fin de compte) de la position israélienne et son refus de s’engager à libérer certains prisonniers «de choix» ayant du «sang sur les mains» (comme le veut la rhétorique israélienne), l’aile pragmatique du Hamas s’est inclinée devant l’aile dure qui a exclu de renoncer à la demande initiale de leur libération. Permettant à Khaled Mechaal de renforcer davantage sa position au sein du mouvement de résistance islamiste et de suspendre les négociations le 29 novembre dernier.

Pour sortir de cette impasse, sauver la face des deux parties et permettre (en prime) la libération enfin de Gilad Shalit, Israël pourrait par exemple (de notre point de vue) libérer ces dirigeants islamistes dits «problématiques» tout en les laissant partir à l’étranger après les vérifications sécuritaires d’usage avec les autorités du (ou des) pays de leur refuge. À l’exception de la droite nationaliste pure et dure et de l’extrême droite, tous les autres en Israël pourront comprendre que (face à l’occupation militaire brutale) des nationalistes palestiniens ont pris les armes pour (pensent-t-ils) s’en libérer. Plus important encore pour l’avenir du processus politique israélo-palestinien (et donc pour la majorité des Israéliens qui veulent un règlement définitif du conflit israélo-palestinien) est la libération de Marwan Barghouti. C’est une figure de proue de la résistance nationaliste à l’occupation militaire et à la colonisation juives israéliennes des territoires palestiniens. C’est lui qui avait permis (avant son arrestation par Tsahal en 2002) au Fatah de ne pas perdre trop de terrain nationaliste face au Hamas. C’est lui aussi qui avait permis (à partir de sa prison israélienne de haute sécurité) la signature par les détenus Fatah, Hamas, Jihad, FDLP et FPLP du «Document des prisonniers pour la réconciliation nationale». Une initiative qui a appelé à la formation d’un gouvernement palestinien d’union nationale et à la négociation avec Israël d’un accord de paix définitif.

Si une partie du cabinet de Benyamin Netanyahou (dont Silvan Shalom et Avigdor Lieberman) est opposée à son élargissement, plusieurs ministres la voient d’un bon œil. Pourtant, s’il est relâché, il est fort à parier que le camp laïc du mouvement nationaliste palestinien se renforcerait face au Hamas. D’ailleurs, celui-ci (en bon tacticien rationnel) est assez conscient des conséquences de l’élargissement de ce leader charismatique. S’il a mis son nom en haut de la liste des Palestiniens à libérer, c’est (de notre point de vue) pour deux raisons principales. D’abord, sa libération et son activisme à la tête de son jeune parti «Al-Moustaqbal» (l’Avenir, créé en 2005) seraient le dernier clou dans le cercueil du régime vacillant de Mahmoud Abbas (le frère-ennemi du mouvement islamiste) («Autorité palestinienne: Pourquoi il est temps pour Mahmoud Abbas de partir»). Ensuite, jouissant de l’estime des différents courants nationalistes palestiniens et de la bienveillance de plusieurs régimes arabes, il pourrait enfin réconcilier les courants nationaliste et islamiste et permettre ainsi au Hamas d’éviter de perdre la face et de sortir du piège Gaza dans lequel il s’est enfermé depuis 2007.

**

La captivité du soldat Gilad Shalit aux mains des combattants du Hamas a assez duré. Tout comme l’est la souffrance de sa famille et de ses proches. La balle est maintenant dans le camp du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. En mettant de côté une rhétorique nationaliste pure et dure et en épousant (à la place) une approche pragmatique et imaginative, il pourrait (tout en sauvant la face de son pays et la sienne) ramener le captif à sa famille sain et sauf.


5 décembre 2009


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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